‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 52 sur 162 · CIBBER (COLLEY · texte numérisé non relu

CIBBER (COLLEY

Né en 1671— Mort en 1757.

L'Enfant Aveugle.

Quel est ce je ne sais, qu'on appelle lumière, Dont je ne puis jamais espérer de jouir?

A votre pauvre enfant dites, dites, ma mère, La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?

Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère. Le soleil est brillant ! il éclaire vos pas ! Je sens bien sa chaleur; mais, comment il éclaire, Et fait le jour, la nuit, je ne le comprends pas.

Il est jour quand je joue, et nuit quand je sommeille; Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour. Ob ! dites, du soleil est-ce là la merveille? Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?

Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge ;

Ménagez des soupirs et des pleurs superflus:

Si la vue est un bien, j'en ignore l'usage;

On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.

Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance; Ne me dérobez point ce qu'il a mis en moi.

Je suis un pauvre enfant, aveugle de naissance; Mais avec ma gaîté je chante, je suis roi !

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