‹ Beautés du christianismeChapitre 19 sur 42 · SOLITAIRES LES PLLS CELEBRES · texte numérisé non relu

SOLITAIRES LES PLLS CELEBRES

BÉFLEXIONS.

Entre les plus illustres habitans des déserts , nous comptons saint Antoine, Macairc, saint Amon, saint Pacôme, saint Hilarion, les deux saints Macaires, saint Jean, prophète, saint Julien-Sabas , et saint Arsène.

Saint Antoine, l'un des fondateurs de la vie cénobitique, naquit, dans le troisième siècle, de parens nobles et riches qui lui donnèrent une excellente éducation chrétienne. A l'âge de dix-huit ans, il se retira dans le désert, pour ne s'occuper que de son salut. Le travail de ses mains lui fournit les moyens de subsister et d'assister les pauvres. Il priait continuellement, et donnait une si grande attention à la lecture des livres saints, que dans la suite, sa mémoire le dispensa de s'en servir. Après avoir passé plus de vingt ans dans une caverne, il en sortit comme d'un

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sanctuaire où il s'élait consacré à Dieu, pour assembler des disciples en si grand nombre, que bientôt les déserts furent couverts de monasières, qui, nuit et jour, retentissaient des cantiques sacrés.

Constantin et ses enfans lui écrivirent des lettres respectueuses, et lui témoignèrent un grand désir de recevoir les siennes. Peu touché de cet honneur, il dit à ses disciples : « Mes enfans, ne vous étonnez pas si un empereur, qui n'est qu'un homme mortel, m'écrit des lettres; mais étonnez-vous de ce que Dieu a daigné nous parler par son propre fils.» La réponse qu'il fît à ces princes ne renfermait que des conseils relatifs à leur salut.

Sachant que sa fîu était proche, il alla rendre visite à ses frères dans leurs différens monastères. Après leur avoir donné de charitables avis, et dit le dernier adieu, il s'en retourna sur la moutague, où étant tombé malade peu de temps après , il rendit l'esprit avec une joie qui paraissait encore sur son visage après sa mort. Il était âgé de cent cinq ans , et en avait passé plus de quatre - vingts dans

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Icxercice des plus rigoureuses pratiques de la pénitence.

Macaire, qu'il ne faut pas confondre avec deux autres solitaires de ce nom , fui abbé du mont Pispcr, où avait demeuré saint Antoine. Cinq mille solitaires \ivaient sous sa conduite.

Saint Amon se liiari i ta l'â^c de vin^tdeux ans, convertit sa femme le jour de ses noces, la laissa dans sa maison, où elle assembla un grand nombre dexierges , et se retira sur la montaf;ne de Nitrie , où il eut un graïul nombre de disciples. Il contribua beaucoup aux progrès de l'état monastique en Lgyptc,

Pacôme naquit à la fin du troisième siècle, dans la Haute -Thébaïde, de pareriS idolâtres. Soldat à l'âge de vingt ans, il fut conduit à Thèbes, où il eut le bonheur d'être logé dans une maison habitée par desChrotieUï. Gagné par leur charité et leurs autres vertus , il résolut d'embrasser leur religion. Après avoir obtenu son congé, il retourna dans son pays, et y reçut le baptême. Devenu chrétien, il

alla trouver un solitaire, nommé Paiemon, s'associa avec lui pour la vie pénitente qu'il menait, et tous deux passèrent ensuite à Tabenne. Ils demeurèrent seuls quelques années dans ce lieu , avec un frère de Pacôme , qui s'était rendu auprès d'eux. Pacôme passa quinze années entières sans se coucher. Il ne dormait jamais qu'assis sur une pierre, et sans s'appuyer contre la muraille. Lorsqu'il eut assemblé un certain nombre de disciples, il leur prescrivit le jeûne et le travail des mains, à chacun selon ses forces. Il leur donnait l'exemple par la pratique des austérités. Quoiqu'il fût chargé du soin de tout le monastère, il servait â table , travaillait au jardin , répondait aux étrangers, et assistait les malades sans prendre aucun repos. Sa communauté étant devenue très-nombreuse, il se vit obligé de bâtir plusieurs monastères eu divers lieux, et leur donna des supérieurs, formés par lui-même à la piété, et comme lui remplis de l'esprit de Dieu. Voyant dans son voisinage de pauvres gens occu-

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pcs à faire paîlre du bétail, il les rassemblait à de certaines heures, pour leur lire la Sainte-Ecriture.

Saint Athanase, évoque d'Alexandrie, étant venu visiter les églises de la Ilaute- Thébaïde, se rendit à Tabenne pour y voir notre solitaire, qu'il regardait comme un des plus grands serviteurs de Dieu. Pacôme, ayant appris larrivée de cet illustre défenseur de la foi contre rhérésie d'Arius, se hâta d'aller au devant de lui avec tous ses moines, qui chantaient des hymnes et des psaumes; mais il se tint confondu dans la foule, de peur d'être remarqué par le saint prélat. Il mourut vers le milieu du quatrième siècle, d'une maladie contagieuse, qui avait affligé tous les monastères de sa congrégation.

Les parens de Saint -Hilarion étaient payens. Il embrassa le christianisme à l'âge de douze ans. Il était né près de Gaza en Palestine , vers la fm du 5^ siècle; il n'avait que quinze ans lorsqu'il alla se mettre au nombre des disciples de saint Antoine. Il fut le prcniier qui

forma des solitaires dans la Palestine et la Syrie. Après la mort de son père et de sa mère, il distribua tout son bien aux pauvres, et se retira dans la vaste solitude qui s'étend entre Gaza et l'Egypte. Il passait quelquefois trois ou quatre jours sans prendre aucune nourriture.

Un seul habit d'une étoffe commune le défendait des ardeurs du soleil et des injures de l'air. Depuis sa seizième année jusqu'à sa vingtième, il vécut dans une cabane couverte de joncs et d'épines. Il se construisit ensuite une petite cellule plus basse que sa taille, mais un peu plus longue. Il s'y appliquait à connaître le sens des divines écritures, qu'il avait apprises par cœur.

Hilarion passa vingt- deux ans dans cette solitude, pendant lesquels il eut un grand nombre de disciples. On vit bientôt la Palestine se couvrir de monastères. Comme la multitude de ceux qui se rendaient auprès de lui, troublait sa solitude, il partit avec quarante solitaires pour la montagne de saint Antoine , d'où il s'enfonça dans le désert. Au bout de

trois ans, pour éviter les honneurs qui poursuivaient sa vertu , il résolut de passer dans l'Oasis. Comme on le poursuivait partout, il s'embarqua pour l'île de Chypre, où il mourut à l'âge de quatrevingts ans. Avant de mourir, il s'excitait à la confiance en Dieu , par ces paroles : « Sors» mon âme ; tu as eu !c bonheur de ser\ir Jésus - Christ pendant près de soixante-dix ans, pourquoi crains-tu la mort? »

Saint Macaire d'Alexandrie naquit au commencement du quatrième siècle.

Après avoir connu les dangers du monde, il alla se mettre en sûreté dans le voisinage de la montagne de Nitrie, dans un lieu nommé le désert des Cellules; ayant été ordonné prêtre dans la suite, il se trouva chargé de la conduite de la multitude des solitaires; ce qui ne l'empêcha point de se livrer à ses austérités accoutumées.

Ce Macaire était ami de saint Macaîre d'Egypte, en qui l'on ^it les mêmes vertus et les mêmes dons extraordinaires, et qui fut aussi contraint de se laisser

élever au sacerdoce, pour le bien spirituel (les nombreux solitaires qui s'étaient mis sous sa conduite.

Ces deux saints solitaires eurent le bonheur de souffrir pour la foi dans la persécution des ariens, sous l'empire de Valens. Après être parvenus à une extrême vieillesse, ils s'endormirent dans le seigneur.

Saint Jean, prophète, naquit de parens fort pauvres, au commencement du quatrième siècle. A fage de vingt-cinq ans, il se retira dans la solitude , et y demeura environ douze ans, sous la conduite d'un solitaire expérimenté duis les voies du salut. Après sa mort, il parcourut pendant cinq ans différons monastères pour s'instruire à fond delà discipline monastique, et se retira ensuite seul, sur une montagne à une lieue de la ville de Lycople, dans la ThébaïJe.ïl y choisit l'endroit de l'accès le plus difficile, et y creusa trois grottes enfermées dans un même enclos, dont il ferma exactement feutrée , afin que personne ne pût y aborder. Malgré toutes ses précautions, il fut

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bientôt connu; on vint de tous les envi rons, et même des pays lesplus éloignés, pour le voir et se recommander à ses prières ; mais il ne se montrait que le samedi et le dimanche, et les hommes seuls pouvaient le voir. Alors , il s'approchait d'une petite fenêtre, d'où il instruisait ceux qui étaient venus le visiter. Lorsqu'il avait répondu aux questions qu'on lui avait adressées, il retournait à la prière. A celte sainte pratique il joignait une abstinence rigoureuse, il ne mangeait que le soir, et toujours fort peu.

Après qu'il eut passé trente ans dans cette vie admirable, Dieu lui accorda le don de prophétie. Dans ses vingt dernières années, il découvrait à ceux qui l'allaient voir les plus secrets mouvemens de leur cœur. Outre le don de prophétie, il avait aussi celui de guérir les maladies les plus incurables, il mourut dans une extrême vieillesse, à la fin du quatrième siècle.

Saint Julien Sabas , solitaire des environs d'iidesse en Mésopotamie, était, au jugement de saint Jérôme, un des plus

parfaits modèles de l'état monastique.

Une petite caverne fort humide lui servit d'abord de retraite. Il n'y mangeait qu'une fois la semaine du pain de millet avec du sel et un peu d'eau. Cette nourriture lui causa en peu de temps une telle maigreur, qu'il ressemblait à un véritable squelette. Sa réputation lui attira un grand non}bre de disciples , dont l'occupation était d'aller dans le désert deux à deux ; pendant que l'un priait prosterné contre terre, l'autre récitait debout les saints cantiques de l'Ecriture.

S'étant rendu au mont Sinaï pour y être inconnu, il y bâtit une église, et ne revint à sa retraite que long-temps après. Outre le don de guérir les malades, Dieu lui avait aussi accordé celui de prédire l'avenir. Il connut, par une révélation divine, la mort de Julien-l'Apostat, le jour même que cet empereur fut tué à plus de vingt journées de son monastère.

11 quitta sa retraite à la prière des orthodoxes pour venir à Antioche confondre les ariens, qui se vantaient de l'avoir dans leur parti. Lorsqu'il entrait

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dans les >illcs qui étaient sur sa route, il y avait pour le voir un concours plus nombreux que pour l'entrée des princes.

Après avoir confondu les ariens , il rejoignit SCS disciples et vécut encore assez long-temps avec eux.

Saint Arsène était d'une haute naissance, et fut instruitdans toutes les sciences humaines. L'empereur ïhéodosc avait pour lui tant d'estime, qu'il le choisit pour lever des fonts baptismaux ses deux fils Arcadius et Honorius, et veiller à leur édîicalion. A l'âge de quarante ans il quitta le monde pour aller s'ensevelir dans le désert de Scété. Il ne se distingua entre les solitaires que par ses vertus. Ses babils étaient très-pauvres. Il ne s'occupait qu'à fabriquer des nattes de palmier. 11 travaillait assis , ayant un mouchoir dans son sein pour essuyer les larmes qui coulaient continuellement de ses yeux. Il ne changeait qu'une fois par an l'eau où il trempait ses feuilles, se contentant d'en ajouter de nouvelle de temps en temps. « Pourquoi ne changezvous pas cette eau puante? lui demau-

dèrent un jour les anciens du monastère. — Je dois, répondit-il, souffrir cette mauvaise odeur , à cause des parfums dont j'ai usé dans le monde. » Quand la nature le forçait au sommeil , « Viens donc, lui disnil-il, méchant serviteur. » Après en avoir pris un peu, il se relevait promplement. Il vécut ainsi jusqu'à sa quatre-vingt-quinzième année.

Comme il consultait lui-même un jour sur son intérieur un vieillard d'une grande simplicité , mais d'une éminente sainteté : 'i Père Arsène, lui dit un solitaire, pourquoi consultez - vous cet homme grossier, vous qui avez tant lu et tant étudié.^ — J'ai appris, répondit-il, il est vrai, beaucoup de choses, mais j'ignore encore l'alphabet de ce vieillard, n

Ces hommes siédilians, qui peuplaient les déserts, marchent à la suite des martyrs; mais au lieu d'un supplice de quelques heures, de quelques jours ou de quelques mois, ils portaient constamment leur croix pendant cinquante ou soixante années Quelle gloire pour le christianisme, d'avoir produit des justes

si parfaits et en si grand nombre! Ne dirait-on pas qu'ils étaient d'une autre nature que celle des autres hommes? Ensevelis tout vivans dans des cavernes et d'afTreuses solitudes, ils ne trouvaient leurs délices que dans la contemplation des grandeurs et des bienfaits de Dieu; ils ne s'occupaient que de le prier, que de purifier leur âme, en mortifiant leur corps par les plus rigoureuses austérités. Après s'être retirés du monde pour n'avoir de communication qu'avec Dieu, ils évitaient encore avec soin tout ce qui pouvait les amuser et les distraire, comme les beaux paysages et les demeures dont leurs sens pouvaient être flattés. Us avaient sans cesse devant les yeux le but auquel ils devaient atteindre, savoir un parfait détachement des richesses, des honneurs et des plaisirs, lîsconibatlaient l'avarice par leur extrême pauvreté et par leur exactitude à distribuer aux pauvres ce qui leur restait chaque jour du prix de leur travail, en sus de leurs besoins. Ces aumônes étaient si abondantes, que fcainl Augustin nous apprend, dans un

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de ses ouvrages, qu'on en chargeait des vaisseaux.

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