BALLADE 8VB UNE NOCE
La jeune fille! (Ahl c'est toute une histoire dà! Jamais d*Adam plus gente côte, Jamais aie de Pentecôte, N^ont produit plus joli que ça!) Non, jamais en un mot, la plus féconde vigne Ne fit voir un raisin plus doux et plus insigne.
Son gentil doigt était si petit, que Tanneau
Trop large un brin, c'était cocasse.
Ne pouvait y rester en place:
Est-ce qu^il n'était pas nouveau?
Cela m'avait tout l'air, admire ma bêtise Du grand collier qu'on met quelquefois à la Grise.
Sous sa jupe ses pieds, ses pieds d'un moule exquis, Allaient en avant, en arrière.
Comme s'ils craignaient la lumière; On eut dit deux jeunes souris; Mais va! quand elle danse, ah! c'est de par Saint Jacques Plus beau que le soleil en un beau jour de Pâques!
Il aurait bien voulu lui donner un baiser
Deux fois, trois fois, quatre fois même, Tant était son ardeur extrême:
Mais devant tous, comment oser?
Elle eut refusé net; mais disait son silence: A moi le jour! ... A vous ce soir après la danse!
Un blanc si beau, si pur sur son visage était Que la plus blanche pâquerette Malgré sa gente colerette, Devant elle n'eut eu d'effet.
Ajoute deux filets de couleur purpurine Tels qu'on en voit aux fruits de Sainte Catherine.
BALLADE SUE TNB NOCB. 817
Ses deux lèvres étaient d'un charmant incarnat^
L'une avait dû par une abeille
Etre piquée, et c'est merveille
Avoir commis tel attentat !
Car ils veillent si bien ses yeux sur sa figure, Que moi de les fixer n'eut osé, je te jurel
Sa bouche est si petite alors qu'elle s'en sert Pour faire son gentil parlage.
Que vrai, je craignais qu'au passage Le mot, sous si joli couvert Ne s'arrêta soudain, mais sa douce parole Coule bénignement comme l'eau d'une phiole.
Si des souhaits formés sont réputés péchés.
Certes le prêtre fut coupable.
Mais c'est qu'elle eut damné le diable I Et si dans des mots bien touchés.
L'époux a, ce soir là, déboutonné son âme.
Comme un chacun en rêve, — ^il a dû perdre iiamme.
Mais Dieu de Dieu vraiment je m'en donne Richard !
Et n'est-ce pas billevesée?
M'est avis qu'outre l'épousée
Il est d'autres choses à part.
Grand est le brouhaha qu'on fait dans la cuisine, Car l'homme doit manger, et tiens voilà qu'on dîne.
Tout juste à point nommé, le Chef frappe trois fois : Au fait de ce soudain langage.
Voilà les servants de tout âge Chacun plat en main, l'air courtois.
Marchant comme soldats, puis présentant les armes, Et puis se retirant en rang comme des carmes.
818 BALLABS BVn VWR KOOE.
Quand 8ur Ténorme table on eut placé les mets, Quel homme, je te le demande, D*une nature un peu gounnande Eut attendu les si, les mais
Pour manger; — aussi bien, et c^est un fait notable
Sans Benedicùe chacun se mit à table.
Et maintenant des fronts se lèvent les chapeaux, Et la jeunesse fait bombance, On boit les santés d^abondance, A tous, puis aux époux nouveaux ; Et puis tout haut, tout bas, à la belle épousée, Enfin de toasts divers c^était une fusée!
On se lève à la hâte, on danse tout à coup.
Puis on s'assied près de sa belle.
On cause, on fait de la prunelle, Et Ton s^embrasse coup sur coup.
Ainsi passa le temps, si bien que, c'était drôle, Des mariés chacun enviait Thenreux rôle!
Voilà que par ce temps tous et furtivement A pas de loup quittent la salle Pour déshabiller la vestale.
Et veiller au dernier moment.
Lui ne doit rien savoir; mais il sait par avance Qu*il en a pour une heure à rêver d'espérance.
Dans la chambre à coucher quand il entra, Richard, Elle était dans un lit de neige Comme une vierge du Corrège:
On s'en fut, c'était déjà tard:
Les baisers trop longtemps restés en sentinelles Quittaient déjà leur poste et froissaient les dentelles.