‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 36 sur 162 · A UNE SOURIS · texte numérisé non relu

A UNE SOURIS

En la sonlevant de son nid avec la charme. (Novembre 1785.)

Petit animalcale au poil qui se haïsse

Quelle crainte soudaine envahît donc ton cœur?

Pourquoi laisser ainsi galoper ta fiiayenr

Jusques au précipice!

Arrête, je te prie, et calme ton émoi, Et surtout ne crains rien, de ma bêche on de moi.

Je suis vraiment fâché que le pouvoir de l^homme Ait brisé sans retour ce contrat social Des êtres animés état primordial, Et justifie en somme La frayeur qui te fait si brusquement me fuir, Moi, né tout comme toi, pour souffiîr et mourir.

Je le crois cependant souventefois tu voles.

Mais quand cela serait? U faut vi\Te ici bas, Et d^ailleurs, ces larcins qui forment tes repas

Pour moi sont babioles!

Un épi te suffit sur un tas de froment, Encor me bâiis-tu pour ce prélèvement!

Hélas! voilà pourtant ta chaumière en ruines.

Le soc de ma charrue a renversé son toit,

Ses murs si bien construits pour te garer du froid.

Et voici les bruines!

Et plus un brin de paille, un atome en nos champs. Pour te faire un abri contre les éléments.

A Taspect de Thiver annonçant la froidure, Ta prudence éveillée avait vite construit Ce grenier d'abondance à point si bien conduit, Et si beau de voussure!

66 ADIEUX 1 NEWSTEiLD ABBET.

Mais patatras! voilà que mon coutre inhumain Vient briser ta demeure, et te laisser sans pain I

Pour amasser en paix ce petit tas d^teule, Pour grignoter le chaume, en être le faucheur, Et pour^mener à bien un aussi grand labeur

Que de pas à la meule !

Que de soins n'as-tu pas dû te donner, mon Dieu I Et te voilà pourtant par moi sans feu ni lieu!

Mais petite souris, ô mon cher petit gnome, Crois-le, tu n'es pas seule à souffrir ici bas. Et l'homme et la souris, tous deux, en plus d'un cas,

Poursuivent un fantôme; Les uns cherchent la gloire et trouvent le trépas, D'autres cherchent la joie et trouvent des hélas!

Oui, crois-le bien, ton sort au mien est préférable, Le présent seul te touche, — au contraire en mes sens Tous les maux du passé, je les vois, je les sens ;

Leur aspect formidable Me jette l'épouvante et m'alarme à la fois, Et quand à l'avenir— je crains, . . . car je prévois!

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