EL LA POËSIS
Lorsque pour te trouver comme un enfant gâté
J^erraiB dans mon impatience, .
Je me souviens, oh ! fort bien de ce temps !
Le zéphir nouveau né jetait son aile aux vents, Le ciel était tout bleu, neuf était le printemps ;
Dans les airs montait Talouette Pour aller dire à Dieu sa firaîche chansonnette ;
J'enviais Paile de Toiseau Pour voler avec lui vers cet azur si beau!
Charmante vision ! A ton délire en proie,
Je longeais un jour un ruisseau.
Qui buvant du soleil le rayon doux et beau
Sautait et bondissait de joie :
Comme un en£Emt fatigué de son jeu, Courant de fleur en fleur, s'inquiëtant de peu Du soleil me couchai dans le rayon de feu,
Et m'endormis de nonchalance ; Lorsqu' un gentil Esprit ayant ton apparence
Me baisa pendant mon sommeil, Et m'éveillai soudain. Que de pleurs au réveil!
Charmante vision! Depuis ce tant doux songe,
Combien n'ai-je pas vu de fois Folâtrer ton image au beau milieu des bois,
Et parmi les fleurs, quand j'y songe :
Dès le matin de la rosée aux fleurs, A midi quand les vents nous soufflent leurs langueurs, Le soir lorsque les monts de leurs nobles hauteurs
Font voir les magnifiques ombres ; La nuit lorsque la lune au-dessus des bois sombres
Projette sa chaine d'argent Sur le vaste océan et sur son flot changeant.
Charmante vision! Suave Poésie!
Il faut me séparer de toi, Ne puis plus désormais avec tant doux émoi
M'énivrer de ton ambroisie, u 2
292 HTMNE AUX FLEURS.
Mon luth aimé je t^abandonne en pleurs.
Ne pourrai plus hélas ! cueillir tes gentes fleurs, Non plus boire à longs traits ce miel et ces douceurs
Qui m'apportaient dans ma retraite Tous ces enivrements que goûte le poëte; Le tendre amour, le doux espoir, Et ces nombreux lutins que ne pourrai plus voir !