‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 155 sur 162 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

Faits à l'école par un beau jour de printemps où il avait été mis

en pénitence.*

Du soleil du matin les rayons enchanteurs

De chaque oiseau réclament les louanges ; L'Alouette au ciel va porter ses chants vainqueurs

Aux chérubins, aux anges, aux archanges.

Tandis que gazouillant sous l'ombre des bosquets,

Les gentils oiseaux du bocage Chantent la liberté sous ce jeune feuillage

Dans des chants aussi doux que frais.

♦ L'auteur avait alors 13 ans.

342 T£BS EAITS À l'eCOLE.

Mais pour moi nulle voix salubre I Le chant de Talouette il se perd dans les cieux,

Car en prison dans Técole lugubre, Par ordre du pédant, sous son joug odieux

Je dois âéehir, et loin du frais ombrage

Où des oiseaux s^entend le gai ramage Je dois dans la captivité

User le temps, courber ma volonté

Sous les fourches du scholiaste, Dont rérudition rocailleuse et peu vaste

Rendrait Tesprit le plus subtil balourd;

Oii le génie est absent par contraste, Tandis que le printemps joyeux rit à Tentour; Que mon âme pour faire école buissonnière, Goûter chaque matin les pompes de la terre, Pour errer sans contrainte au lever du soleil Par taillis et forêts, j courtiser la Muse, Laisserait volontiers ce clinquant tout vermeil

Appelé *^ La Science incise ! ^' Mais hélas 1 ce bonheur, cet avant-goût du ciel Il ne sera jamais pour moi qu^un doux mensonge, Et s^il vient me montrer son prisme d'arc-en-ciel

n s'effiicera comme un songe.

Oh ! que ne suis-je, hélas 1 le petit roitelet Là bas qui chuchète à cœur joie.

Je m'en irais au loin dans quelque vert bosquet Filer des jours d'or et de soie ;

Là je sautillerais en toute liberté,

Loin du monde, ne vous déplaise, Ek je chanterais à mon aise

Jusqu'à ce que la mort arrête ma gaîté.

KV BOMAfilN. 343

Au Romarin.

Fleur à la douce odeur qui fleuris tous les ans

Quand de Janvier mugît le souffle rude, Qui viens charmer Thiver et sa décrépitude,

Et prodiguer ton parfum aux autans!

Viens, tu seras pour moi des fleurs la favorite,

Et de toi je ceindrai mon front.

Et tout en te tressant je chanterai non vite

Un lai funèbre, un lai profond, La chanson de la mort, lugubre mélodie

Que sur la tombe on psalmodie.

Viens Fleur mélancolique, amante des tombeaux.

Toi qui te plais plaintive et solitaire A jeter ton parfum qui sent le cimetière

Aux vents émufi, aux vallons, aux hameaux.

Viens coucher avec moi, viens sur ma lèvre humide.

Nous dormirons d^un doux sommeil.

Sous Taune rabourgri nous humerons le vide,

Le vide, il n'est rien de pareil I Et rien ne troublera le silence de marbre

Que nous goûterons sous cet arbre.

Mais chut ! le Dieu du vent à travers les forêts

Gémit ses chants d'une voix caverneuse, La brise les redit triste, mystérieuse

Aux froids vallons, aux échos, aux guérets.

C'est pour moi, douce fleur, ce requiem sauvage,

Cela me prédit le tombeau.

Et l'humide gazon sous l'humide feuillage

De ton verdoyant arbrisseau. Ton parfum. Fleur, là bas vers moi &is le descendre

Quand y reposera ma cendre !

Z%Ê l'CFF^ITT mm LOKD ttOiriXD.

wiLsoN ;jOHîr.

X« es 1785— Ji«t CA 1854.

L'Entant de Lobd Rosald.

L'Entajtt de Lûni Ronftld de psr les monts saavages QiftBtah, il uj a pas trois joim»

Tandis qae car le sol i arensc des Buges

D«icc»daît ci prenait son coun.

Loi BKMtnat 1 arc-cn-oel et sa vire Inmière, £t £ûsam naitie sons ses pas Uaint et maint '^Ke m'ooUiez pas,"

Et cène sente âeiir. étoile de la terre

Q«e no&s appelons la bmjère.

Mais le s^niffle da soir loi causa, quel malheur !

Un r^£rv]âdis£ement qui loi glaça le oœur.

Avec peine die fut chez elle la pauvrette,

Et maintenant sur sa coachette IXmt eDe ne doit plus surgir,

L'œil éteint, elle gît : elle rient de mourir.

Elle est froide, immobile autant qu*im corps de pierre Qui git à tout jamais dans quelque sanctuaire

Oublié depuis bien longtemps;

Se$ pâles mains jointes sur sa poitrine

Comme priant eneor dans sa grâce enfantine

Le bon Dieu des petits en&nts.

Des pieds mignons gravissent la tourelle.

Oh ! quelle vision mélancolique et belle!

Portant toutes vêtement blanc, Deux à deux, chacune à son rang, S^avance un essaim d^orphelines, Les yeux baissés, et bien chagrines,

Avec des pas Qu'on n*entend pas,

l'ENPANT de lord RONALD. 345

Pour conduire en silence à son dernier chez elle, La gracieuse et noble Damoiselle Leur protectrice du castel;

Car la miséricorde est remontée au ciel:

Si que des pauvres orphelines Coulent les larmes cristallineR.

Du chèvrefeuille en pleine floraison Dans la chambre épandant sa triste exhalaison, Elles cueillent la fleur, aussi la rose blanche Grimpant au mur, et qui sur la morte se penche

Comme un tribut de deuil et de regrets Devant des yeux qui plus ne s'ouvriront jamais.

Elles placent ces fleurs prises à la croisée Encore humides de rosée, De la morte sur le beau front; Et là gisent ces fleurs au parfum éphémère.

Qui vont bientôt cacher leur doux baume sous terre Dans un lieu de repos plus calme et plus profond!

Du jour à la grande lumière Par cette jeune troupe est conduite la bière.

Et d'arbres sous un frais bosquet Tamisant le soleil et créant des ténèbres.

Elle est posée; — on fait un temps d'arrêt Pour y psalmodier les offices funèbres, Jeunes gens et vieillards ont le front découvert.

Puis tout à coup devant la morte Les vassaux du castel réunis en cohorte Se mettent à genoux auprès du tertre vert.

Le défilé d'Etive, et ses hautes montagnes

Dominant les campagne»

Dans le silence gît, comme la profondeur Immense de ce ciel sans aucune vapeur;

3é6 l'snïavt db lobd bokald.

A peine bruît-il le son mékacoliqne Défi eaux laisatnt glûser lecur dolente mBfiique, £t paraÎMant sur ai jeune trépas Chanter tout bas: bélafil hâasl hëlaal Quittant alors la troupe juvénile Une charmanie enfant, firaîche comme une idylle, S^en vint prendre place en pleurant Prèa des pieds de la Damoiâelle,

Fuis soupirant, Ayant humide la prunelle, Elle chanta, les yeui fixés sur le linceuîl

Ce chant de deuil.

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