‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 145 sur 162 · TAYLOR (MISS JANE · texte numérisé non relu

TAYLOR (MISS JANE

Née en 1783 — Morte en 1823.

Le Banc du Seigneur du Village.

Un oblique rayon de la clarté du soir

Filtre à travers le châssis jaune.

Et donne un reflet d'anémone

Au cramoisi fané qui tire sur le noir.

Le gothique châssis entouré de grisailles

Projette sa grande ombre à l'entour des murailles.

Et depuis le moment où tous ces beaux atours Avaient la firaîcheur du jeune âge, Oh ! combien de jours sans nuage

Sont venus dérober sa couleur au velours.

Et combien de soleils ont laissé leur empreinte

Sur ces murs déjà vieux d'ui^e si riche teinte.

LX BANC Dr SEIGKEUB DU VILLAGE. 323

Sous ce beau tertre vert elle doit, m^est avis,

S'être émiettée en poussière

La main habile et roturière Qui fit ce gland de chêne, et cette fleur-de-lis ; Et maintenant le ver, cet artiste émérite Contrefait le ciseau du sculpteur, et Timite.

Lorsque Jacque était roi (dans les jours d'autrefois

Comme nous disons dans cet âge)

Le noble Seigneur du village Amenait du manoir tout un peuple de choix Autour de lui rangé, brillant comme escarboucles Avec habits brodes et beaux souliers à boucles.

Sur coussins de damas chacun à deux genoux Ouvrait son livre de prières Que d'airain fermaient des charnières,

Et priait le bon Dieu d'un air pieux et doux,

Ayant pour le verset une réponse prête

Lorsque l'officiant en faisait la requête.

Au rayon de soleil qui sur les bas côtés

S'infiltre long et solitaire.

Voyez reluire sur la pierre Caractères d'airain dans le marbre incrustés; Là gît dans le tombeau, le Seigneur du village. Le puissant Chevalier, et son noble entourage.

Sa Dame et lui, tous deux, voyez-les étendus Près l'tm de l'autre sur la pierre, Les mains jointes, comme en prière.

Depuis que dans la mort tous deux sont descendus :

Lui, le corps tout bardé de fer, en son armure ;

Elle, en longs vêtements tout garnis de guipure.

324 LE BAXC DU SEieifEUB DU TILLAOE.

Ennmérés selon Tordre où les prit la mort,

Sonf leurs enfants ; grand est leur nombre, Ils s'inclinent devant leur ombre Comme s'ils essayaient dans un dernier effort D'expier leurs péchés , d'expier leur misère, Par un meâ culpâ sans fin gravé sur pierre.

Ces jours sont déjà loin ; —des générations Ainsi qu'épis de blé nombreuses Sous ces voûtes silencieuses Ont occupé le banc dans leurs dévotions:

Et s'en vont tour à tour, et sans cesse et sans cesse. Occuper le caveau d'en bas, par droit d'aînesse.

Et de nos jours encor le Seigneur du manoir Gentilhomme aux grandes manières, Avec de riches héritières

Vient, pendant la saison, au même banc s'asseoir ;

Remplissant le saint lieu de son bruit, de son faste,

De belles et de beaux, cortège de sa caste :

Sans penser en foulant les dalles au son creux

A cet asyle du silence

Par où l'éternité conmience, Où reposent en paix ses parents, ses ayeux ; Qui devra recevoir dans un jour, dans une heure Le Seigneur Châtelain de sa noble demeure.

Voyez î le char funèbre et la procession

Parmi les arbres et l'ombrage

Ils ont traversé le village, Pour s'arrêter ici, dernière station.

De loin, de tout là bas, ils viennent à la terre Rendre ce Grand d'un jour qui n'est plus que poussière!

LS YOYAGEUB PEBDU DANS LES NEIGES. 325

Et quand sa race enfin dans ce dernier dortoir

Reposera toute en silence,

Un rayon de soleil, par chance, Viendra sur ces tombeaux glisser Tadieu du soir; Tandis que de nouveaux venus, au frais visage Occuperont le banc du Seigneur du village.

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