FENTON (ELIJAH
Né en 1680— Mort en 1730.
Sur mon premier Accès de Goutte.
Salut à Toi qui viens te glisser sous mes lares De quatre-vingts hivers pour me donner les arrhc A Toi qui me promets et pour long-temps encor
DeTor!
A Toi qui seule a Theureux privilège D'accompagner le riche et lui faire cortège, Sans- du pauvre exciter Tenvie et le dësir ; Qui nargues Esculape et la docte science, Et qui selon ton bon plaisir En triomphe t'assieds sur des pots de faïence ! Je perdrais mon latin à chanter tes vertus, Toi que d'aucuns traitent d'olibrius, Parce que, disent-ils, agaçante et lutine
Tu fais tes coups à la sourdine ; Toi dont divine est l'origine, Puisque c'est feu Monsieur Bacchus Qui te greffa sur Madame Vénus !
Je ne l'ignore pas tu fais escorte au trône, Et malgré leurs flatteurs aux Rois sais faire un prône ; Dans le conseil privé tu fais échec et mat Maint scion aristocratique, Et c'est fort bien ; sans Toi le sommeil léthargique Bien souvent tomberait sur les yeux de l'état. Au banc des magistrats tu vas trouver le juge, Et lui fais voir sans aucun subterfuge
Comme en ce drôle d'univers Dame Thémis peut marcher de travers.
Dans l'orteil dorloté du prélat tu courailles En mémento de ses longues ripailles ; Aux nigauds empesés encombrant la cité,
Aldermen, shériffs, et Lord Maire, Troupe chamarrée et vulgaire.
l'étudiant. 133
Tu donnes de la gravité ;
Tu t^assieds aux genoux des dames, Et de là seulement tu leur chantes tes ganmies ; Tu ne sais t^aôranchir onc n'importe où tu cours
De la pantouffle de velours, D'oà vient donc cet honneur que tu me fais, ô Goutte! De venir t'établir de mon toit sous la voûte? Je sais que Jupiter au sommet de Tlda Du pauvre PhUémon vint sous le toit, oui dà.
Et que, content du lit, de la mine, et du reste.
Quoique le festin fut modeste,
A Philémon il accorda Le vœu dont il voudrait formuler la requête.
Ce que Philémon fit d'une façon honnête.
Entends-moi donc, ô Goutte! et m'accorde mon vœu : Je veux te dorloter, t'entretenir mon Dieul
Dans le velours et dans la soie ;
Donnes-m'en les moyens, morbleu I
Ou que jamais plus ne te voie!
GEDNEY (RICHARD SOLOMON).
Né le 15 Janvier 1838— Mort le 15 Juillet 1856.
L'Etudiant.
Cauchemar,
L'Etudiant était seul dans sa chambre assis, Quand l'heure de minuit triste ombrageait la terre ; La n;iit était sans lune, et des nuages gris Présageaient la tempête et du ciel la colère. Voilà qu'en gémissant vint du marais voisin Et tout chargé de mort, le vent, le vent terrible, Le vent porte-douleur, de la Banshee* horrible
* La Banshee, espèce de fée qui en Irlande annonce la mort par des gémissements surhumains.
134 l'étudiant.
Sonnant le glas lugubre et Peffrayant tocsin.
Ce vent qui débordait au milieu des ténèbres,
Etait acariâtre, avait des cris funèbres ;
Une brume de plomb de ce marais voisin
Fumeuse surgissait, et mettait le grappin
Sur Pair épais et froid, semblable à l'atmosphère
D'un caveau démuré naguère encor sous terre ;
De cadavres parfum, la méphitique odeur
Par Todorat surpris s'infiltrait droit au cœur.
Sur le tout surplombait le démon de la Peste
Ëpandant à Tentour son haleine funeste.
L'Etudiant était seul dans sa chambre assis,
Ses yeux noirs, pleins d'ardeur scintillaient comme braise,
Son front était chargé d'angoisse et de soucis,
Car le fer en son âme avait fait sa mortaise.
L'Etudiant était dans la jeunesse encor
Par le nombre des ans, si l'on comptait son âge ;
Mais, par le ûiit, c'était à vrai dire un Nestor
Car il avait bravé la tempête et l'orage ;
Si que son cœur était usé par le chagrin.
Tatoué de malheurs, à moitié mort enfin.
Bien richement doté, son esprit était sombre,
Mais de son intellect n'appercevant que l'ombre,
Le monde l'évitait, si que seul il vivait
De ce trop plein d'ardeur que l'on méconnaissait.
Mais voilà qu'il advint certain jour qu'une femme
Capricieuse autant que l'onde, ou que le vent,
S'offiit à cet esprit sombre .... et soudain son âme
S'ouvrit à cette femme .... à son cœur décevant.
Elle l'aima pourtant pendant toute une année,
A lui comme à son Dieu vouant sa destinée,
Jusqu'à ce qu'un D'Orsay vint lui faire la cour.
Un de ces rats musqués, beaux papillons d'un jour ;
Il triompha le fat! fit bruit de sa conquête,
Et par des demi-mots, des mouvements de tête
Fit accroire à son peuple, un peuple de muguets.
Que cette femme était tombée en ses filets.
l'étudiakt. 135
Le menteur! Têtre abject! le scélérat infâme! Sous le poids de la honte, et sous son écriteau,
Rapidement dans le tombeau Elle, le cœur brisé, s^affiiissa la pauvre âme !
L'Etudiant était seul dans sa chambre assis,
Ses yeux noirs, pleins d'ardeur scintillaient comme braise,
Son front était chargé d'angoisse et de soucis,
Car le fer en son âme avait fait sa mortaise ;
De la terre ou du ciel il ne se souciait,
Car son cœur déchiré mort et flétri gisait.
Maintenant le front haut, se levant de son siège :
"Dieu! je renonce à toi!" dit sa voix sacrilège,
" Tu m'as abandonné .... pour trouver du secours,
Pour trouver qui me serve à l'Enfer j'ai recours ;
Mes efforts sérieux, mes efforts pleins de zèle
Tu les as brisé tous au jeu de ta prunelle ;
Pour trouver qui me serve à l'Enfer j'ai recours.
J'ai recours à l'Enfer pour trouver du secours.
Le sombre désespoir et me brûle et m'agite,
Pour le mal maintenant le bien! moi, je le quitte !
n dédaigne mon cœur rechercher le pardon,
Mal! sois mon bien! de moi, tiens I moi, je te fais don !
Holà! viens donc à moi! beau roi des félonies!
Eblis! viens donc à moi ! bannis les bons génies !
Toi qui sus résister par ton sublime orgueil
Jadis au Grand Messie, et qui dans ton fauteuil
Domines glorieux sur ces êtres étranges
Que dans le ciel un jour on appela des anges.
Mais que tu sus mater à ton noble pouvoir
Quand tu quittas le ciel pour ne plus le revoir.
Eblis! ma volonté te somme d'apparaître!
Par le monde outragé, je te livre mon être.
Cet être qui naguère élevé par l'espoir
S'élançait vers le ciel comme à son vrai manoir.
Victime maintenant de maux de toutes sortes
Se trouve par le fait chassé jusqu'à tes portes !
136 l'étudiant.
Cette blague ! le ciel I n'a plus de Dieu pour moi, Plus de sauveur non plus : viens I je me donne à toi ! Source de tous les maux ! Etoile mais fatale De l'homme vaniteux ! De ta nuit sépulcrale Arrive vite à moi Maître Esprit de l'Enfer, Diable ! Démon I Satan ! Eblis ou Lucifer I Prince du noir péché, de la mort, je t'appelle ! Viens, te dis-je, viens donc? que sert d'être rebelle? Dans ce cœur ulcéré glissa soudainement Certain je ne sais quoi, certain pressentiment D'un quelque chose qui ne serait pas tangible. Qui lui fit désirer visager l'invisible.
Mais bientôt son esprit turbulent, orgueilleux, Secoua cet émoi de la chose inconnue, Et d'une voix alors stridente et résolue.
Il dit à cette chose invisible à ses yeux :
" Voyons I qui que tu sois, bon ou mauvais génie. Vite, révèle-toi, sans plus cérémonie I " Soudain des sons plaintifs, mais remplis de douceur, Qui parurent entrer au profond de son cœur, Comme tombant du ciel d'un ange la prière Touchante, vint vibrer à travers l'atmosphère. C'était délicieux, encor que passager.
Comme le sont toujours choses délicieuses ; Et puis il s'éleva triste et pourtant léger Comme sont les soupirs des âmes vertueuses Un parler ressemblant à la brise d'été, Trapquille et doucereux, mais plein de majesté.
Qui disait : ** A cette heure.
Sur toi. Pécheur, oh! sur toi le ciel pleure!" Soudain de ce mauvais garçon
Se fondit l'âme à l'état de glaçon.
Son esprit orgueilleux amortit dans les larmes
Le feu qui roulait dans ses yeux.
Son front sombre, naguère encor froncé d'alarmes. Devint pâle, et sa lèvre elle hnplora les cieux ;
LE YILLAGE i.Bi.NDOKKi. ' 187
£t quand au repentir son âme fut en proie, Chez les anges du ciel là haut, il y eut joie!
Au-dessus de la terre apparut lentement
Lentement, solennellement L'aube du jour, et le Poëte S'éveilla comme l'alouette.
Cependant qu'à travers son cœur Vibrait délicieux un chant plein de douceur,
Vers le ciel apportant aux anges De la terre au Seigneur les vœux et les louanges, Humble adoration de la terre au Seigneur!