LE NUAGE
Comme Tété la Jeunesse est pimpante, CoDune rhiver la Vieillesse est dolente.
La Jeunesse est folâtre et de tout se fait jeu,
La Vieillesse manque de feu.
Jeunesse est fort ingambe et Vieillesse est boiteuse ; La Jeunesse hardie est de plus chaleureuse,
La Vieillesse en tout temps a froid,
La Jeunesse est impétueuse.
Mais la Vieillesse est flasque et son esprit décroît.
Vieillesse va ! je te déteste I Je t'adore Jeunesse, en mon cœur tout Fatteste ! Oh ! mon amour pourquoi t^être éloigné de moi I Du haut de ma grandeur Vieillesse te regarde,
Et je t^envoie à la Camarde 1 Oh ! tu tardes Berger I je t*attends, hâte-toi 1
SHELLEY (PERCY BYSSHE).
Né en 1792--Mort en 1822.
Le Nuage.
Des ruisseaux et des mers J'apporte un bain de pleurs à la fleur embaumée ;
De mes hauts belvéders Je porte une ombre douce à la feuille pâmée.
J'éveîUe le bouton
Quand dans le molleton Sur le sein de sa mère il berce sa pensée, En tombant goutte à goutte en humide rosée. Je fouette la grêle et par monts et par vaux,
Et soudain je blanchis la terre.
Et puis me ravisant, j'en forme des ruisseaux Et lui rends sa verdure en dépit du tonnerre.
LE iniAGE. 249
Bien au-dessus de moi Je tamise la neige, et les hauts pins gémissent ;
Et la nuit, comme un Roi Sur cet oreiller blanc mes membres s^assoupissent.
Dans les castels de Pair
Mon pilote, Téclair, Se tient, muet sublime, observant le tonnerre Qui s^agite en dessous comme un foudre de guerre ; Lors à travers la terre, à travers Tocéan
Bien doucement mon pilote me guide.
Prenant quelquefois son élan, Soit vers les rocs aigus, soit vers quelqu' Atlantide, En quête où les Esprits assemblent leur divan,
Où plane leur fluide ; Jusqu^ à ce qu^il soit sûr, sous un torrent, un mont,
D'avoir trouvé l'Esprit qu'il aime ; Et moi, pendant ce temps, je me chauffe au plafond Du ciel bleu ; — cependant qu'il se dissout lui-même I
Le lever du soleil Avec ses réseaux d'or, ses yeux de météore.
M'arrache à mon sonmieil.
Quand l'étoile au matin dans l'azur s'évapore.
Tel sans craindre aucun choc
L'aigle peut sur un roc Ebranlé par la terre, asseoir son envergure.
Et de son œil de feu visager la nature.
Et lorsque fatigué de sa course du jour Le soleil radieux dans l'océan se plonge.
Exhalant ses ardeurs de repos et d'amour,
Et que le soir vient et s'allonge, Moi, faisant de mon aile im suave abat-jour.
Je dors comme un oiseau bercé par un doux songe.
250 LE KtTAOB.
Cette vierge aux feux blancs Que rhomme, en son jargon, appelle ainsi — la lune,
Se glissant sur mes flancs £ki tapinois, parcourt ma transparente dune ;
Et partout où bruït
De ses pas le doux bruit, De mon toit de vapeurs brisant la contexture Les étoiles soudain de montrer leur figure ; Et je ris de les voir chacune cligner Toeil
Comme feraient franches coquettes, Et pour les exciter j^ëlargis mon linceuil,
Et laisse passer les pauvrettes, Jusqu^ à ce que les lacs, et la mer, et recueil. Tout soit enfin pavé de brillantes facettes.
Avec chaînons d'or pur J'attache le soleil à la zone brûlante.
Et la lune à l'azur En roulant en anneaux la perle éblouissante ;
Les volcans sont blafards,
Les étoiles brouillards.
Lorsque les tourbillons déployant ma bannière. Comme un soudain typhon je voile l'atmosphère. Oh I quand je marche ainsi, j'ai pour char triomphal Les Puissances de l'air. Neige, Grêle, Tonnerre, De mon fougueux coursier l'univers est vassal ;
Mais bientôt renaît la lumière, L'arc aux mille couleurs allumant son fanal Vient éblouir le ciel et riyeunir la terre.
De la terre et de l'eau Je suis fils ; — mais au ciel j'ai fixé ma demeure ;
Et semblable à l'oiseau