‹ Beautés du christianismeChapitre 13 sur 42 · ETENDUE ET VIOLENCE DE LA PERSECUTION SOLS DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

ETENDUE ET VIOLENCE DE LA PERSECUTION SOLS DIOCLÉTIEN

L'édit le plus sanglant qui eût été publié contre les chrétiens, est celui de l'an jo5 de Jésus- Cinist, qui était le dixième du règne de Dioclélicn. Jamais l'église ne triompha avec plus de gloire que quand on la vit , pendant plus de dix ans, combatlrc et vaincre ses ennemis, en perdant un nombre infini de ses soldais. On peut juger de la multitude des martyrs, par ceux qui versèrent leur sang à Aicomédie, où Dioclétien et le César Galère faisaient leur séjour. Les eunuques qui avaient le plus d'autorité dans le palais, so'jflfrirent pour Jésus-Christ jusqu'à la mort. L'évéque Anthime fut décapité et accompagné dans son triomphe p.ir les ministres de son église. Les fidèles furent

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arrêtés en si grand nombre, que les bourreaux étaient obligés d'en former des pelotons , dont chacun était jeté dans nn bûcher auquel ils mettaient ensuite le feu. Les esclaves étaient précipités dans la mer avec une pierre au cou. Ceux qu'on ne faisait pas mourir aussitôt qu'on les avait pris, étaient emprisonnés, et pour les tourmenter on inventait de nouveaux supplices. On compta dans Niconiédie, en une seule fois, plus de mille martyrs.

Après qu'eut été publié un édit particulier, par lequel devaient être jetés dans les prisons les chefs et les ministres de toutes les églises, ces lieux destinés aux scélérats furent bientôt tellement remplis, d'évêques , de prêtres, de diacres, de lecteurs et d'exorcistes, qu'il n'y restait plus de place pour les criminels.

Comme cet édit portait expressément que ceux qui refuseraient de sacrifier aux divinilés de l'empire, fussent tourmentés par tous les supplices imaginables, on vit un nombre prodigieux d'éiFêques et d'ecclésiastiques, dans tout

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l'empire, endurer avec le plus grand courage les plus affreux tourmens, et donner aux autres fidèles d illustres exemples de la manière dont ils devaient combattre pour la vérité. Après eux, il n'y eut plus d'exception; et les persécuteurs, animés de l'esprit infernal, prirent de telles mesures pour le rétablissement de ridokîtrie , qu'il sembla que tous les chrétiens dussent être enveloppés dans cette proscription , ou prendre part au culte des faux dieux. Les empereurs firent placer auprès des foritaines, dans les marchés et même dans toutes les rues, de petites idoles avec des factionnaires, qui forçaient tous ceux qui passaient à leur offrir de l'encens; de sorte qu'on ne pouvait ni vendre, ni acheter quoi que ce fût, ni même prendre de l'eau, sans sacrifier. Tout l'empire romain de l'urient à l'occident, si l'on excepte les Gaules , où régnait Constance Chlore , père de Constantin, se trouva dès-lors exposé cà la fureur de Dioclétien, de Maximien et de Galère, qui, semblables aux bêtes féroces , déchiraient l'église de

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toutes parts. 11 est impossible de dire combien les minii-tres de leur cruauté mirent en usage de sortes de supplices pour tourmenter les innocens , afin de les rendre criminels, ou de compter le nombre des martyrs qui souffrirent dans toutes les provinces de l'empire.

Presque tout l'univers, dit Sulpice Sévère , fut témoin des glorieuses victoires des martyrs. On courait en fouie â ces combats, et l'on recherchait une mort si précieuse, avec plus d'a\idité même que l'ambition ne court après les dignités. Il semblait, dit un ancien auteur, que toute l'église se hâtât de quitter la terre pour allerau ciel. En un seul mois , dix-sept cents iiiarlyrs souffrirent la mort dans K s diverses provinces de l'empire. La persécution s'étant répandue dans toule l'Afrique , n'épargna que ceux qui eurent le bonheur de s'y soustraire.

Dans quelques pays, on frappait les martyrs d'innombrables coups de fouet; on les exposait ensuile à des léopards , des ours , des sangliers, que l'on irritait

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avec le fer cl le feu. Ces animaux se présentaient en poussant des cris furieux, et Jes martyrs If s voyaient arriver avec la plus héroïque intrépidité. En d'autres lieux, on les déchirait avec des dents de fer. on leur faisait souiïVir d'autres tortures non moins cruelles, puis on les brûlait- Les uns étaient jetés à la mer, et d'autres crucifiés. Ailleurs, au lieu d'ongles de fer, on se servait de morceaux de pots cassés, pour les déchirer par tout le corps , jusqu'à ce qu'ils eussent rendu le dernier soupir. On attachait les femmes par un pied, el on les élevait ainsi en l'air avec des machines, de manière qu'elles demeurassent suspendues la tète en bas, et entièrement nues : spectacle aussi honteux que cruel. On liait quelquefois les hommes par les jambes aux ^Tosses branches de deux arbres, qu'on avait rapprochées avec des machines; on les relâchait ensuite, et en reprenant leur situation naturelle , elles démembraient ces martyrs.

A plusieurs eu coupait le nez, ks oreilles et les mains, puis on mettait en

pièces le reste de .leur corps. Dans quelques villes, on les faisait rôtir, pour qu'ils souffrissent plus long- temps. Dans d'autres, on leur enfonçait sous les ongles des roseaux pointus ; on leur versait sur le dos du plomb fondu. Plusieurs, à qui l'on avait crevé un œil et coupé le jarret gauche, étaient envoyés aux mines dans celte situation déplorable, pour y endurer un plus long martyre.

La puissance de îa grâce divine paraissait visiblement dans tous ceux qui rendaient témoignage à Jésus-Christ au miireu de leurs tourmens ; mais il y en avait que l'on pouvait regarder comme ses chefs- d œuvre. Des chambellans et des eunuques des empereurs; un Vcnustien , gouverneur de Toscane, qui avait fait tme guerre cruelle aux Chrétiens; un Boniface . qui s'était livré à toutes sortes de désordres; une femme, nom niée Afre, qui avait vécu dans une prostitution publique; un Genès, comédien, qui avait tourné en ridicule sur le théâtre les mystères des Chrétiens ; des magiciens, coupables d'une infuiité d'abomiuaîions; de

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Iclk'S geus, qui semblaient être les colonnes de ridclâtrie, se convertissaient toutà-couj), et leur changement était si entier, qu'ils souffraient les tournions les plus affreux , avec une hmnilité et un courage dignes de l'admiration de tous les siècles.

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