SURREY (COMTE DE
Né en 1516— Mort en 1547.
Aucun Age n'est Content de son Sort.,
Comme je méditais dans mon lit solitaire Laissant à mes pensers tout l'heur de me distraire, Leur magique reflet passa devant mes yeux Si bien — que tour à tour j'étais triste ou joyeux.
Je voyais l'homme enfant, — et puis je pensais comme Pour esquiver le fouet, il désirait être homme — Je voyais le jeune homme en quête du confort Contre l'or du vieillard prêt à troquer son sort.
Je voyais le vieillard flairant une fin proche Chercher de son jeune âge à remonter le coche. Pour vivre autant de plus, — et riais à la fois De les voir mal contents, — chacun et tous les trois.
820 LA PEBCE-KETGE.
£t je me demandais s^il n'était pas étrange
De nous voir ce désir qoi change et toujours change,
Et tout gîsant pensif j'appercevais soudain
Mon front jaune et boueux et ma débile main;
Et mes lèvres aussi — portes qui d'elles-mêmes S'ouvrent lorsque je parle — ont dit ces mots suprêmes: *'Yois donc tes cheveux blancs, messagers du destin, Ne te disent-ils pas: ta vie est à sa fin ?
Orateurs éloquents eu leur muet silence, Ils disent que pour toi TEtemité commence I Arrière donc à tout ce qui fut du Printemps, Vieillard nous diras-tu quel fut ton heureux temps?"
Et sur ce je me dis: '*A chacun sa marotte, Fais ton paquet ma Muse, et va-t-en ma vieillotte Aux tout petits enfants dire... que Tâge heureux Serait leur â&:e si —tous ils le savaient mieux!"
TATHAM (MISS EMMA).
Né en 1829— Mort en 1855.
La Perce-Neige.
Tremblante au vent de la tempête, Sous son souffle courbant la tête Vers la terre penchée . . . ô Fleur Première enfant de la Naturel A qui ressembles-tu sous la robe si pure Qui cache si bien ta pudeur?
Serais tu pas une fillette Hardie, et s'élançant coquette Toute pimpante du boudoir?
Oh ! non ta naïve figure pu péché de Torgueil ne sentit la morsure Jamais; cela se peut bien voir!
LA PEBCE-NEIOE. 321
Nouvelle éelose sur la terre D^à serais-tu pas sans mère, Jetëe au monde, à ses mépris, Qui les pétrifiera tes larmes ?
Non pas I un cœur joyeux s'apperçoit dans tes charmes, Sous ton voile blanc tu souris I
" Sainte Nonne " est ton nom peut-être ?
N'ayant rien du chaud de notre être, A toute humaine passion Est vérouîllé ton cœur de glace I Non pas! Tamour profond il se lit sur ta face Empreinte de componction.
Ton emblème te le dirai-je ?
Sous ton bonnet de perce-neige Je vois la fenune au noble cœur Du Christ arborant la bannière Non dans son doux climat, mais parmi la bruyère D*un pays lointain sans chaleur.
Au Grroënland, chez les Moraves, Chez ces frères si bons, si braves, Sous ton cénotaphe, ô JudsonI Fleurit cette fleur humble et chère, La Sainte Charité la fit en Angleterre S'acclimater même en prison.
Du désespoir dans les repaires Oh grouillent toutes les misères, Fleurit encor la douce Fleur.
A tous les maux c'est un dictame, Elle adoucit la haine, et rend la vie à Pâme Qu'accablait le poids du malheur.
322 LE BANC BU SEIOyEUB DU VILLAGE.
ma suave Perce-neige I Dieu sait que c'est sans sacril^, Que je te compare à la fleur Unique enfant de Tinnocence, Qui vécut sans péché, — sans commettre une offense Et n'eut qu'un parfum... la candeur!
Lui, le Christ, le Sauveur du monde Quand il vint sur ce sol immonde Dût être en proie à l'ouragan ; Et pour mieux racheter le pleige , Qu'il fit de nous sauver, comme la Perce*-neige Brava les fureurs de l'i^utau !