HYMNE
Qu^ils sont beaux les nmaeaux coulant dans nos prairies,
Que doucee sont leurs rêveries!
Et que pimpante est leur gaité Quand ils dansent joyeux au soleil de l'été.
Las ! le plus beau de tous, de ces recoins féeriques
A quitté les charmes magiques,
La cascade n^a plus de son, Elle a perdu soudain sa plus douce chanson.
Là haut parmi les monts, fraîdie et délicieuse,
Est une cellule mousseuse.
Les fleurs sauvages en ce lieu Vivent près de la source ... un des bienfaits de Dieu.
La rose du désert, Reine de la féerie
Au souffle du veut s'est flétrie;
Et les bergers, c'est vérité.
Dans les fleurs leur restant ne trouvent de beauté.
I^'En^AITT DE LOBJ) SOJT^XD. Sé7
LeA oiseaux de nos bois dUpreut le feuillage
De maint et maint joli plumage;
Oh! dans le mois de leurs amours.
Qu'ils sont divins leurs chants et tendres lenrs discours 1
• Dominant tous ces chants, une voix jouvencelle
Fut entendue, et bien plus belle!
Mais elle a cessé cette voix, Et ne Fentendront plus les échos de nos boisi
Je vis une colombe à travers les ifs sombres
Doucement dormant sous leurs ombres, Sur son beau plumage argentin
Le soleil épandait un rayon purpurin.
Le bosquet entourant sa poitrine admirable,
Semblait son domaine durable.
Mais la colombe a pris, hélas !
Son vol au loin — son nid ne la reverra pas.
De la vaste for^t sous les épais feuillages
Est un troupeau de cerfs sauvages.
Dans leurs doux yeux est la beauté,
Et tout respire en eux candeur et majestél
La mort, ce noir chasseur, qui triche et toujours triche, A, la nuit, emporté la biche Du nombreux troupeau noble orgueil.
Si que le troupeau veuf est plongé dans le deuil.
Les étoiles du ciel versent sur notre terre
Far mille et milliers leur lumière,
Si que tant que dure la nuit Sur tous nos monts du nord on croit que le jour luit.
848 L'eFF AVT DE LORD SOITALD;
Mais videfl sont ces cieuz illuminéi d^éioiles, <
Car de nuages noirs les yoiles
Ont couvert Tétoile du soir.
Et terni son éclat qu^il faisait si beau voir!
■ . ■■ ' Ce chant triste et dolent s^éteint sous la feuillée,
Et tout à coup la foule agenouillée
A donné libre cours aux sanglots, aux soupirs,
Comme alors que les vents succèdent aux zépbirs,
Et par des rafales soudaines
Le long des défilés font firissonner les chênes.
Chut I chut t le chant de deuil N'est pas fini — voyez I vers le cercueil La plus jeune des orphelines La joue aux couleurs purpurines, S'avance avec un regard souriant Aussi clair que Pazur d*un beau ciel sans nuages, Quand le matin sans tache il point de Torient Imposant sa lumière aux plus épais ombrages;
• Et d'un son de voix enchanteur Ecartant avec soin les funèbres images, Ainsi que l'Espérance aux célestes mirages Donnant relique à la Douleur.
Elle répond, l'œil humide d'un pleur:
Eh ! quoi I bien qu'il soit mort le ruisseau d'eau si pure, Que n'entendions plus son murmuré, Il n'en coule pas moins plus beau
Dans les bosquets du ciel par delà le tombeau?
Hé! quoi! bien que la rose ici bas notre Reine, La perle de ce beau domaine.
Ait dû mourir, malgré nos vœux.
N'est-elle pas déjà dans le jardin des cieux?
LS8 IBDIS SAISONS DI I.'jLMOrB. 9é9
H^! quoi ! faies que ToiseiMi lamineax de plimaee
Ait poor no» c«ssé son numn^,
N^eet-il pM; moi je tous le dis, Deyenn ômob le ciel oiMao de Pandis.
Bien qne sur son sommeil ne se penche plus Tarbre, Bien qne ce sonmieil soit de marbrer La colombe n*est-elle pas
Dans la fiaicbe oasis que Dieu noos fait là bas!
Hélas! il est bien Trai qae notre gente biche
A déserté son nid si riche,
Mais n^a-t-elle pas gagné plus Paisqu*elle est maintenant aox pieds du doux Jésu>«!
Ah ! belle et pure Etoile éclipsée avant Thenn;.
Inutfle que Ton te pleure !
Ta TÎe a su yaincre Tenfer.
Ta couronne surgît au-dessus de la mer!
Les Trois Saisons de l'Amour.
Avec tendre sourire en ton oeil pétillant
Qui trahissait Tentrain joyeux de la jeunesse ;
Avec ce mouvement si vif, m sémillant
De rhirondelle en sa vitesse ; Avec de gais accents, comme le mois de mai En trouve pour chanter son tant doux virelai, De joie auréolée, et toute scintillante Conmie cette planète à la robe brillante Qui sourit à la terre, et du plus haut des cienx, Tel était autrefois ton portrait gracieux, Alors que, dans la fleur de ton adolescence G-entiment tu m^appris, moi te faisant la cour, A rêver le ciel pur dans le ciel de l'amour, Toi qui réunissais la raison à Tenfance.
350 LES TBOIB SAISOlfS Di: L'AMOrR.
Le cours des ans, Marie, a donné sans ^ard
Une grâce pensiy^ à ta d6ace fîgnre,
Et quoiqu^ heureuse encore, un chagrin de hasard
Y laisse trace de blessure !
L'imagination n^est plus un conte bleu, Tu trouves le bonheur à notre coin du feu I Tes sourires moins vifs, mais remplis de tendresse De notre cher enfant caressent la jeunesse ; Tes mouvements sont lents, et ton pas est muet, De peur de le troubler son sommeil joliet, Et quand ta douce voix et d^épouse et de mère Me dit si gentiment que ton cœur est à moi, Son timbre si touchant, fait naître mon émoi. Après un si long-temps, comme la fois première!
Moi, je puis, rassuré par deux saisons d^amour, Du Temps qui vient, narguer la blanche chevelure ; Car tu récolteras dans ta vieillesse un jour
Le doux calme de la nature, Calme que la sagesse ^ène du chagrin ; Et cet orgueil sacré que toujours à la jGin D'avoir fait ce qu'on doit donne la conscience. La paix derrière toi, devant toi TEspérance, Tu rendras ta belle âme à Dieu ton créateiûf Non souillée au contact de ce monde trompeur ; Alors rhymne sacré sur la harpe légère Retentissant chanté par les célestes chœurs, T'endormira parmi tes séraphîqUes sœurs, Pour t'éveiller au ciel — ^ta demeure naguère I !
A UN OBRF SAUTAGB. 35^1
A UN Cerf sauvage lœ la Poret de Dalnes» dans
L'ARaTLLSHIRE.
Créature superbe I imposante et splendide !
Qui jusqu^ aux pics aigus suis ta course rapide ;
Car enfant du désert où tu domines Roi
Qui pourrait t'effirayer, te causer de Fémoi,
Quand tu portes ta tête au plus haut' des monfagtaeé
Ou comme un tourbillon plonges dans les campagnes ?
Salut Monarque-Eoî du Sauvage et du Beau,
De Suprême Grandeur toi qui portes le sceau,
Si que le Pèlerin qui s'en va solitaire
Errant par monts, par vaux ou bien sur la bruyère,
Peut sans être blâmé t^adorer comme un Dieu,
Tant sublime est ton port, tant t<Hi oail a de feu,
Car des heureux la joie et la force des libres,
Tel il est le milieu qui fait vibrer tes fibres I
Sur ce pic escarpé dominant la forêt
Où s'asseoit le silence, où tout dort et se tait.
Va de ton pied léger, va trôner sur l'espace,
L'Aigle ne viendra pas te disputer la place.
La bruyère en ces lieux croît pour te caresser,
Et voyez ! tout à coup, voyez les vents cesser,
Puis au profond du ciel reposer les nuages,
Comme un superbe amas de superbes plumages !
Dans la paix de ces monts reposez andouillers.
Bien que vos fiers rameaux, admirables cimiers !
Comme les bras du pin à l'ouragan en proie
S'agitent maintenant et frémissent de joie.
Arrête un seul moment brillante Vision!
Puis te perds dans les rocs Fantôme ! . . . Illusion ! . . .
Perché sur un rayon, dédaigneux de la terre, Majestueux Esprit suspendu sur la sphère Au-dessus de Tabîme, et du danger vainqueur.
En se jouant le Cerf bondit dans son bonheur.
362 ▲ trS OSRF SArYAGE.
D^tin indicible élan fournissant sa carrière Comme fuit sur la mer une voile lëgére !
Et puis se retournant, de son r^ard de feu Il laissa de son front descendre un fier adieu, Cependant que ses bois inondes de lumière Scintillaient au soleil ainsi qu^une bannière.
Sur le yent emporté le vaisseau du désert Derrière lui des monts laissant Tocéan vert, Comme un songe a passé ; mais perçante est ma vue, Mon esprit le suivra jusques de par la nue, Jusqu^à ce qu^il s^arrête enfin dans quelque port Ceinturonné de rocs d^un difiicile abord.
Dans ce vaste alentour que de magnificence !
Quel spectacle sublime I aussi que de puissance !
Au milieu des torrents comme des songes creux
Se reposent les monts, cependant qu^autour d^eux
S^ouvrent des défilés et sinueux et sombres,
Sur des eaux en courroux laissant tomber leurs ombres,
Tandis que leur sommet tout rayonnant d^azur
Fait admirer à Toeil la beauté d'un ciel pur.
Ici de la nature est complète la gloire, Bien que le Temps un jour ait broyé, c'est notoire, Ces beaux bois sur le mont autrefois suspendus. Dont gisent aâ^issés les nombreux détritus.
Alors tout est parti quand passa la tempête, Des Rois de la forêt on voit encor la tête Se tenir accroupie, et se cacher sous l'eau, Gigantesques débris troublés dans leur tombeau.
Même à l'heure qu'il est ces forêts séculaires De l'homme, enfant d'un jour, sublimes sanctuaires, Surplombant le désert d'un plantureux essor Par les yeux de l'esprit, je les contemple encor !
A U!l CEBF SAUTAOE. 353
Léon ombrages ép^is, Itan dômes de Terdore
Sembleraient démontrer qae leur architectm^
De U Toûte des cienx s U solidité
Et la perfection ; surtout Tétemité !
Le soleil de ses flots de lunière les dore,
Et les fait scintiller comme nn beau météore.
On comme la laeor qni glisse le matin
Sur le flot endormi de Tocéan serein.
Tont à coup la tempête an dcâle d'Etive
S*engoa£fre en tonmovant, et puis eoadaine arrive
Avec nn bmît strident an cœur de la forêt
Qu'elle tord, qa'eUe écrase, annihile d'un trait.
Pois im moment après la montagne tonnante
Est de nonyean tranquille, est de nouveau charmante,
Nul souffle ne gémit, tout est calme, tout dort,
Tont est sflencîenx, grave comme la mort.
Mais TAî^ avec son cri s'élançant de sou aire Me rérdlle en sursaut sur le roc solitaire.
Vaillant fils dn désert où donc est maintenant La clarté qui luisait sur ton front rayonnant ? An dessus de ce pic tu reviens à ma vue Conune la nuit la lune au sortir de la nue !
Pour gravir le torrent, escalader le mont, Dans tes excursions tu n*as besoin de pont ; La forêt de sapins voit en toi sa lumière, Et par toi Tantre obscur s^umine et s'éclaire. A travers Farc-en-ciel qui traverse le roc, A travers le brouillard des eaux naissant du choc, Tu jettes ta beauté, Créature Sublime, Qui s'épanouit libre, an-dessus de Tabîme.
Son voyage est fini. Lors comme ensorcelé Immobile il se tient dans Tétroit défilé, Puis là doucettement avec grâce il s'affidsse, Friand d*un doux repos, et se met à son aise ;
354 A VS CEBF SAUTAOE.
C*e8t an gentil ruisseau qui finit dans un lac, Un rajon de soleil mourant sur un hamac, Un nuage poussé vers un abri d^élite, C*e8t un tourbillon quoi! frappé de mort subite.
Couchette de repos pleine de majesté,
Digne d'un Pèlerin d'une telle fierté!
Magnifique prison renfermant Têtre libre
Par un mur de rochers tenus en équilibre
Par la main du Très Ilaut, nuûs qu'il saurait franchir
D'un bond, au moindre bruit qui se ferait sentir.
C'est parmi la fougère ainsi, que la nature
Prépare une oasis pimpante de verdure
A son cher favori; tout près de cet abri
Gît un frais petit lac au cadre tout fleuri.
C'est dans ce beau miroir à Tonde toujours pure
Que peut se contempler la noble Créature.
Quel solitaire lieu! que c'est sauvage et beau!
Quel calme heureux respire en ce charmant tableau !
Que de silence austère, et pourtant que de vie !
Que l'aspect de tels lieux vous rend l'âme ravie !
Voyez! le gai poisson s'éjouit dans le lac.
Sous l'herbe le cricri fait son gentil tic tac.
Cependant qu'à cheval sur un brin de fougère
La cigale nous dit sa chanson printanière,
Puis sans plus s'occuper pardi! de son efi*et,
Sautille au beau milieu de son vif rondelet,
Tandis que dame Abeille en courant la bruyère.
Butinant, fredonnant, sait faire son affaire,
Et puis quittant d'un bond son incessant travail,
Et formant de son aile un subtil éventail.
Elle vole à la ruche, au ciel en rendant grâce
Du butin prélevé qu'au grenier elle entasse.
Cependant que là haut tout auprès du ciel bleu,
Dans le silence igné, du soleil sous le feu,
Dans cet espace étroit dominant les campagnes,
Au pic le plus aigu des plus hautes montagnes,