CONDUITE DES CHRETIENS PENDANT LES PERSÉCLTIONS
Quand on publiait un édit de perseculion dans une province de l'empire, les évoques s'en donnaient aussitôt avis les uns aux autres , et s'exhortaient mutuellement à faire pénitence et à prier avec plus de ferveur. Plusieurs fidèles, selon les conseils de Jésus-Christ, prenaient alors la fuite. Les pasteurs et les prêtres se partageaient ; les uns se retiraient; les autres restaient pour secourir et encourager les fidèles. Ils prenaient tous les plus grandes précautions, parce que c'étaient eux qu'on recherchait avec
le plus do soin, et que leur perte pouvait causer la dispersion du troupeau.
Quelques-uns changeaient de nom pour n'être pas reconnus; d'autres se rachetaient de la persécution avec de l'argent ; mais s'ils achetaient des billets qui fissent croire qu'ils avaient obéi aux édits des empereurs, ils étaient mis au rang des apostats.
Les règles de l'église défendaient qu'on s'exposât de soi-même au martyre^ et qu'on fit rien qui put irriter les payens et donner plus de violence à la persécution. Quelques martyrs, poussés par un mouvement extraordinaire du Saint Esprit, se présentaient sans être appelés ; mais la maxime générale était de ne point tenter Dieu , et d'attendre patiemment que l'on fût pris et interrogé juridiquement sur la foi.
On pressait souvent les simples fidèles de dénoncer les évêques et les prêtres qui les instruisaient, les diacres qui les assistaient, et de livrer les SaintesÉcritures. Ce fut particulièrement pendant la persécution de Dioclétien , que les
pavf ns s'allachèrenl à la destruction des livres saisils. Ils les recherchèrent avec le plus grand soin, et en bridèrent autant qu'il leur fut possible d'en trouver; les chrétiens gardaient le secret à ce sujet , aussi religieusement que sur les mystères; ils ne nommaient jamais personne, disant que Dieu les avait assistés, et qu'ils portaient les Saintes-Écritures gravées dans leur cœur. Pendant qu'ils souffraient . les martyrs ne parlaient guère que pour louer Dieu et pour implorer son secours.
L'église avait un soin particulier des prisonniers. Les diacres les visitaient souvent pour leur donner tous les soulagemens nécessaires. Les autres fidèles allaient aussi les visiter et les encourager à souffrir. Ils baisaient leurs chaînes, parisaient leurs plai(^s. et leur apportaient des lits, des habits et des r.ifraîchisseniens. Si un juge plus cruel que les autres les empêchait d'entrer dans lc3 prisons, ils ta' haient de gagner par argent les gardes et les gf^ôliers. Les maniais Irailciiiens ne les décourageaient
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point; ils souffraient les injures et les coups, et demeuraient patiemment aux portes des prisons en attendant que l'occasion se présentât de satisfaire leur charité. Quand ils avaient pu entrer dans les prisons, ils les regardaient comme des temj)les consacrés par la présence des saints confesseurs. Ils y faisaient la prière, et les prêtres y célébraient le saint sacrifice , pour donner à ces illustres prisonniers la consolation de ne point sortir du monde sans la protection du corps et du sang de Jésus-Christ.
Si c'était un évêque ou un prêtre qui fût en prison, les fidèles s'y assemblaient pour y recevoir l'Eucharistie et i'empo ter dans leurs maisons. Alors , on mettait tout en usage : des évoques, faute d'autel, consacraient sur les mains des diacres. Saint Lucien d'Antioche, étant attaché de telle sorte qu'il ne pouvait se mouvoir, consacra sur sa poitrine.
CROIX MIIUCCLEUSE ArPARUE A CO>'S- TAXTIN. LE LABARU-M. TRIOMPHE DU CHRISTIANISME.
Maxence, fils du lyran ^laximicn Hercule, avait déclaré la guerre à Conslaritin, son beau-frère , qui se trouvait dans les Gaules , devenues son partage par la mort de Constance Chlore , son père.
Constantin se mit en marche vers l'Italie avec ses légions; passa les x\lpes, et s'approcha de Rome avec toutes ses troupes , dans le dessein d'en venir à une bataille décisive. Comme ses forces étaient inférieures à celles de Maxence» il résolut d'implorer le secours du Dieu des Chrétiens , et le pria instamment de lui être favorable. Il le priait, quand après midi, le soleil commençant à bdsser, et qu il marchait au milieu des troupes, il vit dans le ciel une croix lumineuse avec celte inscription : ce signe te fera vaincre. Il fut extrêmement surpris de celte
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vision, ainsi que son armée, qui vit la même chose. Long- temps après , il racontait cette merveille, et assurait avec serment l'avoir vue de ses yeux, en présence d Eusèbe de Césarée , qui en a écrit Ihistoire. Il désirait ardemment de savoir ce que signifiait cette vision. Dans la même nuit, pendant qu'il dormait, Jésus lui apparut avec le même signe , et lui ordonna d'en faire une représentation, dont il se servirait contre ses ennemis dans les combats. S'éîant levé avant le jour, il déclara ce secret à ses amis ; ensuite, il fît venir des orfèvres et des joailliers. S'étant assis au milieu d'eux, il leur expliqua la figure de l'enseigne qu'il voulait leur faire exécuter, et leur commanda d'y employer de l'or et des pierres précieuses.
Voici la forme de cette enseigne : une espèce de pique, revêtue d'or, avait une traverse qui en faisait une croix ; à Tex- Irémité supérieure était attachée une couronne d'or et de pierreries qui enfermait le symbole du nom de Christ. A la traverse pendait un petit drapeau carré,
d'une ttoffe très-précieuse, et au dessus duquel on voyait 1 image de l'empereur et de ses enfans. Le nom de iabarum fut donné à cette enseic^nc. Constantin en fit faire de semblables pour tous les corps de sou armée. Lui-même portait la croix sur son casque, et les soldats sur leurs boucliers. Cinquante hommes des plus braves et des plus religieux de ses gardes, furent choisis pour porter le Lahariun tour-à-tour.
Encouragé par la \ision céleste qu'il avait eue , Constantin mit ses troupes en bataiUe, et marcha sur Rome. Maxence, qui s'y tenait enfermé, fit sortir les siennes , et l'on en vint aux mains. La victoire deConstantin fut complète;?tIaxence en prenant la fuite se noya dans le Tibre. Le vainqueur entra triomphant dans Rome , où, de concert avecLicinius , son beau-frère, il publia un édit en faveur des chrétiens.
Ce fut ainsi que l'an 5 1 5 de Jésus- Christ, le chri liaiiisme, si long-temps persécuté, commença à devenir la religion de l'empire en devenant celle de
Tempereur. Les Chréliens , transportes tie joie et d admiration , en croyaient à peine leurs piopres yeux , lorsqu'ils voyaient le signe auguste de la rédemption, celle croix, naguères si abhorrée des empereurs , représentée sur les enseignes de l'empire; les exilés rappelés, les biens confisqués rendus à leurs anciens maîtres; les églises ruinées, rebâties plus belles et plus commodes qu'auparavant, et de nouvelles, construites avec une plus grande magnificence. Les dédicaces de ces temples étaient des fêtes solennelles; les évoques s'assemblaient en grand nombre; les peuples y accouraient en foule; et les parenset amis qui s'y rencontraient, après une longue séparation , offraient par les transports de leur amilié et de leur joie le spectacle le plus attendi issant, même pour les payons, qui en étaient témoins.