‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 147 sur 162 · THRALE (MRS. HESTER LYNCH · texte numérisé non relu

THRALE (MRS. HESTER LYNCH

Née en 1739— Morte en 1821.

Les trois Avertissements.

Pour qui lit couranmient au livre de nature

Il est constant que l'arbre le plus vieux.

Celui qui dans le sol étend sa chevelure Le plus profondément en fibres plantureux.

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Est Tarbre qui de tous tient le plus à la terre. Aussi chez les anciens un dicton populaire Disait: '^Plus on vieillit, plus on aime à vieillir, Et Phomme le plus sage est rétif à mourir ! " Or si ce vieux dicton ne sait pas vous convaincre, Oyez tous mon histoire, et tâchez de vous vaincre.

On riait, on dansait chez le voisin Dobson,

On perçait nombre de futailles, C'était le jour des épousailles, La joie avait atteint le haut diapason; Lorsque Dame la Mort pimpante et radieuse.

Vint trouver notre époux, et le prenant à part : "De ton décès, mon cher, je viens te faire part — "

Dit-elle de sa voix moqueuse, "Il faut quitter Suzette, et me suivre . . . je parsl*' — "Quoi I . . . quitter ma Suzette, et pour vous suivre encote?" S'écria notre ^oux "... à peine à mon aurore! Quoi me traiter ainsi, sans les moindres égards. Ne le sayez-vous pas, c'est la nuit de mes noces. Entre nous, j'ai d'ailleurs d'autres chats à fouetter Ma foi ! que de vous suivre et qu'ainsi m'absenter Juste au moment où . . . — Mais, vos aurons sont atroces ..." Je ne puis dire ici la fin de ce discours.

Ni les beaux arguments auxquels on eut recours. Ce que je sais c'est que la Mort fut débonnaire. Et laissa ce jour là vivre son adversaire ;

Mais cependant, avant de le quitter Prenant son air atrabilaire:

"Je ne veux plus," dit-elle, "avec toi discuter Mon bon!" et sur son front se lisait la colère, "Plus je ne veux non plus taquiner tes plaisirs.

Ni chiffonner ta joie, Pour une fois je suis prête à lâcher ma proie. Et j'accorde un sursis à tes nombreux désirs!

Bien mieux, afin d'éviter tout reproche, Lorsque ton heure sera proche

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Ta recevras de moi trois avertissements, Ce que vos ''gueux d'huissiers" nonmient commandements,

Avant que pour toujours la tombe

Sur toi ne tombe; Espérant bien qu'alors tu seras tout dispos A sortir de ce monde, et sans nescio vosf^' Sur ce, contents tous deux, sans plus de patenôtre La Mort tira de ça, Dobson tira de Tautre.

Maintenant veut-on, entre nous, Savoir ce qu'il advint de Dobson, notre époux. S'il vécut de longs jours, avec quelle sagesse, Et comment en un mot, il mena sa jeunesse?

Tja muse complaisante aura bientôt écrit: "

Dobson fit le conmierce, acquit et puis vendit. Sans penser un instant qu'arrivait la vieillesse. Que la mort approchait. — Il avait des amis Pas trop faux, — une fenmie à peu près ménagère.

De grands profits, Des enfants peu nombreux, un sort vraiment prospère; Ses heures s'écoulaient doucement, lentement, Ses biens s'accumulaient prodigieusement.

Mais tandis qu'il suivait le train train de la vie

Sans trouble aucun, à peu près sans envie, Le Temps, ce Juif Errant, qui seul marche toujours, Jusqu'à quatre-vingts ans aggloméra ses jours. Or, un soir qu'il donnait audience aux pensées

Passées, Advint la Mort. — "Sitôt de retour? . . ." dit Dobson. — "Sitôt, dis-tu? . . . C'est à mourir de rire" Reprit la Mort; — "Allons pas de façon.

Depuis trente-six ans, moi je t'attends, vieux sire I Et tu fais le rétif, même à quatre-vingts ans ! " — "Tout beau! Vous devriez ménager mon grand âge," Reprit Dobson, " Je suis le doyen du village

Ne doit-on pas respect aux cheveux blancs?

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Mais voyons si votre requête £&t bien fondée en droit, en équité.

Je puis me rendre à la légalité, Mais préalablement il me faut une enquête ;

Et d'ailleurs m'est avis Que vous m'aviez promis Avant que je ne meure Trois avertissements pour me mettre en demeure.

Chaque jour, du soir au matin, J'attendis ces avis, ou plutôt ces messages,

IhmquA]*9À droit à des dommages Pour ce manque de foi digne au plus d'un robin." — "Je le sais," dit la Mort, "et veux prendre la chose

Du bon côté — Ma venue indispose ; Mais ne chicanons point. — Dis, pouvais-je prévoir

Mon vieux Dobson que tu serais capable De clopiner encor de la ferme à Tétable

Malgré tes ans, du matin jusqu'au soir ?

Mes compliments, au moins, on n'est pas plus ingambe I" — " Minute," dit Dobson, "je boite d'une jambe Depuis tantôt quatre ans." — " Vraiment !" reprit la Mort, "Ce n'est pas étonnant; mais ils sont bons encore Tes yeux, et quand on peut posséder le confort De voir ceux qu'on chérit, de voir lever l'aurore. Cela compense bien de la perte d'un pié." — "Sans doute I . . . Mais hélas! Et cela fait pitié

Admirez ma déconvenue.

Il y a quelques jours que j'ai perdu la vue."

— "C'est assez triste, par ma foi; Et vrai, je te plains beaucoup, moi!" Fit la Mort, " mais chacun s'empresse ici, je gage, A te tenir au fait des cancans du village?"

— "Hélas! depuis longtemps Le village est veuf de cancans.

On n'en fait plus — D'ailleurs, je le confesse,"

380 LE DETOIB ET LE PLAISTB.

Reprit notre fermier ''rien ne m^amuse plus,

Car avec la vieillesse Je sois devenu sonrd, et rien ne m^intéresse, A peine ai-je plaisir à compter mes écnsl^^

"Eh bien donc Insensé! Cadavre dans la vie, Qaels regrets sont les tiens? Qu'est pour toi la survie? Sourd, aveugle et boiteui — Ils sont donc superflus Ces trois avis donnés? — Que fallait-il de plus?" Dit la Mort^-Et soudain sur ce réquisitoire, EUe occit le Dobson. — Ainsi finit Thistoire!

Le Devoir et le Plaisir.

Le Devoir, le Plaisir depuis long-temps en guerre,

Par hazard un jour sur la terre Se trouvèrent tous deux. — " Ne me dérangez pas,

Allez voir si j'y suis là bas," Dit le Devoir avec impatience, Et puis se ravisant, et d'un ton radouci :

" Mon cher tenez-vous à distance, Et ne me forcez pas de vous traiter ainsi."

— " Vous avez, cher Monsieur, un fort bel accent grave," Dit le Plaisir, " Soyez de vous-même l'esclave. Permis à vous ; mais là pourquoi nous chamailler ? S'il vous plaît, vous pouvez devenir méthodiste

Sans que je songe à vous railler, Puis-je trouver mauvais qu'il vous plaise être triste ? Mais ne m'arrêtez pas au moins dans mon chemin ; Cependant vous pourriez sans trop manquer au code

Etre un peu moins bénédictin.

Dérober un instant pour l'actrice à la mode, Donner une heure aux récréations,

Une heure ou deux pour un peu vivre.

Pour regarder l'oiseau dans ses ascensions, Ou respirer la fleur dont le parfum enivre.

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