MONASTERES D EGYPTE. VILLE D OXYRINQIE, NOMBBE DES SOLITAIRES
II y avait, au qujtrième siècle, des mo îiastères dans toutes les parties de rLgypte. Les plus anciens étaient dans la Thébaïde, vers le fond de la mer Rouge. Là était le mont Coîzim, où mourut saint Antoine, et le mont Pisper qu'il avait aussi habité, et où demeurèrent la plupart de ses disciples, dont le nombre allait jusqu'à cinq mille. Il y avait un monastère de l'autre côté du iNil, près de la ville d'Hermopolis, où vivaient cinq cents moines, sous la conduite de saint Apollonius.
Saint Isidore gouvernait aussi dans la Tliébaïde une communauté de mille moi»
ries, qui gardaient une clôture très-exacte. Au-dedans de leur enclos, il y avait dc^ puits, des jardins, et tout ce qui leur était nécessaire. Personne n'y entrait, que pour y passer tout le temps de sa vie. Un vieillard gardait la porte pour
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répondre aux étrangers, et exercer Thospitaliié à leur égard. Près d'AutinopoIis, il y avait environ deux milie solitaires, dont quelques-uns vivaient dans des cavernes.
Mais la grande merveille de la Basse- Thébaïde, était la ville d'Oxyrinqtie. Le nombre des moines y surpassait celui des autres habitans. Les édifices publics et les temples des, faux dieux avaient été changés en monastères. Les moines logeaient jusque sur les portes et dans les tours. Il y avait douze églises pour les assemblées du peuple , sans compter les uraloires des monastères. Tous les4îabitans de cette ville, qui élait grande et peuplée , étaient chrétiens catholiques.
Elle renfermait vingt mille vierges et dix mille moines. De tous côtés y retentissaientj jour et nuit, les louanges de Dieu. Les magistrats avaient placé des sentinelles aux portes pour découvrir les éirangers et les pauvres, et l'on se disputait à qui les retiendrait le premier pour les loger et les nourrir.
Un monastère comprenait trente ou
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quarante maisons, dont trois ou quatre réunies formaient une tribu dont les membres allaient ensemble au travail, ou servaient la même semaine. Chaque maison contenait trente ou quarante frères d'un même métier,et plusieurs cellules où ils logeaient trois à trois. Ils mangeaient dans un réfectoire commun. Chacune de ces maisons était marquée d'une lettre de l'alphabet, que les moines portaient sur leur capuce. *
Dans une ville de la Haule-Thébaïde, il y avait un monastère de femmes, au nombre de plus de cent, très -renommées pour leurs vertus. Elles ne buvaient point de vin , ne mangeaient point de fruits, et jeûnaient souvent deux ou trois jours de la semaine. Un ciliée les couvrait de la tête aux pieds : elles travaillaient tant qu'elles pouvaient, n'usaient d'aucun remède dans leurs maladies, et gardaient une rigoureuse clôture. La veuve d'un homme de grande qualité, nommée Euphrasie, leur ayant offert vingt ou trente livres d'or de revenu, la supérieure les refusa, et accepta seulement de l'huile
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pour les lampes, et des parfums pour roraloire»
Près d'Antinous, il y avait douze monastères de femmes. Un, entre autres, était gouverné par une abbesse qui pratiquait depuis quatre-vingts ans, les austères devoirs de la vie monastique. Elle avait avec elle soixante jeunes vierges, qui lui étaient tendrement attachées, et recevaient d'elle de solides instructions. Elles sortaient le dimanche pour aller recevoir la communion à l'cgiise ; mais une d'entre elles, nomméeTaor, dont les austérités n'avaient pu effacer la beauté, demeurait toujours dans le monastère, où elle travaillait couverte de haillons.
Dans l'Egypte, proprement dite, près d'Arsinoé , l'abbé Sérapion gouvernait environ dix mille moines. Cinquante monastères , dans le désert de Nitrie , en renfermaient cinq mille, qui avaient huit prêtres, dont un seul exerçait les fonctions du sacerdoce, dans une église qui leur était commune. Près de là, était le monastère de Celles, et le mont de Phcrmé, habité par cinq cents moines; le mo-
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nastèrc de Scété, où vécurent les deux Macaires et saint Arsène. Dans les environs d'Alexandrie, il y avait près de deux mille moines en dilFérens monastères.
A Canope, à Peîuse, et dans quelques autres endroits, le nombre de ces solitaires était plus ou moins considérabie.
Dans toute l'Egypte, celui des hommes s'élevait à soixante - seize mille, et celui des religieuses, à plus de vingt sept mille, sans compter les monastères dont le nombre n'est pas mentionné.
JklAXlERE DE VIVRE DES SOLITAIRES.
Cassien qui visitait les moines à la fin du quatrième siècle, et fit chez eux un long séjour, nous a laissé des relations par lesquelles nous connaissons la vie toute céleste qu'ils menaient dans leurs déserts. Nous apprenons de* lui que leur vêtement consistait dans une tunique de lin, qui ne descendait qu'au-dessous des genoux, et dont les manches ne passaient
pas les coudes, afin de leur laisser plus de liberté pour le travail : comme elle était large, ils l'arrêtaicnl par une ceinture. Un capuce, qui se terminait au haut des épaules, ne les quittait ni le jour ni la nuit; ils marchaient un bûton à la main, et pour l'ordinaire nu-pieds, excepté dans les grands froids. Ils portaient sur leur lunique un manteau de lin qui couvrait le cou et les épaules, et par- dessus une peau de mouton. Le pain et Teau composaient toute leur nourriture; mais dans les grandes solennités, ils ajoutaient quelques prunes et quelques olives.
Ils s'assemblaient le soir et la nuit .pour prier; après avoir récité douze psaumes, ils faisaient une lecture de l'Ancien Testament et une autre du Nouveau. Après chaque psaume, ils priaieiit debout, les bras étendus, se prosternaient, et se relevaient bientôt, de peur de s'endormir. Une seule vois se faisait entendre, et c'était celle du moine qui prononçait le psaume, ou du prêtre qui faisait la prière. Celui qui chantait, se tenait debout; tous les autres étaient assis sur des sièges fort Las
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parce que leurs jeûnes et leur travail coatiiiuel ne leur pernietlaient pas de rester sur leurs jambes. Ils partageaient les longs psaumes, ne cherchant pas à en dire h( aucoup et proniptement, mais à y donuer une grande attention.
On ne voj^iit, dans leurs cellules, d'autres meubles qu'une natte sur laquelle ils s'étendaient pour dormir, et pour oreiller, un paquet de grosses feuilles de la lA'dnte nommée papyrus. Ce paquet leur servait aussi de siège pendant le jour. Ils travaillaient et priaient sans cesse dans leurs cellules. Afin que le travail fût compatible avec la prière, ils choisissaient des ouvrages qu'ils pussent exécuter facilement et sans se déranger, comme de fabriquer des nattes et des corbeilles. Ils ne voulaient rien recevoir de personne pour leur subsistance. Au contraire, leur travail les mettait en état d'exercer l'hospitalité envers ceux qui venaient les visiter, et d'envoyer de grandes aumônes, dans les heux stériles de la Libye, et même dans les villes pour secourir les prisonniers.
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