‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 66 sur 162 · GOLDSMITH (OLIVIER · texte numérisé non relu

GOLDSMITH (OLIVIER

Né en 1729— Mort en 1774.

Le Village Abandonné.

(Fragment,)

Délicieux Aubuml ô toi charmant village, Le plus beau, le plus gai de tout le voisinage, Dont le printemps précoce, et d'été la longueur Assuraient le bien-être au pauvre laboureur.

Chers et charmants bosquets de repos, d'innocence Séjour idolâtré de mon heureuse enfance, Sur ta pelouse verte ai-je souventefois Goûté le vrai bonheur dont m'enivrait la voix ! Que me plaisais souvent à la si douce vue De tes charmes divers, sentir mon âme émue !

La cabane à l'abri, la ferme à l'avenant Cultivée avec soin, le ruisseau badinant Au moulin affairé portant son onde utile.

Sur le coteau voisin de Dieu le saint asile, Le buisson d'aubépine avec bancs alentour, Oii pense la vieillesse, où chuchote l'amour !

138 LE YILLi.eE ABANDONNE.

Que j^ai béni le jour, souvent long>temps d^avance

Oà finit le travail, où le repos commence.

Lorsque, libres de soins, tous les gens du hameau

Venaient endimanchés sous le plus vieil ormeau.

Les jeunes folâtrant sous son puissant ombrage.

Les vieux les regardant, rêvant de leur jeune âge.

Tours d'adresse par ci, tours de force par là,

Et grands ébattements sur ceci, sur cela.

Composaient le menu de ces heures de joie.

Et lorsqu'on se lassait, cherchant une autre voie

Soudain apparaissait jeune couple luttant

A qui rendrait plutôt son danseur impotent ;

Ou bien encor c'était jeune gars, par malice,

La figure noircie avec jus de réglisse.

Par ses contorsions, faisant pouffer chacun :

Puis une œillade au blond, puis une œillade au brun.

Lancée en contrebande, et malgré l'œil sévère

D'un argus, de maman, d'un tuteur, ou d'un père.

Ces charmes si divers, ô village enchanteur I

Savaient tout faire aimer, tout jusques au labeur ;

Ils peuplaient tes bosquets de joyeuse influence,

Mais de ces charmes, lasl il n'est plus d'apparence.

Doux village riant, frais et délicieux

Tes charmes sont détruits, las! ils ont fui tes jeux ;

Du tyran tes bosquets sentent la main jalouse,

Le dévastation trône sur ta pelouse :

Un seul maître accapare et tient en son pouvoir

Ton domaine en entier, et rogne ton terroir ;

Autrefois beau miroir du ciel et des nuages

Ton ruisseau maintenant dort sous les marécages;

Hôte de tes sentiers, gardien de son trésor.

De son nid qu'il protège, est là le lourd butor

A la voix caverneuse ; et le vanneau volète

En fatiguant l'écho de son cri de chouette.

Informes, tes bosquets n'ont plus im abri sûr,

Et la pariétaire étreint, détruit le mur.

LE PETIT RXriSS£i.U. 189

Tandis que tes enfants fuyant la main du maître Bien loin de leur pays s^en vont mourir peut-être.

Ce pays sera mis bientôt en interdit,

Où s'accumule Vor, où l'homme dépérit,

Les princes, les seigneurs peuvent vivre, ou non vivre,

Le souffle qui les fit peut les faire revivre ;

Mais la race des bons et braves villageois

Ne la détruisez pas, — on ne Ta qu'une fois !

GRANT (SIR ROBERT), The laie Rùjht lion.

Le Petit Ruisseau.

" Gentil ruisseau toujours coulant Par monts et par vaux chevauchant Ou bien le vallon divisant,

Où cours-tu maintenant?" — " Je cours ainsi que la fortune Tantôt dans Tardeur importune De Tété . . . tantôt par la lune

Sans m'arrêter vraiment :

Car, de par une loi suprême, En quête d'un beau diadème Dans le sein de l'océan même

Je m'en vais cheminant."

— " Ton mince filet doit passer

Parmi des rocs à transpercer,

Par des marais à traverser,

Songe à te reposer." — " Non, le marais est difficile.

Le roc, est, il est vrai, stérile,

14(0 LE PETIT BUISSEAV.

Et souvent épaisse est Targile,

Mais il faut qu^en avant

Je file, file, file, file

Agile et toujours plus agile . . .

En quête d'un plus sûr asile

Je m^en vais cheminant."

— '' Les bosquets remplis de chanteurs!

Sur ton chemin les tendres fleurs Qui sur tes yeux penchent leurs cœurs,

Sur toi versent des pleurs." — " Je goûte les fleurs des vallées.

Je réponds aux tribus ailées Charme divin de mes veillées,

Sur ma route en courant ; Et cependant je file, file

Agile et toujours plus agile

Vers Tocéan plus sûr asile

Je m'en vais cheminant."

— *' Ecoute mon gentil ruisseau, L'océan que tu vois si beau ' Pour toi ne sera qu'un tombeau

Bien loin d'être un joyau? " — " Nul ne peut dire les merveilles

De ce monde aux fleurs sans pareilles, C'est à douter de ses oreilles

A faire peur vraiment I Mais moi je sais que cet asile Est celui du bonheur tranquille ....

Ainsi vers lui je file, file

Et m'en vais cheminant ! "

LES YALKTBIUR. 141

Page 1