‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 80 sur 162 · JONSON (BEN · texte numérisé non relu

JONSON (BEN

Né en 1574— Mort en 1637.

A Cynthie.

O CHASSERESSE et chaste et belle, Reine de la Nuit, le soleil est couché I Dans ton ârateoil dWgent trône comme Psychë, Car de la nuit toi seule est la lampe immortelle : Oh! de par Hespérus montre-nous ton miroir

Déesse si charmante à voir!

Ne va pas t^interposer Terre !

La sphère de Cynthie en son si doux éclat Fut ùÀte pour doter d^un reflet délicat Le monde, quand du jour se ferme la paupière ; Donc, de par Hespérus montre-nous ton miroir,

Déesse si charmante à voir!

De côté mets ton arc de perle, Et ton carquois brillant comme le pur cristal, A la biche permets dans ton cœur virginal

Le temps d^arret du chant d^un m(;rlo, Toi qui fais de la nuit le plus joli miroir,

Déesse si charmante à voir!

KENRICK (D. K.) Mort le 10 Juin 1779.

SlMKTN.

Conte bleu.

Au temps où l'on voyait les focs

Danser gentiment attifées

Dans la plaine, ou près du manoir

Au clair de la lui.e, le soir,

Dans la vallée, une fillette

Le pot au lait en main, seulette,

160 8IMKIN.

Chaque jour menait son troupeau Ou sous Tombrage, ou près de Teau.

Jamais plus naïf caractère De son pied n'eâSeura la terre, Mais hélas I la charmante en&nt Avait, c'était ébouriffîmtl Pour cheveux les poils d'une marte, Ce qui fait qu'on Ta nommait Marthe, Marthe la rouge 1 . . . £t que chacun Se moquait d'elle, blond ou brun.

Or, il advint qu'en la prairie Non loin de la rive fleurie Où Marthe menait son troupeau, S'élevait un mont, vrai joyau, Ëmaillé d'or, de paqjneretfes, Et couronné de violettes, /^

Autour duquel plus d'un poltron Affirmait d'un air fanfaron, Avoir vu Mesdames les fées Folichonner fort décoiffées, Car ainsi qu'en courait le bruit, .

Sous le mont était leur réduit, Un palais d'or et d'émeraude, Dont elles sortaient en maraude Aussitôt que sonnait minuit, Pour faire réveillon la nuit.

Maintefoia déjà la fUlette Avait été vue en cachette Tous les soirs et tous les matins Par ces invisibles Lutins, Et sa coiffe toujours proprette,.

Le bien porté de sa jaquette.

Avaient gagné leur bon vouloir :

Car, on n'est pas sans le savoir, Rien ne chiffonne tant les fées Que des robes mal agraffées.

8IMKIN. 161

Visitent d'un œil scrutateur Et d'un regard inquisiteur Chaque maison, chaque chambrette, Si toute chose n'est pas nette, S'il faut nettoyer le tranchoir, Ou bien balayer le dortoir, ' Ghire à la servante coupable ! . . . Elle est pincée, et misérable En proie à de cuisants regrets.

Elle ne peut dormir jamais. * De Marthe la gente parure Plaida donc pour sa chevelure.

De là la résolution De lui donner protection.

Or le soir, lorsque sous l'ombrage Notre fillette à son laitage Donnait tous ses soins — un Lutin Gai conunis voyageur — Simkin Qui vexotait par habitude Et la paresseuse et la prude.

Vint la trouver. — Veste d'azur Et transparente au clair obscur.

Gentille et blanche gorgerette, Voilà qu'elle était sa toilette; n montait dada de vapeur Et sautillait comme un danseur; C'est cet Esprit qui sur la terre Vient à l'heure où tout est mystère

Batifoler près des marais

Qui le suit ne revient jamais.

Mais ce soir là, tout débonnaire Notre Esprit ne cherchait qu'à plaire, Et dépouillant le farfadet N'était plus qu'un gai feu follet.

162 SIKKIK.

Il endoctrina la ûllette, Et se fit suivre à Taveuglette Deçà, delà) par monts, par vaux Que sillonnaient gentils ruisseaux, L^amusant par son badinage, Jusqu'à ce qu'au prochain village Retentit lentement minuit, L'heure où sortent de leur réduit Comme des zéphirs, par bouffées, Les douces et gentilles fées, Toutes au maintien virginal.

Toutes en toilette de bal, De leurs pas effleurant à peine £t pâquerette, et maijolaîne.

n est trois fois béni le sol.

Le vent y souffle en mi bémol.

S'il est visité par les fées Qui s'y baignent dans ses nymphées.

Là rien qui soit à l'abandon.

Tout est fertile, et le chardon Ne s'y voit pas plus que l'ivraie.

Pas plus que l'on n'entend l'orfraie, Ou que de l'oiseau de malheur, On n'entend la rauqne clameur.

Mais on entend là la fauvette.

Du merle la voix joliette.

Puis encor le joyeux coucou Qui de son gosier fait joujou.

Là se voit aussi l'églantine, A douce fleur, à rude épine, La renoncule au vif éclat, L'anémone au rouge incarnat, La rose dont l'odeur accueille, Le muguet et le chèvrefeuille.

Dans un endroit bravant le vent, Le Lutin qui courait devant

siissiiv. 103

Soudain glissa de sa monture Qui se perdit dans la verdure; .

Et puis aux Esprits se mêlant, Par un oubli fort peu galant Laissa Marthe dans sa surprise Libre de tout voir à sa guise.

Marthe tout oreille et tout yeux Vit un spectacle merveilleux :

Non loin d'elle nombre de fées A leur travail fort échauffées, Façonnaient force nouveautés Pour d' humaines divinités; L'une attifait une coiâfure, L'autre arrangeait une ceinture, (Car modiste ne dit jamais Que son art puise ses secrets Aux merveilles de Tart fémque).

Une autre ornait une tunique ; D'autres disputaient chaudement Sur un amour de vêtement Pour fêter royale naissance; Plus loin nombreuse conférence Pour savoir quel ruban nouveau Relèverait mieux un chapeau:

Ici se tenait vûa. conclave A l'air sévère, au maintien grave, Il fallait donner son avis Sur une jupe, et sans sursis ; Serait-ce une robe flottante, Ou bien serait-ce une volantef D'autres, Esprits plus sérieux.

Par des contes ingénieux, Et que tout l'univers accepte Mettaient la morale en précepte ; Car c'est surtout à cette fin Qu'écrit Follet, Fée ou Lutin.

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164 BJMKIK.

A chaque invention nouvelle Fée ou Lutin, nouvel Apellc, De tremper «on doigt de carmin Dans la rosée, et ce burin Lui sert à léguer à Taurore Sur des feuilles de sycomore Et contes, et moralités, Tous illustrant des vérités; Puis alors survient le poète Qui, de la nature interprète, Lit couramment au point du jour Tous les feuillets épars autour Du vallon, ou de la prairie, Avant que chaque allégorie Ne B^eSsucQ au souffle du vent, Ou bien que le soleil levant N^ait pompé sans miséricorde Le dernier volume et Texarde; Puis traduisant chaque vapeur, Il remet l'œuvre à Timprimeur, Ainsi dans ce val de misère.

Le matin chaque pauvre hèr^ Va cueillir le champignon nain Que la chaleur rendrait mal sain.

Marthe en vit bien d'au,tres encore En quête de la mandragore.

Et cela non pas sans terreur Non pas sans que battit son cœur; Cependant prés de la fillette Un essaim à superbe aigrette Conduit par le fringant Simkin S'approcha — puis notre Lutin S'inclinant pour lui rendre hommage, Lui parla ce gentil parlage :

'' Aimable enfant 1 ne crains rien, mais Regarde ce cadeau si frais

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Que Bénévole, notre Reine, Que Bénévole, ta marraine Nous a prescrit de Rapporter, Et de te prier d'accepter.

Crois-moi, les trésors du Pactole Ne sont rien près de cette phiole; Jamais parfumeur breveté, Ne fit tel baume de beauté, Ce sont des gouttes dîsrillées De fleurs toutes dépareillées Qui ne se montrent qu' à minuit, Que les Lutins trouvent la nuit; Ce sont reflets de clair de lune, Ou de ces larmes qu'à la brune Répand le sauvage Eglantier, Ou le rugueux genévrier.

Ou l'arbre qui porte résine.

Ou du chardon la vive épine.

Dans la coupe du bouton d*or :

Ce sont, te le dirai-je encor, Produits rares de la chimie, Un rayon d'étoile endormie, Une décoction d"" azur.

Un extrait de l'air le plus pur:

De ce baume, Marthe, sois prête A l'instant à mouiller ta tête.

Et tes cheveux rouges — demain Deviendront d'un fort beau châtain, Et les filles de ton village Ne te verront plus qu' avec rage." Ce disant, notre ami Simkin Disparut — c'était le matin.

Marthe crut Simkin sur parole, Vite elle eut recours à la pliiolc, Et de ce jour les amoureux De l'entourer de leurs aveux:

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