‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 110 sur 162 · R0GER8 (SAMUEL · texte numérisé non relu

R0GER8 (SAMUEL

Né en 1762— Mort en 1855.

La Vie Humaine.

Il est midi. L'abeUle a déjà clos ses yeux Et l'alouette a dit sa chanson dans les cieux. Le vallon retentit des cloches du village, Et dans le vieux castel tout est joie et tapage, Car la coupe au brauei ûiit sa ronde à Tentour, Et de joyeux propos circulent tour à tour ;

242 LA TI£ HUKAIKE.

Au berceau de Tenfant on fait une prière,

De l'enfant endormi, douce image du père.

Encore quelques ans, il redira ce bruit

Et bien-yenue au jour et liesse à la nuit,

Tant vite, impatient de fournir sa carrière,

L*enfant devient jeune homme, et puis époux et père.

Alors rénorme bœuf offiîra Taloyau,

Et Vole sortira mousseuse du tonneau,

Tandis que se chauâant au vaste feu de Pâtre,

De son ancien poupon la nourrice idolâtre,

A tous les écouteurs et d^un air triomphant

Racontera les faits et gestes de Tenfant,

Comment il souriait, ou disait la prière,

Et comment il Taimait, conmie il aimait sa mère !

Mais bientôt la musique aux plaines, aux vallons

Ira porter les sons si gais des violons,

Et soudain du château sortira le cortège,

Et du blanc nuptial les vêtements de neige,

Et des chants de bonheur s^élèveront aux cieux,

Et partout Ton verra les jeunes et les vieux

De fleurs joncher la terre en joyeuses offrandes,

Puis à leurs toits de chaume enlacer des guirlandes.

Et puis de regarder ce spectacle si beau

De jeunes mariés, pour eux toujours nouveau ;

Tandis que ses beaux yeux inclinés vers la terre,

La jeune épouse à Dieu murmure une prière.

Un jour qui n^est pas loin, de la tour du beâroi

Hélas I une autre voix fera naître Témoi,

Lorsque chaque habitant à la douleur en proie.

Par de nombreux sanglots couvrira cette joie,

Lorsque de son castel il passera le seuil

Porté par ses enfants qui conduiront le deuil,

Pour aller à jamais dormir avec ses pères.

Et dans la terre sainte oublier nos chimères.

Telle est la vie humaine, elle s'écoule ainsi. Météore elle brille, et puis s'éclipse aussi !

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