‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 91 sur 162 · MOORE (THOMAS · texte numérisé non relu

MOORE (THOMAS

Mort en 1852.

Au Seigneur.

Là pelouse sera mon autel somptueux, Et mon temple, ô Seigneur! la voûte de tes cieux! Je prendrai pour encens les brises des montagnes, Pour hymnes le silence au milieu des campagnes.

188 AU SEIGNErB.

Et j^aorai pour mon chœur les flots de Tocëan Far la lune ëclairéS) berces par Touragan; Ou j'aurai de la mer le sublime silence Qui pour te proclamer a si noble éloquence.

Le jour je chercherai quelqu' asile écarté Lumineux, mais muet, et plein de majesté A Pinstar de ton trône; et les pâles étoiles Seules verront le soir mon culte à toi sans voiles.

Ton ciel, qu'on est heureux de regarder toujours, Sera mon livre d'or, le livre de mes jours.

Dans les pages duquel je lirai sur mon âmel La gloire de ton nom en paroles de flamme.

Je lirai ta colère en ce nuage obscur

Qui du soleil brillant vient assombrir l'azur,

Et ta miséricorde en la teinte azurée

Qui vient donner la joie à la voûte éthérée.

De la plus simple fleur aux astres radieux 11 n'est rien de brillant ici bas comme aux cieux. Où mon cœur ne perçoive un rayon de lumière De ta Divinité, — Sublime et Divin Père I

Et non plus, rien de sombre, ici bas comme aux cieux. Où je ne trouve encor ton amour merveilleux; Et j'attends humblement le moment où la terre Verra l'obscurité se fondre en ta lumière!

LE MIROIB MAGIQUE. 189

Le Miroir Magique.

*' Allons, sus, vieux! voyons si ton miroir magique Peut nous montrer ceux-là que nous aimons à voir; Dans ce cas, montre-moi ma fidèle Angélique Dans ce bosquet témoin de nos adieux, un soir."

Et soudain TËnchanteur de lui montrer sa dame Seule dans le bosquet où voyageait son âme; " FiUe fidèle, val" dit l'heureux Chevalier, Ainsi penser à moi, sous notre beau rosier!"

Mais qu*est-ce?...A Fair joyeux un jeune et gentil page Tout bas vient à la Dame apporter un message; " C'est, " dit le Chevalier," le même fringant gars Qui prés de ma Vénus me menait moi son Mars!"

Et maintenant la Dame, elle cueille une rose Sur le gentil arbuste, et sur son sein la pose; " Tel, " dit le Chevalier," tel était le guerdon Dont elle m'octroyait chaque matin le don.

Et puis au jeune page, elle donne la rose Avec un regard vif qui d'aller vite impose.

" Oh 1 "dit le Chevalier," elle endort sa douleur En rêvant son aimé, là, tout près de son cœur!"

Mais le page revient — oh! mon Dieu quel spectacle! Pour un fidèle amour mon Dieu quelle débâcle ! Il amène au bosquet un autre Chevalier Comme lui jeune, aimé sous le même rosier!

" Tel," a dit le jeune homme, " est l'amour de la femme!" Puis s'élançant d'un bond furieux sur l'infâme. D'un seul coup il pourfend avec son gant d'acier, Et magique Miroir, et Dame, et Chevalier.

190 JIKKT MORBISOy.

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