‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 133 sur 162 · SMITH (HORACE · texte numérisé non relu

SMITH (HORACE

Né en 1780— Mort en 1849.

Hymne aux Fleurs.

Astres brillants du jour qui r'ouvrez vos beaux yeux Avec rhomme, et cela, pour égayer la terre, Et dont les doux parfums montant jusques aux cieux Nous pleuvent rosée éphémère :

Naïfs adorateurs du soleil, pour vous Dieu !

Qui penchés devant lui murmurez vos prières, D^un doux et pur encens lui présentant le feu Dans vos calices solitaires.

Fouillis mystérieux dont l'immense beauté EmaiUe le plancher si frais de la Nature, Que de devoirs nombreux votre fragilité

Inculque à l'homme d'aventure!

Sous les arceaux fleuris frôlés par les zéphirs. Four la fleur, chaque jour est un joyeux Dimanche, Le glas de son parfum appelle les soupirs, La prière de chaque branche;

Non sous ces murs construits par la main des mortels Attestant de leurs plans l'insigne petitesse. Mais sous ces dômes bleus ou Dieu de ses autels Montre l'indicible richesse;

HYM^E AUX TLEUBS. 29^

Sous ce Temple sublime ayant nom Tlnfini, Brillant de deux clartés le soleil et la lune, Dont Torgue est le tonnerre, et le chœur rajeuni Les vents se ruant sur la dune.

Là lorsque j^erre seul sous ces lambris du ciel, Ecoutant mes pensers, écoutant le silence, Ou bien assis jetant un regard solennel

De Dieu sous la coupole immense ;

Fleurs, vos lèvres sans voix sont des prédicateurs Dont le prêche éloquent et me charme et m^enivre. Je trouve en vous voyant de nombreux précepteurs, Un calice, une chaire, un livre.

Doux apôtres floraux aux si fraîches couleurs, Qui pleurez sans chagrin, et rougissez sans crime, Puîssé-je apprendre à fond à l'aspect de vos pleurs A bénir votre amour sublime!

"Tu notais, Salomon! dans toutes tes splendeurs Vêtu," disent les lis, " de robes aussi belles Que nos robes à nous! . . . Ah! les humaines fleurs Passent plus vite qu'étincelles ! "

Artiste Créateur! . . . dans ces tableaux divins Aux parfums les plus doux dont tu peins la Nature, Quelle leçon d'amour partout sur ses chemins Tu donnes à la Créature.

Vous n'êtes pas, ô Fleurs, sans une utilité.

Vous qui le jour, la nuit sur les champs, la rivière,

Florissez; car par vous j'apprends la vérité

Des plaisirs innocents sur terre.

2d4 DES ÉGLISES POURQUOI EEBlTES LA FOBTS?

Sages d^un jour! par FÀge un professenr mûri

A tant de grands pensers pent-îl donner naissance?

Dans votre calice est un mémento mon

Fleurs 1 fontaines d'Espérance!

Gloires des Temps passés et filles du cercueil, DHme bulbe ou d'un grain renaissant à la vie, Fleurs I vous êtes pour moi types de fin de deuil Et d'une étemelle survie!

Si je devais, ô Dieu, vivre dans un pays

Sans un lieu pour ton culte, Auteur de toutes Grâces !

Sans prêtres,— dans les fleurs je trouverais gratis,

Temples, Prêtres, Sermons et Châsses!'

Des Eglises sur nous pourquoi fermer là Porte?

Pourquoi barricader avec un soin jaloux Du bon Dieu les Maisons— excepté le Dimanche? Est-ce pour empêcher que notre cœur s'épanche Pendant six jours sur sept, qu'on les ferme à verroux? Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte ? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

Que si désarçonnés par le travail du jour,

Des dissipations ou lassés du caprice.

Nous cherchons à happer un court moment propice

Pour faire en notre cœur un utile retour:

Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte ?

Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

L'Eglise n'étant plus qu'un bâtiment fermé, Donnera-t-elle avis que c'est fort inutile Pendant six jours prier pour patrie et famille. Dieu ne restant chez lui qu'un jour à point nommé? Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

BBS ieLISES POUBQUOI ÏBSMEB LA POBTEP 296

N'est-il pomt de pécheur qui dans un bon transport Ija semaine dniant, ne youlnt dans T Eglise Venir sonder son oœnr? ... Ne serait-il de mise

Y porter nos douleurs quand chez nous vient la mort? Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

N^est-îl donc point hëlasl d'héritiers du chagrin, De malades d'esprit qui voulussent, c'est sage, Près des autels de Dieu retremper leur courage Lorsque le désespoir sur eux met son grapin?

Des Elises sur nous pourquoi fermer la porte? Bépondez, beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

N'est -il pas des méchants qui s'ils pouvaient aussi A toute heure du jour entrer dans une Eglise,

Y trouveraient parfois l'arme qui cautérise

Les lèpres de leur cœur? . . . S'il peut en être ainsi Des Eglises sur eux pourquoi fermer la porte? Bépondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

A l'étranger, partout, en quittant son labeur Vous voyez l'ouvrier entrer dans une Eglise,

Y prier le bon Dieu tous les jours à sa guise Sans attendre qu'il soit le jour dit du Seigneur. Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte I

En le voyant entrer l'air triste et plein d'ennui, Puis le voyant sortir l'œil brillant de lumière. Bien souvent j'ai gémi que dans notre Angleterre L'ouvrier ne put pas être heureux comme lui : Des Eglises sur lui pourquoi fermer la porte? Bépondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

296 DES ieLiSEs poukquoi febmeu la porte?

Car lequel d^entre nous sans éprouver d^émoi, Peut dans sa solitude et dans sou vide auguste Parcourir une Eglise et n^être un peu plus juste, £t ne sentir son cœur se réouvrir à la foi?

Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte 1

Les bancs inoccupés, et la nef et le chœur Déserts, tous deux drapés du lincenil du silence, Inspirent un émoi mille fois plus intense Que le bruit de la foule au saint jour du Seigneur: Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte 1

Quand foulons des tombeaux, les échos de nos pas Deviennent tout à coup des voix spirituelles Chantant bas à nos cœurs de saintes kyrielles, Nous parlant à la fois de vie et de trépas:

Des Eglises sur nous pourquoi fermer la porte? Répondez beaux Messieurs de la Sainte Cohorte!

Que s'il n'était qu'un seul, — qu'un seul, entendez-vous. Qui dut se convertir si vous laissiez ouvertes Tous les jours du bon Dieu les Eglises, oui, certes. De par Dieu, vous dirai-je, ôtez en les verrouxl Des Eglises, mes Beaux, ne fermez plus la porte. Un seul cœur converti vaut Saints de votre sorte!

Page 1