VERS
Faits à l'école par un beau jour de printemps où il avait été mis
en pénitence.*
Du soleil du matin les rayons enchanteurs
De chaque oiseau réclament les louanges ; L'Alouette au ciel va porter ses chants vainqueurs
Aux chérubins, aux anges, aux archanges.
Tandis que gazouillant sous l'ombre des bosquets,
Les gentils oiseaux du bocage Chantent la liberté sous ce jeune feuillage
Dans des chants aussi doux que frais.
♦ L'auteur avait alors 13 ans.
342 T£BS EAITS À l'eCOLE.
Mais pour moi nulle voix salubre I Le chant de Talouette il se perd dans les cieux,
Car en prison dans Técole lugubre, Par ordre du pédant, sous son joug odieux
Je dois âéehir, et loin du frais ombrage
Où des oiseaux s^entend le gai ramage Je dois dans la captivité
User le temps, courber ma volonté
Sous les fourches du scholiaste, Dont rérudition rocailleuse et peu vaste
Rendrait Tesprit le plus subtil balourd;
Oii le génie est absent par contraste, Tandis que le printemps joyeux rit à Tentour; Que mon âme pour faire école buissonnière, Goûter chaque matin les pompes de la terre, Pour errer sans contrainte au lever du soleil Par taillis et forêts, j courtiser la Muse, Laisserait volontiers ce clinquant tout vermeil
Appelé *^ La Science incise ! ^' Mais hélas 1 ce bonheur, cet avant-goût du ciel Il ne sera jamais pour moi qu^un doux mensonge, Et s^il vient me montrer son prisme d'arc-en-ciel
n s'effiicera comme un songe.
Oh ! que ne suis-je, hélas 1 le petit roitelet Là bas qui chuchète à cœur joie.
Je m'en irais au loin dans quelque vert bosquet Filer des jours d'or et de soie ;
Là je sautillerais en toute liberté,
Loin du monde, ne vous déplaise, Ek je chanterais à mon aise
Jusqu'à ce que la mort arrête ma gaîté.
KV BOMAfilN. 343
Au Romarin.
Fleur à la douce odeur qui fleuris tous les ans
Quand de Janvier mugît le souffle rude, Qui viens charmer Thiver et sa décrépitude,
Et prodiguer ton parfum aux autans!
Viens, tu seras pour moi des fleurs la favorite,
Et de toi je ceindrai mon front.
Et tout en te tressant je chanterai non vite
Un lai funèbre, un lai profond, La chanson de la mort, lugubre mélodie
Que sur la tombe on psalmodie.
Viens Fleur mélancolique, amante des tombeaux.
Toi qui te plais plaintive et solitaire A jeter ton parfum qui sent le cimetière
Aux vents émufi, aux vallons, aux hameaux.
Viens coucher avec moi, viens sur ma lèvre humide.
Nous dormirons d^un doux sommeil.
Sous Taune rabourgri nous humerons le vide,
Le vide, il n'est rien de pareil I Et rien ne troublera le silence de marbre
Que nous goûterons sous cet arbre.
Mais chut ! le Dieu du vent à travers les forêts
Gémit ses chants d'une voix caverneuse, La brise les redit triste, mystérieuse
Aux froids vallons, aux échos, aux guérets.
C'est pour moi, douce fleur, ce requiem sauvage,
Cela me prédit le tombeau.
Et l'humide gazon sous l'humide feuillage
De ton verdoyant arbrisseau. Ton parfum. Fleur, là bas vers moi &is le descendre
Quand y reposera ma cendre !
Z%Ê l'CFF^ITT mm LOKD ttOiriXD.
wiLsoN ;jOHîr.
X« es 1785— Ji«t CA 1854.
L'Entant de Lobd Rosald.
L'Entajtt de Lûni Ronftld de psr les monts saavages QiftBtah, il uj a pas trois joim»
Tandis qae car le sol i arensc des Buges
D«icc»daît ci prenait son coun.
Loi BKMtnat 1 arc-cn-oel et sa vire Inmière, £t £ûsam naitie sons ses pas Uaint et maint '^Ke m'ooUiez pas,"
Et cène sente âeiir. étoile de la terre
Q«e no&s appelons la bmjère.
Mais le s^niffle da soir loi causa, quel malheur !
Un r^£rv]âdis£ement qui loi glaça le oœur.
Avec peine die fut chez elle la pauvrette,
Et maintenant sur sa coachette IXmt eDe ne doit plus surgir,
L'œil éteint, elle gît : elle rient de mourir.
Elle est froide, immobile autant qu*im corps de pierre Qui git à tout jamais dans quelque sanctuaire
Oublié depuis bien longtemps;
Se$ pâles mains jointes sur sa poitrine
Comme priant eneor dans sa grâce enfantine
Le bon Dieu des petits en&nts.
Des pieds mignons gravissent la tourelle.
Oh ! quelle vision mélancolique et belle!
Portant toutes vêtement blanc, Deux à deux, chacune à son rang, S^avance un essaim d^orphelines, Les yeux baissés, et bien chagrines,
Avec des pas Qu'on n*entend pas,
l'ENPANT de lord RONALD. 345
Pour conduire en silence à son dernier chez elle, La gracieuse et noble Damoiselle Leur protectrice du castel;
Car la miséricorde est remontée au ciel:
Si que des pauvres orphelines Coulent les larmes cristallineR.
Du chèvrefeuille en pleine floraison Dans la chambre épandant sa triste exhalaison, Elles cueillent la fleur, aussi la rose blanche Grimpant au mur, et qui sur la morte se penche
Comme un tribut de deuil et de regrets Devant des yeux qui plus ne s'ouvriront jamais.
Elles placent ces fleurs prises à la croisée Encore humides de rosée, De la morte sur le beau front; Et là gisent ces fleurs au parfum éphémère.
Qui vont bientôt cacher leur doux baume sous terre Dans un lieu de repos plus calme et plus profond!
Du jour à la grande lumière Par cette jeune troupe est conduite la bière.
Et d'arbres sous un frais bosquet Tamisant le soleil et créant des ténèbres.
Elle est posée; — on fait un temps d'arrêt Pour y psalmodier les offices funèbres, Jeunes gens et vieillards ont le front découvert.
Puis tout à coup devant la morte Les vassaux du castel réunis en cohorte Se mettent à genoux auprès du tertre vert.
Le défilé d'Etive, et ses hautes montagnes
Dominant les campagne»
Dans le silence gît, comme la profondeur Immense de ce ciel sans aucune vapeur;
3é6 l'snïavt db lobd bokald.
A peine bruît-il le son mékacoliqne Défi eaux laisatnt glûser lecur dolente mBfiique, £t paraÎMant sur ai jeune trépas Chanter tout bas: bélafil hâasl hëlaal Quittant alors la troupe juvénile Une charmanie enfant, firaîche comme une idylle, S^en vint prendre place en pleurant Prèa des pieds de la Damoiâelle,
Fuis soupirant, Ayant humide la prunelle, Elle chanta, les yeui fixés sur le linceuîl
Ce chant de deuil.