UN PO£ME SANS TITRE
Es-tu, dis, uu Esprit de malheur ou de joie?
Sylphide ou Fée? Ou bien vêtu d'or et de soie Un Esprit noir ou blanc, un Esprit gris ou bleu? Dis, Merveille . . . Dis-moi la vérité morbleu 1
l'apparition.
De rOcéan je suis une Nymphe, et mon Sire De la mer sous ses lois retient le vaste empire. De mon roc escarpé je descends à la nuit Devers le peuple Fée à l'heure de minuit Pour folâtrer . . . partout oii l'herbe est verdoyante, Du Teign qui me connaît sur la rive attrayante. Mais toi, qui donc es-tu? — qui viens ici la nuit Profaner de ton pied ce tranquille réduit?
l'étranger.
Pardon, à vous pardon, ô Beauté radieuse!
Pauvre Magicien d'humeur aventureuse Suis parti pour aller à l'occident là bas.
Devers une sorcière, et sans égale, hélas !
Mais signes étoiles, et sinistre présage Sont venus me traquer au milieu du voyage.
Et maintenant me faut aller quêter abri Aux grottes de la Nymphe, au puits de la Pixy, Jusqu'à ce que la nuit ait fait place à l'aurore. — Bonne chance Beauté! Pardon à vous encore!
l'apparition.
Homme artificieux! Par la conque d'azur Du Triton, j'ai percé soudain ton masque impur. Tu dois être, vois-tu, j'en ai la certitude, Cet infâme Sorcier qui dans la solitude A l'orient là bas, près d'un ruisseau traînard. Pour préparer des sorts, vit tout seul à l'écart Aujourd' hui de ton vilain gîte Tu viens de ton souffle hypocrite
LA KOSE. 337
Nieller nos berceaux, annihiler leurs tieurs,
Sur nos arbres épandre et brouillards et vapeurs,
DesB^her nos vallons et nos vertes collines,
Et sur tous ces débris étager tes ruines:
Ohl ne marmotte pas ton grimoire assassin,
De plus puissants que toi m'ont bravé — mais en vain.
Par mes lèvres, mes yeux, vieux Sorcier je te cloue,
Oui je te cloue au sol, et souffleté ta joue;
Et de plus te condamne, et cela sans appel.
Ici, pendant sept jours à regarder le ciel.
Méprisant la grandeur, — faisant fi de la grâce,
Souhaitant, mais en vain, ton noir repaire en place.
J'ai lancé mon regard, — dit mon dire, — suffit ! . . .
Maintenant je m'en vais vers l'océan, mon lit.
l'étranger.
Malheur I malheur à moi ! car ce simple sourire A dispersé, détruit soudain mon point de mire; Mon livre de grimoire, ô hoote sur mon art I A perdu tout pouvoir au feu de son regard; Et je fonds doucement ainsi que le nuage De nuit, quand le soleil lui montre son image. Vade rétro lutin, mignonne Vision, Sur toi voilà quelle est ma malédiction:
"Puisse-tu sans souci passer la fleur de l'âge Sans trouver la sagesse au terme du voyage!" Va-t-en dans ta gaité, — dans ton mépris, — mutin! Et ne me reviens pas,— jusqu'à demain matin ! "