WATTS (THE REV. ISAAC
Né en 1672— Mort en 1717.
La Rose.
Quelle est belle la Rose! oh! la charmante fleur!
Mai la rend un objet d'envie!
Mais sa feuille en ime heure a perdu sa fraîcheur,
Un beau matin . . . Voilà sa vie !
338 LA FOUBHT.
Et cependant la Rose a sur toutes les fleurs
Le plus suave privilège:
Pour s^imposer à nous quand ont fui tes couleurs
Le plus doux parfum la prot^el
Ainsi Beauté, Jeunesse ont la fragilité Ainsi que Téclat de la Rose;
Vouloir les préserver pour Phomme est vanité, Le Temps dans sa marche en dispose.
Puisque tout passe donc, pourquoi mMnorgueillir
De ma beauté, de ma jeunesse?
La fleur d*un bon renom je saurai la cueillir ■ Pour sauvegarder ma vieillesse!
La Fourmi.
Ces Fourmis! quelles sont petites à nos yeux! Nous les foulons aux pieds. — Et nos pieds dédaigneux Sont sans pitié pour leur détresse ; Tout sages que nous soyons cependant, A leur école un sot, ça c'est bien évident.
Pourrait souvent puiser des leçons de sagesse.
Usent-elles leur temps rien qu'à faire joujou ? Non : — quand il fait soleil, elles vont à leur trou Porter provisions de bouche :
Sages toujours, prévoyant les frimas.
Et connaissant le prix de chacun de leurs pas. Elles rentrent à temps et le grain et la mouche.
Mais j'aurais moLos de sens que la pauvre Fourmi Moi! si je gaspillais, paresseux, endormi,
La fleur de ma jeune existence:
Et quand viendrait le vieil âge ou la mort.
Oh! qu'il serait affreux mon misérable sort Si n'avais su d'abord user de prévoyance.
LE tAnrtANT. 339
IXmc tandis qu* aujourd'hui je suis jeune et snis fort Pour mes jours éloignés amassons un confort^
£t prions Dieu qu'il me pardonne ; Lire arec fruit, obéir, avoir foi, C'est le passe-partout du bien meilleur chez soi Que le bon Dieu là haut auprès de lui nous donne.
Le Fainéant.
Du fainéant j'entends la voix gémir :
" Trop tôt vous m'éveillez ! oh I laissez-moi dormir ! " Et conune sur ses gonds la porte tourne et crie, Lui tourne sur son lit sa lourde rêverie.
" Encore un peu, rien qu'un peu de sommeil: " — Ainsi dit-il, alors qu'il fait déjà soleil ; Et puis quand à la fin il se lève, il badaude. Ou reste assis, ou bien se meut et baguenaude.
Dans son jardin tout vit à l'abandon.
Hors l'épine et la ronce, et l'énorme chardon ; Les vêtements pendus sur lui tournent en loques, Et son argent s'épuise en achats équivoques.
Je fus le voir, désireux de savoir Si d'orner son esprit il avait eu vouloir :
Mais lui de me parler rêves, manger et boire, Quant à lire la Bible autre histoire! autre histoire 1...
Lors je me dis : ^^ Grâce à mes bons parents Qui m'ont appris l'emploi, surtout le prix du temps, Cet homme n'est pour moi qu'une leçon vivante De ce que pour toujours fainéantise enfante.
340 COKTBE L'OISIVlfiTé XT LA MALICE.
Contre l'Oisiveté et la Malice.
Oh! comme la petite abeille Le jour travaille avec ardeur, Allant quêter pour sa corbeille A la porte de chaque fleur.
Avec quel art de sa cellule Elle établit les fondements!
Avec quel soin elle accumule Ses trésors, ses cbers aliments !
De travaux de force ou d^adresse Moi je veux aussi m'occuper ; Car c^est aux mains de la Paresse Que Satan aime à s'agripper.
Puisse s'écouler ma jeunesse Avec bons livres, bon travail.
Afin qu'aux jours de la vieillesse Je la reconstruise en détail I