LB YSKT ST LA FEUILLE, OU L'ENLÈYEMENT
L'Ange du départ, A toi salut, Esprit, dégagé de tes langes, Viens visager enfin ton divin Rédempteur, Viens Immortel, ta place elle est avec les anges. Avec les chérubins, les saints et les archanges Incline-toi : c*est le Seigneur !
Chœur d* Anges ministres des volontés de Dieu,
C'en est fait I est fini le travail de la vie !
Et maintenant TEsprit joyeux A quitté son argile, et foule avec envie Du bel azur les versants lumineux, Qui conduisent au ciel Tâme à jamais ravie !
Joie à toi bienheureux !
Oh ! devant toi lève les yeux, Vois, c'est le paradis, sens-tu sa douce brise. De ces anges vois-tu la phalange là bas.
Les vois-tu tous en foule accourant sur tes pas ? Elus de la terre promise Ils viennent dans un saint transport Toi vainqueur du péché saluer ta venue, Et par des hosanna chanter ta bienvenue, Toi fidèle jusqu' à la mort !
Ici la paix a son apothéose.
Aux douleurs, aux péchés du monde on dit adieu :
L'Esprit repose En Dieu I
Le Vent et la Feuille, ou L'Enlèvement.
SONNET
Mesdames, oyez moi, je vais en raccourci Vous narrer un roman aussi vrai que l'histoire.
A la feuille le vent contait fleurette ainsi : Eveille-toi, ma chère, et sans t'en faire accroire. Viens de suite avec moi, j'ai passé, Dieu merci. Sans me laisser tenter, et c'est bien méritoire,
l'espeit fait la noblesse. 13
Devant un vaste champ de roses dans leur gloire, Mais à toi j'ai pensé; — viens donc sans nul souci I Tes sœurs, tes sombres sœurs dorment dans la rosée, Ne voudrais les frôler de mon aile alizée, Mais toi la belle, et moi friand de tes appas. Etions faits V\m pour l'autre — ainsi prenons la fuite.
La feuille consentit. Oyez la triste suite :
Le lendemain la vit foulée aux pieds. . . . Hélas I
L'Esprit fait la Noblesse.
Jadis dans les vieux temps de féodalité Où la force du bras était une puissance, Quand joutes et tournois seuls gagnaient la Beauté,
Que le reste était impuissance :
Qu'on n'était vertueux que quand on était fort, Qu'assujettir un peuple était une prouesse Qui vous faisait du coup héros .... triple sabord I Oui, la force était la noblesse I
Mais alors que lassé du train-train Chevalier Le monde fut courir sus à l'amour du lucre, Que la force brutale et le brutal acier
Durent tous deux se fondre en sucre ; Le rude travailleur, celui qui sut le mieux Utiliser son temps, car le temps c'est richesse. Obtint l'or et le rang^ — insignes précieux. . . .
Le similor de la noblesse I
Or la force brutale ayant son coup de bas, Il £ftut que l'ait aussi la stupide opulence ; La raison s'éveillant, de tous nos parias
Réveillera l'intelligence :
Et Ton verra surgir une fraternité Qui fondra l'univers en une seule espèce.
Et qui fera sentir à notre humanité
Que sang pur — vaut mieux que noblesse I
14 LE LIT DE MORT d'uN ElTFANT.
Au ciel porte tes yeux, Toi qui des oppresseurs Fus dans tous les pays la proie et la victime, C Vt par Taffliction que se font les grands cœurs
Que des cieux on touche à la cime i Connais bien ton poi^voir t sache garder ta foi, L^avenir t^appartient, reçois en la promesse, Et ne fais le pied plat devant Seigneur ni Roi, *
Car TEsprit seul fait la noblesse !
Le Lit de Mort d'un Enfant.
Les fleurs meurent, maman, là haut sur la colline ; Quelque chose, ne sais, rend mon âme chagrine ; Elles moururent bien Pan dernier, mais aux bois Je ceuillis la châtaigne — ^au verger pomme et noix.
Mais maintenant je suis trop faible, bonne mère, Je m'en vais oïl la fleur n'a plus rien d'éphémère : De mon lit cependant folâtrant j'apperçois La feuille que le vent vient d'enlever aux bois.
Le cricri du foyer toute la nuit dernière
M' empêcha de fermer un instant la paupière ;
Bercé par le tic tac du triste balancier
Je rêvai que la mort montait notre escalier.
Je vois venir l'hiver avec son froid cortège,
Moi je serai là haut à l'abri de la neige ;
Mais vous serez bien seule alors, chère maman.
Ah I pourquoi pleurez-vous ? . . . Vous le savez un an
N'est pas encor passé, que mourut le grand père, Et j'ai pleuré sur lui quand je vis qu'en sa bière On lui creusait en terre un lit aussi profond, Et qu'il ne pourrait voir sous un si lourd plafond ;