LES PETITES CHOSES
Un étranger, — ^iin brave voyageur Passant par là creusa pour le besoin vulgaire
Un puits profond, et puis il le mura, Et puis y suspendit cuillère et cœtera.
Faisant ainsi ce métier de manœuvre, Notre homme ne pensait faire une bien belle œuvre.
n se disait : " Peut-être au travailleur Ce puits pourra servir dans un jour de chaleur "...
Eh bien ! chacun à son envie Y but ... à des milliers ce puits sauva la vie !
Un doux rêveur se promenant un jour Par son chemin laissa tomber une pensée.
Par un chercheur qui*creusait son labour Pour le bonheur du monde elle fut ramassée;
Elle était vraie, et forte d'argument, Et sa clarté servit bientôt d'enseignement :
D'abord petite, elle grandit sublime.
Et des monts les plus hauts illumina la cime ;
Devint falot — phare étendit son feu Sur l'univers entier, ainsi que l'œil de Dieu ;
Et son immortel météore Sur le système humain domine et trône encore !
Un inconnu, sans nom, sans feu ni lieu, Quotidiennement flânant son existence
Dans le bazar ; laissa dans ce milieu Tomber un mot d'amour . . . d'indicible espérance :
Chuchotement à la foule jeté, Un souffle passager, — mais bientôt accepté :
Car ce doux mot, im vif jet de lumière, Des horreurs du péché fut relever un frère I . . .
Par le hazard pensée éclose au jour, Oh ! germe ! oh I fantaisie ! oh ! parole d'amour !
N'aviez d'abord une coudée . . .
Sur le monde aujourd'hui vous dominez . . • idée !
28 LA MOBT ST LE OUEBRIEB.
La Mort et le Guerrier.
" Sur un front noble et fier porte ton blanc panache, C'est ça, Guerrier, vite, arme-toi, Je suis Seigneur, — ^mais de la Tombe, Moi, Et ne crains ton épée, encor moins ta rondache !
^* Dis adieu, jeune Chef à Tobjet de ta flamme, Dis-lui de calmer son émoi.
Tu viens, vois-tu, demeurer avec moi.
Son chagrin passera comme un rêve de Tâme.
*' Ta nef peut s'élancer sur k^mer écumante, A travers champ ton palefroi, Ils vont tous deux, fidèles à ma loi Te porter vers un lieu de sommeil, et d'attente!" . . .
" Cette voix que j'entends, est-ce ta voix, ô Mort ! Et mon heure est-elle si proche ?
Du champ d'honneur, alors mon cœur s'approche, Puis à ce cri : * Victoire!' il s'éteint sans effort.
^' Et quand je tomberai les notes du clairon Sonneront fanfares guerrières, Et sur ma tombe on verra les bannières Doucement s'incliner, — majestueux fleuron.
" Bien des cœurs valeureux envieront si beau sort. Et quand le barde de ma tombe Dira le lieu, — les yeux de ma colombe Verseront des pleurs ;-^va, je ne te crains pas, Mort!"
" Tu portes, ô Guerrier le cœur hautain d'un brave . . . Je vais abattre ton orgueil ! — Peux-tu savoir quand j'ouvrirai ton deuil Si tu seras alors héros ou bien esclave ?
mfE IDEE OOKSOLAjrTE. 29
" Et ne se peut-il pas qu'au camp de l'Infidèle Et sous les chaînes du Tainqueur Je ne te prenne engourdi de douleur . . .
Car j'ai des moyens sûrs de mater un rebelle !*' . . .
" Oh ! s'il en est ainsi, malheureux est mon sort, La ûitalité le domine ; Mais vois ... la croix brille sur ma poitrine, Avec si noble signe on peut te braver, Mort !
" J'embrasse de tout cœur ta cause ô Saint Tombeau ! Sonne clairon, sonne trompette.
De toi mon Dieu la volonté soit faite !
Je te défie ô Mort et nargue ton niveau ! '*
Une Idée Consolante.
Ne désespérons pas de l'himiaine nature.
Un rayon de lumière pure Vacille malgré tout dans le plus sombre esprit : Le sauvage guerrier et le sage érudit Sont liés l'un à l'autre, et cela, sans lacune Par la fraternité de l'amitié commune:
Ne désespérons pas, ne désespérons pas :
Car dans ce monde étrange On ne pourrait trouver un cœur placé si bas Qui n'eut parfois quelque chose de l'ange.
Au sortir de la mine elle est peu belle à l'œil
La pierre brute en son linceuil, Et cependant caché dans son sein, dans ses veines Existe à l'état pur le marbre des Cévennes.
n est peu de rochers qui n'aient sur leurs sommets Si dénudés qu'ils soient, quelques joUs duvets : Ne désespérons pas, car dans ce monde étrange
Se cache à tous les yeux Sous le plus vil charbon le bijou précieux . . Nous avons tous quelque chose de l'ange.
80 UlTE IDÉE CONSOLANTS.
Dans toute et chaque chose est un intérieur,
Un abîme, une profondeur
Où Dieu cache à travers les fenêtres de Tâme,
Des maux et des chagrins le merveilleux dictame.
Dans chaque cœur humain il existe un accord
Qui vibre à l'unisson, et sans le moindre effort.
En vain le cœur pervers par une erreur étrange
Veut-il dissimuler
Tous ses bons sentiments ; — un rien vient dévoiler Qu'il est en lui quelque chose de Pange.
Méprisés, abaissés, il est de pauvres cœurs Abrutis sous tous les malheurs.
Qui vont, aveugles nés à la douce lumière Que le bon Dieu fait luire au de là de la sphère : Les pauvres ahuris ils ne devinent pas Que la vie est encor par de là le trépas ; Dieu ! puisse votre main la guider leur phalange,
Et leur montrer bientôt Que la vie ici bas est un vaste entrepôt.
Ou chacun a quelque chose de Tange.
Dieu sait que quelques uns sont méchants et sont faux,
Et cependant à leurs défauts Dieu toujours compatit en sa miséricorde.
Frères, ferons-nous moins que le Dieu de concorde ? Le peu que nous avons, sachons le partager.
Au pauvre ouvrir sa main n'est-ce pas ménager ? L'amour est un mystère, est un mystère étrange,
n sait donner toujours, Et vient prouver à tous par son puissant concours Que nous avons quelque chose de l'ange !