CHARITÉ
Après avoir institué les filles de la Charité, saint Vincent de Paul les chargea successivement de féducation des enfans trouvés, de l'instruction des jeunes filles qui appartenaient à des parens peu favorisés de la fortune, du service d'un grand nombre d'hôpitaux , et même des soins à donner aux criminels condamnés aux galères. Pour les guider dans ces diverses occupations, il leur prescrivit des règles générales et particulières, par lesquelles devait être soutenu le corps entier avec toutes ses parties.
Selon ces règles, vrai chef-d'œuvre d'une haute sagesse, les filles de la charité doivent, avant tout, se persuader
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intimement que Dieu ies a réunies pour honorer Jésus-Christ, comme ia source et le modèle de toute charité, en lui rendant dcins la personne des yieiilards. des enfans, des malades, des prisonniers, tous les services spirituels et corporels dont elles sont capables; que pour répondre à une vocation si sainte, elles doivent joindre les exercices intérieurs de la vie spirituelie aux fonctions extérieures de la charité chrélienne; que, quoiqu'elles ne soient ni ne puissent être reh'gieuses , parce que cette profession est incompatible avec leurs fonctions , elles doivent cependant mener une vie plus parfaite, s'il est possible, que les j)liis saintes religieuses, parce qu'elles sont beaucoup plus exposées; que comme la pureté , vertu difficile et d'une étendue infinie, leur est delà plus absolue nécessité, elles doivent écarter par Jes plus sévères précautions, tout ce qui pou rait blesser les yeux de Dieu et du prochain , et que la vigilance sur ellesmêmes doit redoubler lorsque la charité les oblige à se répandre dans le monde ,
à y traiter avec des personnes d'un sexe difFérent , à soigner les malades et même les mourans.
On ne leur prescrit ni l'usage du cilice, ni les autres austérités du cloître. Leur grande pénitence doit être la vie commune. Se lever l'été et riii ver à quatre heures du malin, faire, deux fois par jour, l'oraison mentale, vivre très-frugalement, n'user de vin que dans les maladies qui pourraient en exiger, rendre aux malades les services les plus dégoûtans, les veiller tour-à-tour pendant les nuits entières ; ne compter pour rien ni l'infection des hôpitaux, ni l'air putride qu'on y respire, ni les horreurs de la mort, voiià le genre de mortification des filles de la charité.
Ces règles et d'autres relatives aux exercices de piété, après avoir été pratiquées pendant vingt années, furent approuvées par le cardinal de Retz, archevêque de Paris. Le roi confirma même le fond de l'établissement par des lettrespatentes, qui sont un monument éternel de l'estime générale pour ces ver-
tueuses filles. Dans la suite, elles méritèrent de plus grands éloges, non à raison de leurs fonctions qui ont toujours été les mêmes, mais à raison des personnes qui les remplirent. Leur saint fondateur, se persuadant que Dieu bénirait plus particulièrement des pauvres, qui serviraient d'autres pauvres, n'admit, pendant plusieurs années, dans sa nouvelle communauté , que des personnes d'une naissance fort commune; mais des jeunes filles de condition s'étant offertes pour partager avec les premières ['abjection et le mérite de leurs emplois , on crut qu'il serait injuste de leur fermer une porte que Dieu même paraissait leur ouvrir. On vit alors, comme dans la suite, des filles élevées dans la délicatesse des palais et vêtues d'habits précieux, embrasser un état où la nature a beaucoup à souffrir , honorer comme des maîtres toutes sortes de malheureux , qui, dans le monde, n'auraient pas été admis à leur service, et porter un vêtement grossier avec plus de joie, que les
filles n'en ont à se parer des plus riches ornemeijs.
\ incent eut toujours pour les filles de la charité un respect particulier. Le seul îitre de servantes des pauvres attendrissait le père de tous les affligés. La protection que Dieu accorde à ceux qui le servent dans ses membres, le rassurait contre les dangers sans nombre qui affligent leur vertu. Il envoya plusieurs de ces héroïnes de la charité , tantôt aux armées pour avoir soin des soldats blessés ou malades, tantôt jusqu'en Pologne, à travers IWllemagne, sans jamais a^oir paru craindre pour elles ce qu'il aurait appréhendé pour d'autres. Il semblait quelquefois leur promettre que le ciel ferait en leur faveur des miracles, plutôt que de les abandonner. En voici un exemple dont tout Paris fut témoin :
Une de ces charitables filles étant allée servir un malade dans une maison du faubourg Saint-Germain, y était à peine entrée, que tout l'édifice, quoique presque neuf, s'écroula de fond en comble.
De trente personnes qui s'y trouvaient , il n'y en eut pas une seule qui ne fût ensevelie sous les ruines, à l'exception d'un petit enfant qui fut blessé, et de la sœur dont nous parlons , qui ne reçut pas même une égratîgnure. Pendant cet affreux désastre, elle était debout sur un coin de plancher, qui ne tomba pas, quoique tout le reste de ce plancher tombât; elle y resta immobile avec un vase à potage qu'elle tenait à la main. Une grêle de pierres, de poutres, de solives, de coffres, d'armoires, qui se précipitait des étages supérieurs, et rasait de fort près le lieu où elle était, parut la respecter. Elle sortit saine et intacte de cet amas de débris, aux accîai^iations d'une foule immense que ce fracas avait rassemblée.
Qui pourrait croire que ces filles toutes dévouées au soulagement des malades, et au service des pauvres, devinssent l'objet des plus sanglans outrages de la part d'une multitude d'hommes et de femmes, dont un bon nombre, sans doute, avaientétésoignéspar elles pendant
leurs maladies, ou secourus dans leur indigence! Rien n'est plus certain, et l'histoire des premiers jours de la révolution, entre autres forfaits, se trouve souillée des plus honteux traitemens exercés envers ces anges de la terre. La paroisse de Saint-Roch fut le théâtre de ces outrages, affreux précurseurs de tous ceux que devaient endurer dans la suite les personnes consacrées au service de Dieu , et aux fonctions de la charité chrétienne.
PRINCIPALES CIRCONSTANCES DE lA FONDATIOJÎ DES ENFANS-TR0LVÉ3.
La ville de Paris réunit toutes les extrémités dans sa vaste enceinte et dans son immense population. La misère y marche à côté de l'opulence; la vertu s y rencontre à coté du crime; les joies du théâtre y éclatent en même temps que les soupirs de la pénitence s'y font entendre; la pureté la plus austère s'y trou-
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ve avec le liberliiinge le plus effréné. De ce libertinage , et quelquefois de la pauvreté seule, naissent chaque année une multitude d'enfuis qui , du temps de Vincent , perdaient la vie avant de l'avoir connue, ou ne la connaissaient que pour en éprouver toutes les amertumes.
Leurs mères les sacrifiaient assez souvent le jour même où elles les avaient mis au monde. On exposait ces innocentes créatures aux portes des églises ou sur les places publiques. Si les commissaires de j)oîice les faisaient enlever , ce service était presque le seul qu'on leur rendait. Ils étaient transportés chez une veuve de la rue Saiul-Landri, qui, avec deux servantes, se chargeait de les élever. Comme le nombre en était considérable, et que les secours de la charité ne répondaient pas à la dépense qu'il exigeait, cette femme en laissait mourir la plupart de besoin et de langueur. Souvent même les servantes , importunées par leurs cris, leur donnaient, pour les endormir, un breuvage qui abrégeait leurs jours. Ceux qui échappaient a la mort,
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étaient donnés à qui voulait les recevoir, ou vendus à si bas prix, que quelquesfiis on en obtenait un pour quelques pièces de monnaie.
Ce ji'était pas toujours de compassion qu'étaient touchés ceux qui les achetaient. Les uns leur faisaient sucer à dessein le lait de femmes gâtées, d'autres les substituaient à des enfans de famille qu'ils avaient laissés périr. Plusieurs de ces petits infortunés étaient égorgés pour servir à des opérations magiques, ou à ces bains de sang que la fureur de prolonger la vie a quelquefois imaginés. Mais, ce qui élait plus déplorable, c'est que ceux qui n'avaient pas reçu le baptême, mouraient sans le recevoir, la veuve de Saint -Landri ayant avoué qu'elle n'en avait jamais baptisé ni fait baptiser aucun.
Le malheureux sort de ces enfans toucha vivement le cœur de notre saint. Résolu à y porter remède, il pria d'abord quelques dames charitables de se transporter chez la veuve, et de voir s'il ne serait pas possible d'arrêter un si grand
mal , ou au moins de le diminuer. Ces dames furent efl rayées du spectacle qui s'offrit à leurs yeux. Elles ne pouvaient se charger de tous ces enfans; elles voulurent du moins en prendre un certain nombre pour leur sauver la vie. Comme elles ignoraient les desseins de la providence, elles en tirèrent douze au sort; et louèrent, en i658, pour les loger, une maison à la porte Saint-Victor. Une d'entre elles, très-charitable, nommée madame Legras, qui entrait dans toutes les bonnes œuvres de Vincent, sous la direction de qui elle s'était placée, en prit soin avec 1(}S sœurs de la charité.
A CCS douze enfans, ces dames en joignirent successivement quelques autres.
La difierence qui se fit bientôt remarquer entre ces enfans et ceux qui restaient chez la veuve, attendrissait leur cœur pour ceux qu'elles y laissaient ; mais il n'était pas encore pt)ssible de les adopter tous. Enfin, après bien des prières et des conférences , il se tint, au commencement de l'année iG4o, une assemblée générale dans laquelle, à la sollici-
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tation de Vincent, les dames, qui étaient présentes , résolurent de s'en charger.
Pour subvenir à ce surcroit de dépense, la reine, Anne d'Autriche, obthit du roi douze mille francs de rente sur les cinq grosses fermes. Avec ces secours, l'établissement se soutint pendant quelques années; mais les besoins survenus en Lorraine , la crainte d'une révolution dans l'état, le nombre des enfans-trouvés , qui croissait tous les jours, et dont l'entretien allait au-delà de quarante mille francs, toutes ces considérations amortirent enfin le courage des dames de charité. Elles dirent, comme de concert, qu'une si grande dépense passait leurs forces , et qu'elles ne pouvaient plus la soutenir.
Afin de prendre un parti décisif sur cette grande affaire, Vincent indiqua une assemblée générale, à laquelle parmi les autres dames*assistèrent les Marillac, les Traversai, les Miramion. Il y mit. en délibération, si l'on continuerait la bonne oeuvre qu'on avait commencée , ou si l'on y renoncerait, et proposa les raisons
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pour et contre. D'un côté, il représenta que l'association n'avait contracté aucun engagement, et qu'elle était libre de prendre la décision qu'elle jugerait convenable; de l'autre, il fît voir à ces dames que, par leurs charitables soins, elles avaient, jusqu'alors, conservé la vie à un trèsgrand nombre d'enfans qui, sans ce secours , l'auraient certainement perdue ; que ces innocens , apprenant à parler, avaient appris à connaître et à servir Dieu; que quelques-uns commençaient à travailler et à se mettre en état de ne plus être à charge à personne^ et que des commencemens si heureux présageaient des suites plus heureuses.
Ce fut alors que ce saint homme, qui n'était plus le maître de ses soupirs, ni de ses expressions, prenant un ton [)1;îs palhélique et plus animé, acheva son discours par cet admirable trait d'éloquence : «Or sus, mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos cnfans ; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature
les ont abandonnés : Voyez, maintenant, si vous voulez les abandonner aussi. Cessez d'être leurs mères pour devenir leurs juges : leur vie et leur mort sont entre vos mains. Je m'en vai^ prendre les voix; il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne vouiez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront, si vous continuez d'en prendre un charitable soin; au contraire, ils périront infailliblement, si vous les abandonnez : l'expérience ne vous permet pas d'en dout(^r. «
L'assetnblée , vivement attendrie, ne répondit que par des larmes. L'onction de l'esprit saint s'étaiî insinuée dans tous les cœurs. Il fut arrêté, dans l'instant même, que, quoi qu'il en pût couler, il fallait conûnuer celte bonne œuvre. Ce fut en conséquence de cette résolution qu'on demanda au roi le château de Bicêtre, qui avait été rétabli sous Louis XII I, pour servir d'hôpital aux soldats invalides. On y transporta les enfans qui n'avaient plus besoin de nourrices. Quelque temps après, on reconnut que l'air était
trop vif pour leurs faibles poumons, et ou leur acheta deux maisons à Paris , l'une au faubourg Saint- Antoine, où la reine posa la première pierre de l'église; l'autre, en face de la cathédrale. Depuis ce temps les revenus d'un élablissement si conforme à l'esprit du christianisme, qui est tout charité, se sont considérablement accrus parles libéralités de nos rois, et par les legs que lui ont laissés, en difFérens temps, des personnes pieuses de tout état.
La révolution qui, semblable à un ouragan destructeur, a renversé tant d'institutions religieuses, utiles à l'humanité, n'épargna pas celle des Enfans -Trouvé?.
Si elle ne la détruisit pas, elle en chassa les vertueuses filles de Vincent de Paul pour les remplacer par des femmes qui n'avaient, pour la plupart, rien de l'esprit qui les animait, et dépourvues de l'expérience nécessaire aux personnes qui se dévonent au service de l'enfance. Des administrateurs, presque sans principes religieux, placés en môme temps à la tête de l'établissement, ne s'occupèrent
qu'à élever ces jeunes plantes confiées à leurs soins, de la manière la plus propre à leur faire porter des fruits empoisonnés. Ces élèves , si chers à saint Yincent de Paul, reçurent alors le nom (ÏEnfans de la patrie^ c'est-à-dire, de la révolution; vêtus d'un gilet bleu, et coiffés d'un bonnet rouge, ils devaient bientôt devenir autant de Séides, destinés, entre les m^ins d'un tyran , à répandre le sang des meilleurs citoyens, et à d('truire ce qui existerait encore des plus belles et plus utiles init.tiitions de Louis XIV, et des deux rois ses successeurs.
Bonaparte comprii la nécessité de ren« dre aux Enfans-Trouvcs leurs charitables institutrices, ou plutôt les tendres mères, dont ils avaient été privés peii^ dant l'espace de dix années, et en même temps de donner des maîtres instruits, zélés et religieux à ceux qui, parvenus à l'âge de raison, devaient commencer à se mettre en état de rendre un jour à la patrie les services qu'elle avait droit d'exiger d'eux pour les bienfaits
qu'ils en avaient reçus à un âge où leur existence élait exposée à des dangers aussi nombreux qu'imminens.
Mais ce qui avait été si heureusement commencé par cet homme, que la Providence semblait avoir suscité pour le rétablissement de la salutaire institution des fdles de Vincent de Paul, ne fut parfaitement achevé que par la restauration du monarque légitime. La religion reprit alors tout son empire dans les asiles des enfans-trouvés , ainsi que dans les paroisses où les sœurs se livraient au soin des malades ou à l'instruction des jeunes fdles. Ces enfans qui, dès l'âge de dix ans, étaient exercés, dans Ihosplce de la Pitié, plus souvent encore aux exercices militaires, qu'instruits de leurs devoirs religieux, et formés aux diiTérens métiers qui devaient leur assurer un jour une existence honorable dans la société, furent placés sous la conduite de mai- Ires qui, peu versés dans l'art de la guer^ re, Tétaient beaucoup dans celui de faire aimer la religion à leurs jeunes élèves, et de leur nspirer beaucoup d'ardeur pour
le travail. Ainsi tout fait espérer que la belle insliliilion de saint Vincent de Paul reprendra dans la capitale, et dans les provinces, tout leclat qu'elle avait perdu.
DEVOUEME.M GENEREUX DU CLERGE DE rRA>'CE PE>"DAM LA RÉVOLUTIO?f.
Quand un peuple est tombé dans Its derniers excès de la corruption et de l'irréligion, qu'il est devenu sourd à la voix de ses pasteurs, qu'il s'est fait d'autres dieux, pour ainsi dire, à la place du Dieu véritable, et que tous les moyens pour le rappeler à la vertu et à la piété , semblent être devenus inutiles, le Très- Haut lui envoie une révolution. A peine ce fléau est-il tombé sur lui , qu'une effroyable agitation s'y manifeste de toutes parts. L'état s'ébranle d'abord jusque dans ses derniers fondemens; enfin, après plusieurs secousses successives, il cède et tombe en ruines de tous côtés. Alors tous les vices, tous les crimes se
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débordent à la fois; la nation, que ce terrible fléau devrait faire rentrer en ellemême, devient plus dépravée, plus impie encore qu'elle n'était auparavant; la férocité et la cruauté, détestables qualités qu'on ne lui connaissait pas, paraissent au grand jour, et ajoutent une nouvelle horreur â ses autres vices. Ces malheureux effets ne sont-ils pas ceux que la révolution a produits dans notre France?
Cependant Dieu n'avait pas fermé pour nous tous les trésors de ses miséricordes. Du milieu de ce déluge de crimes, il fit sortir les •plus belles vertus et leurs plus sublimes exemples. Les ministres des autels, devenus les objets d'une haine presque générale, et contre lesquels se déchaînait de tous côtés la fureur des révolutionnaires , rappelèrent par leur patience, leur résignation, leur dévouement, les anciens et beaux jours du christianisiim, et l'héroïsme de ces premiers chrétiens dont la fermeté ne pouvait être ébranlée par les plus affreux supplices. -Dépouillés des biens que l'Église leur
avait confiés, ils supportèrent cette spoliation, qui les réduisait à la misère, sans aucun de ces soupirs que fait pousser l'inlérét personnel. S'ils en gémissaient, l'injuslice de cette mesure était la seule cause de leur afiliclion. « Ce n'est pas nous, disaient-ils, qu'on dépouille; c'est VEglise de Jésus-Christ, à laquelle on enlève le patrimoine des pauvres, en lui ôtant ces biens dont la piété de quatorze siècles l'avait rendue dépositaire.
On put bien ravir à ce clergé les terres consacrées par la religion; il ne fut pas si aisé de lui ravir sa foi. Quand les novateurs renversèrent l'?\ntique discipli'.je de l'église gallicane , et voulurent la séparer, par une constitution civile et schisniatique , de l'église romaine et de toutes les autres églises de la catholicité, ils s'étonnèrent de l'invincible résistance que leur opposèrent le corps épiscopal et la grande majorité du clergé du second ordre. Ce fut alc^ que le plus grand bien sortit du plus grand des maux; ce fut alors qu'en présence des peuples assemblés, on vit des pasteurs
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et d'autres ministres de la religion, faire une glorieuse et courageuse profession de leur inviolable attaclienienl à la chaire de saint Pierre, le vrai centre de l'unilé catholique. Ni les cris, ni les menaces, ni les dangers qui les environnaient, ni la crainte de l'indigence, de l'exil, ou de la mort même, ne put leur arracher un serment qu'ils regardaient comme un acte d'apostasie. Mais ce fut , lorsque leurs enneuiii les condamnèrent à la déportation, comme réfractaires, qu'ils présentèrent aux nations voisines de la Fran^ ce le spectacle le plus beau comme le plus douloureux. Par toutes nos frontières du nord, de l'est et du midi, on vit sortir, au mois de septembre 1792, un nombre prodigieux d'ecclésiastiques de tous les ordres, qui allaient chercher sur une terre étrangère la paix et la sûreté que la patrie leur refusait. Nous vîmes alors en Savoie, en Suisse, en Allemagne, des troupes entières de ces courageux défenseurs de la foi, priant le long des routes, s'entretenant de discours Teligieux, et portant à la vertu, par
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leur niodestiîî leur douceur et leur recueillement, les peuples des campagnes et des villes qu'ils traversaient. Mais ce qui causait le plus d'admiration, c'était le courage et la gaîté des vieillards, dont la tête couverte de cheveux blancs attestait les longs services dans le ministère pastoral. 3Iarchant à la tête des jeunes curés, vicaires, ou chanoines, ils prenaient à lâche, pour ainsi dire, de leur faire oublier qu'ils étaient entrés sur la terre d'exil. Tous, ou presque tous, dépourvus de moyens qui pussent prolonger long-temps leur existence, et les mettre au-dessus des inquiétudes du besoin, ils s'abandonnaient sans réserve aux secours de cette providence dont ils avaient été, en tant d'occasions, les instrumens à l'égard des peuples. Riches de leur foi et de leurs vertus, ils espéraient fermement que les plus indispensables nécessités de la vie ne leur manqueraient pas, chez des nations qui n'avaient abjuré ni leur croyance ni la pitié.
Cependant leurs persécuteurs ne pouvaient revenir de leur étennement lors-
qu'ils virent ces illustres victimes, dont ils avaient espéré abattre le courage par leurs décrets de proscription, quitter en foule sans nulle hésitation, parens, amis, propriétés , plutôt que de trahir leurs engagemens de chrétiens et de ministres des autels. Les peuples mêmes qui les injuriaient, les menaçaient le long des routes, ne purent s'empêcher de reconnaître en eux un grand caractère et de rendre justice à leur courageuse ferme-* té. Si les méchans et les impies éprou^ vèrent, malgré leur haine, un sentiment d'estime pour ce généreux clergé, que faut-il penser des sentimeus de ceux qui, dans ces temps malheureux, restaient attachés à la foi de leurs pères ! Sans doute ce fut pour eux un motif bien puissant d'y persister, un beau sujet d'encouragement et de consolation, en voyant leurs pasteurs, leurs pères spirituels, confirmer par l'exemple de leur fidélité les vérités sairites qu'ils leur avaient annoncées. Déjà le sang qu'un grand nombre de prélats et de prêtres fidèles avaient versé dans la capitale.
pendant les affreux massacres de septembre, avait été ime semence de bons et courageux chrétiens; l'injuste bannissement de tous ceux qui avaient échappé à cette boucherie, et les écîatans témoignages qu'ils rendirent à leur foi, occasionnèrent le retour à la religion d'un bon nombre d'autres qui l'avaient abandonnée. Ainsi tombèrent les calomnies, par lesquelles les ennemis de ce clergé l'avaient représenté comme dominé par tou'es les passions et surtout par la plus vile cupidité. Si la minorité des membres de Tégiise gallicane , en se séparant de l'église romaine, avait compté sur la reconnaissance et l'estime des novateurs, elle ne tarda pas à reconnaître qu'elle s'était trompée : le mépris public lui resta quand l'estime générale accompagna les proscrits.
Sans développer toute l'influence, que le massacre et la déportation des prêtres insermentés eurent en France sur le sort du christianisme et de la catholicité, nous dirons que, si ce royaume n'a point été privé de ce double bienfait de Dieu, il
en est redevable aux souffrances et aux persécutions clu clergé, ccyi^ime l'église naissante avait du ses progrès au martyre de ses enfans. ^
Les vertus que les prêtres français firent éclater au niiiieu des nations étrangères qui leur avaient donné asile, y augmentèrent le zèle des bons chrétiens, échauffèrent la tiédeur de ceux dont la foi et la charité étaient plus faibles, et furent plus utiles que tous les raisonnemens, pour convaincre lesprotestans des erreurs dans lesquelles ils étaient engagés. A Genève, dans h^s cantons proteslans de la Suisse, en Allemagne, en Hollande , en Angleterre, et jusque dans les Etats-Unis, les déportés ne furent pas accueillis avec moins de bonté et de considération que dans les pays catholiques. Ce n'était pas seulement la pitié , mais encore l'estime des gouvernemens qui leur attirait cet accueil. En effet, les bons catholiques ne pouvaient s'empêcher de convenir qu'il n'y avait qu'un esprit éminemment religieux , et qu'une parfaite conviction qui eussent pu déterminer un
aussi grand nombre d'ecclésiastiques a faire le sacri^ce de ce qu'ils avaient de plus cher à leur croyance. L'Angleterre surtout se distingua entre tous les autres pays de l'Europe, par sa munificence envers les vertueux proscrits. Si leur foi n'était pas la sienne , elle sut apprécier tout le mérite de leur dévouement.
On peut dire que, depuis la glorieuse époque de ses malheurs , notre clergé s'est acquis chez toutes les nations européennes une réputation impérissable de résignation , de constance dans l'adversité , et de fidélité à ses saintes doctrines.
CONSTANCE ET RESIGNATION DE LOUIS XVI DAXS LES DERNIERS MOMEXS DE SA VIE.
Le plus sublime spectacle dont l'univers puisse être témoin, est celui d'un bon roi qui, condamné à mort par ses sujets révoltés, s'avance vers l'échafaud avec la résignation et le courage que ses sentimens religieux lui inspirent encore
DU CHRISTIANISME. o6g
plus que celui de son innocence. C'est celui que l'infortuné et vertueux Louis XVI donna, il y a trente-deux ans, dans sa prison et sur Je théâtre de son supplice. Après avoir fait pour le bonheur de ses peuples tout ce qu'ils désiraient et tout ce qui était dans son cœur, il se vit abreuvé de calomnies et d'outrages pour avoir refusé son approbation à des lois subversives de l'église et de la monarchie. Enfermé dans une prison, ce petit-fils de Henri IV étonna se& persécuteurs par une constance, et, pour mieux dire, par un héroïsme qu'ils ne lui connaissaient pas. Tombé du plus beau trône de l'univers dans un abîme d'infortunes, et enfin condamné â perdre la tête sur un échafaud , il prouva par son exemple combien le christianisme est puissant pour élever l'homme au-dessus de luimême , et pour donner aux caractères faibles une fermeté presque surnaturelle, dans les momens où ils sembleraient ne pouvoir résister aux assauts multipliés du malheur.
Si vous considérez ce roi martyr dans
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sa prisoîi, vous serez pénétré d'admiration pour la tranquillité dans laquelle il maintient son ameau milieu des terreurs qui l'assiègent; pour la sérénité qu'il fait paraître dans les consolations qu'il s'efforce de donner à sa malheureuse famille; pour la douceur avec laquelle il parie à ses geôliers; pour cette grandeur d'âme qui le porte à pardonner à tous ses ennemis, quels qu'ils soient. Si vous le suivez (;n présence de ses juges, vous n'admirerez pas moins la dignité et l'égalité d'âme avec lesquelles il répond aux accusations injustes dirigées contre lui : à cette barre où il est traduit en présence de ses sujets , il ne dit rien d'indigne de son auguste caractère; il ne récrimine point ; il n'accuse personne; il veut porter seul tout le poids du malheur.
Maii^ c'est alors que vient d'être rendue contre lui l'injuste sentence dont nous frémirons pendant des siècles , que sa grande âme , que sa vertu se déploie tout entière. Dans ce moment terrible où les plus courageux , à la nouvelle qu'ils doivent bientôt mourir, sont saisis de crain-
te, et se livrent à de violentes agitations, il reste imperturbable, et le ministre, qui lui a appris que dans peu d'heures il aura vécu, confesse qu'il lui a paru au-dessus derhunianité. Dès ce moment, au lieu de se livrer à de tristes et décourageantes pensées, Louis ne s'occupa plus que de celles que sa piété lui inspirait; il détourna ses regards de cette* terre qu'il devait bientôt quitter, pour les élever vers le ciel qu'il allait habiter bientôt.
Le jour a lui où il doit s'acheminer vers le lieu de son sacrifice ; le moment est arrivé où les geôliers l'avertissent de sortir de sa prison pour s'y rendra. Un regard vers le lieu où il laisse sa famille plongée dans la douleur, un court gémissement, sont les seuls sacrifices qu'il fait à la nature. Avant d'être un saint, il fallait bien qu'il montrât qu'il était homme.
Pendant le long trajet qu'il eut à faire depuis sa prison jusqu'au lieu de son sacrifice , il ne parut plus tenir à l'humanité. Toutes ses pensées s'étaient tournées vers le ciel. La mort, par laquelle il devait passer pour arriver à rétcrnelle béa-
lilucle , cette mort , si terrible pour les âmes mal disposées à la recevoir, n'était à ses yeux qu'un passage aussi heureux que facile. Ceux qui le virent s'entretenant avec le prêtre courageux qui l'assistait dans ses derniers momens , s'étonnaient du contraste de la sérénité de l'un et de l'air affligé de l'autre. Enfin , il va monter sur cet échafaud qui va bientôt être rougi du sang de ce successeur de soixante-six rois; c'est Icà que. rempli de toutes les gi^andes inspirations du christianisme , et qu'animé de cette espérance d'immortalité qui ôte à la mort tout ce qu'elk a d'affreux , il baisse sa tète sous le glaive des bourreaux, et termine ainsi une vie vertueuse par une fin dont l'héroïsme tout chrétien fera l'admiration de tous les siècles.
SOUFFRA^fCES ET .MORT HEROÏQUE DE LA REINE ET DE MADAME ELISABETH.
Il était dans la destinée de la famille rovale de France de donner au monde
DU CflRISTlANISME. O'JÔ
le spectacle des plus sublimes vertus que la religion chrétienne puisse inspirer.
Déjà Louis XVI avait échangé une couronne périssable contre une couronne immortelle, lorsque la reine Marie- Antoinette, son épouse, fut amenée de la prison où elle avait partagé ses douleurs et sa patience, devant le tribunal le plus vil, le plus inique et le plus sanguinaire qui eût jamais été institué pour juger les hommes. Considérez, dans une admiration aussi vive que profonde, cette fille des Césars en présence de cet exécrable aréopage. Quelle assurance dans son maintien 1 quelle sagesse et quelle dignité dans ses réponses! Elle se justifie des griefs les plus humilians, sans aigreur, sans impatience, et entend son arrêt de mort, avec la mêmetranquillitéet la même résignation que l'infortuné Louis avait entendu la lecture du décret qui l'envoyait à i'échafaud. La lettre qu'elle écrivit ensuite à sa belle-sœur, madame Elisabeth , est un précieux monument qui nous découvre tout ce qui se passait alors dans son âme de noble et de généreux.
Elle oubliait, en l'écrivaut, ses humiliations, ses souffrances, et le supplice qui (levait dans quelcjues heures les terminer, pour y exprimer tout ce que la tendresse d'une mère, tout ce que l'amitié et la reconnaissance ont de plus touchant et de plus digne d'admiration. Il fallait donc qu'elle arrivât à cet affreux moment, pour que ses ennemis reconnussent, avec la dernière évidence, toute l'injuslice de leurs accusations, et tout ce que son cœur renfermait de belles qualités!
Enfin , arriva le moment fatal ; le bruit des verroux se fit entendre; la porte de la prison s'ouvrit; la reine de France sortit précédée de 1 exécuteur de sa sentence de mort. Elle monte avec fermeté sur la charrette où elle doit être conduite au lieu de son supplice. La foule innombrable, qui est accourue sur son passage, s'étonne de l'assurance tout à-la-fois modeste et majestueuse qui brille sur son front dans ces momens suprêmes. jNuIîe j crainte, nulle faiblesse ne trahit le grand = caractère qu'elle a montré devant ses juges. Arrivée au pied du théâtre de son
DU CHRÏSTIÀINISME. 3-^5
sacrifice, elle y monte avec le plus intrépide courage; sa (ôte tombe , et sou âme prend son essor vers le's cieux, pour aller se réunir à celle du roi martyr.
Les vertus de madame Elisabeth ne rendirent pas sa fin tragique moins glorieuse que celle delà reine, sa belle-sœur : même dignité, même résignation, même modestie, même fermeté, au milieu des
mêmes humiliations.
Quelle autre religion que le christianisme aurait pu élever 1 ame de ces deux princesses à une telle hauteur; rendre la faiblesse de leur sexe supérieure à la nature elle-même , à tout ce que l'on peut imaginer de plus capable de l'effrayer et de l'abattre? Au sein des grandeurs de la terre, on louait leur bonté, leur douceur; au sein de l'infortune on admira leur constance Ainsi, dans les deux extrémités des destinées humaines, la foi qui les éclairait et les animait, les rendit également victorieuses de l'orgueil qui s'attache à la première, et du découragement qui accompagne la seconde.
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ADMIRABLES VEllTUS DES PAPES PIE VI ET PIE VII.
Jamais les vertus chrétiennes n'ont plus d'éclat et ne sont d'un plus bel exemple, que lorsqu'elles brillent sous la couronne ou sous la tiare. Dans les particuliers, leur utile influence n'agit que dans un cercle plus ou moins circonscrit; mais dans les rois et les pontifes elle s'étend, pour ainsi dire, jusqu'aux bornes du monde : c'est un flambeau , placé sur une montagne , qui projette sa lumière à une immense distance , et que les yeux de toutes les nations peuvent apercevoir.
Si les grands exemples que Louis XVI, la reine Marie-Antoinetle et madame Elisabeth ont donnés à l'univers, sont cà jamais la gloire de la religion qui leur avait inspiré leurs vertus^ ainsi que l'édiflcation de tous les peuples qui ont entendu le récit de leurs malheurs, nous pouvons dire que si les saints pontifes, Pie VI et
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Pie VII, n'ont point éprouvé les mêmes catastrophes, ils ont des droits à la même admiration par le zèle infatigable avec lequel ils ont maintenu la pureté de la doctrine chrélienne, par la longue et invincible patience qu'ils ont montrée dans Jes persécutions miscitées contre eux ; par leur inaltérable douceur au milieu des indignes traitemens dont ils étaient l'objet.
A peine Pie YI était assis sur le trône pontifical, que l'empereur Joseph II, qui s'était laissé pénétrer, sans s'en apercevoir peut-être, des principes de la moderne philosophie, entreprit, dans ses provinces des Pays-Bas, des réformes religieuses sans le concours de Tautorité pontificale. Plusieurs monastères supprimés, d'anciens usages religieux abolis ou changés, de nouvelles doctrines enseignées dans les rescrits impériaux, tout annonçait dans ce prince l'intention de s'affranchir jusqu'à un certain point, dans le gouvernement de ses vastes états, de la puissance spirituelle des pontifes romains ; les philosophes et même les sec-
taires se félicitaient de le compter bientôt au nombre de leurs adeptes.
Pie VI, profondément affligé de ses innovations, lui fait d'abord entendre la voix du père commun des fidèles; il l'avertit avec tous les ménagemens que réclame la dignité inM|priale , mais avec le zèle qui doit animerlc premier pasteur de l'église catholique , de s'arrêter dans la voie dangereuse où il s'est engagé. Pénétré de douleur en apprenant l'inutilité de ses charitables avis , il part de Rome pour Tienne, malgré son âge avancé et la longueur de la route qu'il doit parcourir avant de trouver la brebis qui commence à s'égarer. Pveçu dans la capitale de Tx^utriche avec tous les honneurs dus à sa haute dignité, ce ne fut pas sans la plus vive douleur qu'il vit le monarque autrichien, se bornant à ces témoignages de son respect pour le chef de l'église, poursuivre l'accomplissement de ses desseins.
De plus grands sujets d'épreuves , réservés à ce vénérable pontife, par les impénétrables décrets de la Providence, de-
valent meltre sa vertu dans tout son jour. Arrive en France cette révoîntion par laquelle la philosophie avec toutes ses inipiélés allait triompher de la religion catholique et proscrire ses ministres. La constitution civile du clergé, qui renversait l'ancienne discipline de l'église gallicane, et séparait le clergé français de l'église romaine , ce centre de l'unité, porîa un coup terrible au cœur de Pie VI. Cependant ce fut alors qu'il parut avoir repris, comme l'aigle , toute la vigueur de sa jeunesse, par la vive sollicitude et le zèle ardent qu'il montra dans cette déplorable circonstance. Alors , le corps épiscopal , coiiseillé par sa sagesse et soutenu par sa fermeté^ repoussa avec le plus grand succès les attaques de l'erreur, et mit au plus grand jour l'impiété de ses doctrines. De Rome partait incessamment la lumière qui devait éclairer les pasteurs et montrer à leur troupeau le chemin de la vérité. Qu'on lise les brefs nombreux, adressés par ce saint pape aux archevêques et évéques de France, et l'on ne pourra s'empêcher d'admirer sa charité,
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sa sollicitude, son zèle, son courage, et l'étendue de ses lumières.
Ce fut par ces qualités, qui lui attirèrent la reconnaissance de toute l'église, qu'il mérita la haine des révolutionnaires, et devint digne de leurs persécutions. Après le départ pour l'Egypte du général Bonaparte, qui l'avait consolé par des témoignages de respect et par de bonnes apparences en faveur des prêtres français, chassés de leur patrie , il se vit en butte à la fureur du directoire exécutif. Après avoir résisté, avec une constance inébranlable à des propositions de ce gouvernement, que sa conscience repoussait, il fut enlevé de son palais , à l'âge de quatre-vingts ans , et transporté en France , au milieu des peuples consternés qui, assemblés sur les chemins où il passait, lui demandaient sa bénédiction, comme celle d'un martyr.Traité, presque sans nul égard pour sa vieillesse et pour sa dignité, il étonne ses grossiers et insensibles conducteurs par sa tranquillité, sa douceur, son humilité, et dans les fers il ne se montre pas moins grand, moins majestueux
que sur le trône pontifical. Il traverse les Alpes, et arrive enfin , excédé de fatigues, sur le territoire de cette France, qui, de royaume très -chrétien, est devenue le centre de toutes les erreurs. Ses yeux se mouillent de larmes d'attendrissement et de compassion, lorsqu'il voit les habitans des villes et des campagnes, bravant les menaces de ses ennemis, accourir sur son passage, se prosterner devant lui , le conjurer de les bénir et l'accompagner de tous les témoignages de leur affection et de leur respect jusqu'à Valence, où il doit terminer sa laborieuse et sainte carrièrCo
Où est le sage , où est le vieillard qui sait ainsi souffrir et mourir, sans murmurer, sans se plaindre de ses persécuteurs ? Parfait imitateur de cet Homme-Dieu dont il était le vicaire sur la terre, le vénérable Pie VI a rendu s^ mémoire immortelle par toutes les vertus qui caractérisent les vrais chrétiens et les saints pontifes.
Pie VII, devenu son successeur dans des circonstances plus favorables, offrit
au monde le spectacle des mêmes vertus. Ami de la paix , il se hâta de profiler des bonnes dispositions que le chef du gouvernement français faisait paraître, en faveur de la religion catholique, pour relever ses autels et lui rendre une partie de l'influence qu'elle avait perdue. A cet effet, il consentit à un concordat, où, par quelques sacrifices , il espérait amener les choses à un point tel que l'église de France recouvrerait insensiblement son premier éclat. Par ce même amour de la paix, très-compatible avec la fermeté apostolique, il se décida à venir à Paris donnerronction sacrée à celui qu'il regardait comme un instrument, dont la Providence venait de se servir pour réparer les désastres de la catholicité. Si quelques personnes regardèrent ce voyage et celte consécration comme un acte de faiblesse ée la part de ce vertueux ^ pontife, le plus grand nombre lui a rendu justice, en exaltant la victoire qu'il avait alors remportée sur ses propres répugnances. Certes, il lui fallait un grand courage et des motifs bien déterminans
pourenireprendre un si long voyage dans une saison pluvieuse et froide, où il avait à traverser de hautes montagnes, couvertes de neiges, et malgré les incommodités auxquelles il exposait sa vieillesse.
Ce fut avec une bien vive admiration que les fidèles de tout état, contemplèrent les aimables vertus de ce chef de l'église catholique. Dans quelque lieu qu'il portât ses pas, il captivait tous les cœurs par sa bonté, et son extrême douceur.
Nous ne rapporterons que le trait suivant, qui fait connaître jusqu'à quel point il était doué de ces deux aimables qualités. Un jour qu'il traversait la grande galerie du musée, au milieu d'une nombreuse multitude de fidèles, agenouillés pour recevoir sa bénédiction, un jeune homme, prétendu esprit fort, crut se distinguer, en restant debout et la tête couverte au moment où ce vénérable pontife passait devant lui : « Apprenez, monsieur, lui dit le successeur de saint Pierre, qui avait jeté les yeux de son côté, que la bénédiction d'un vieillard est toujours bonne à quelque chose. »
Les mêmes afflictions qui avaient conduit au tombeau la vieillesse de Pie VI, attendaient celle de Pie VII. A peine quelques années s étaient écoulées d(^puis son retour de Paris à Rome^ que l'homme dont il avait consacré l'usurpation, dépouilla l'église romaine de son patrimoine, abolit, pour ainsi dire, le siège de Rome, pour le transporter en France, et le fît enlever lui-même du milieu de son peuple consterné, pour en faire son prisonnier dans la ville de Fontainebleau.
Un traitement si barbare ne fit point fléchir la fermeté du saint pontife. Non moins inébranlable pendant sa captivité, il sut résister à toutes les menaces de son persécuteur, et par sa haute sagesse se défendre de tous ses artifices, éviter touà les pièges qu'il lui tendait. Résigné à la perte de sa puissance temporelle, à la spoliation de son église, à la dispersion du sacré collège; resté seul avec Dieu et avec sa pauvreté^ il imposa par l'empire et la majesté de sa vertu à celui qui faisait trembler les plus puissans rois de l'Eu- ♦ rope. Nulle concession contraire aux saiu-
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tes lois de l'église ne déshonora ses cheveux blancs; jamais plus belle victoire ne fut remportée sur un conquérant, que celle dont il était redevable à sa patience invincible, à son attachement inviolable aux droits de son siège et aux principes de la catholicité.
SAINTS ETABLTSSEMliNS, SOUTENUS OU FORMES EN FHANCE PAR LES FIDELES, DEPUIS LA RESTAURATION.
L'esprit du christianisme, inspirateur de toutes les bonnes pensées et de toutes les bonnes actions, s'est réveillé en France, depuis que ce royaume est rentré sous l'autorité de ses princes légitimes. En moins de dix années, il a fait disparaître presque toutes les traces que Tirréligion ou rindiflerence religieuse avait laissées dans la capitale et dans les provinces. Les anciens hospices, dont plusieurs étaient presque délaissés, ou livrés à une mauvaise administration, ont été secouais par les largesses de personnes chari-
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tables qui ont cru ne pouvoir mieux sanctifier leur passage de cette vie à l'autre, qu'en admettant au partage de leurs richesses ces asiles de l'humanité souffrante. De nouveaux hospices ont été fondés dans les lieux qui en manquaient, par les mêmes bienfaits et les mêmes motifs; et dans tous ces établissemens, consacrés aux œuvres de miséricorde, les vertueuses filles de saint Vincent de Paul ont été appelées à remplir leur charitable et courageux ministère. Là, on ne voit plus de malades abandonnés aux accès de l'impatience, ni à l'indifférence sur leur salut éternel. Les consolations de la piété, les instructions et les secours religieux s'approchent incessamment de leur couche; et en même temps que la charité travaille à la guérison de leurs maux corporels, son zèle s'occupe avec ardeur de celle des maladies de leur âme.
De nombreuses églises réparées, embellies, et pourvues des ornemens nécesgaires à la pompe du culte divin; les cimetières entretenus dans la décence convenable; des pasteurs, encouragés par Ils
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i)ienfaits de leur troupeau, à en répandre d'autres parmi leurs pauvres paroissiens, tels sont, en partie, les effets de l'esprit religieux qui a remplacé parmi nous l'esprit de la jévolution.
Par ce même esprit, les séminaires se sont remplis de jeunes clercs, destinés à le propager, soit par les missions, soit par le ministère pastoral, et à dédommager ainsi l'église de France, des pertes nombreuses qu'elle a faites et qu'elle fait chaque jour des vieux ministres, échappés aux massacres, à la déportation, et à d'autres persécutions.
Que dirons-nous de ces communautés de vierges, et de ces nombreuses associations qui se sont formées dans presque tous nos départemens , soit pour vaquer plus librement à la contemplation des choses du ciel, soit pour chanter, la nuit comme le j^our, les louanges de Dieu, soit pour élever la jeunesse dans les principes de la religion de Jésus-Christ, soit enfin pour secourir l'infortune et soulager les misères humaines? A quelle autre source ces associations ont-elles puisé
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leurs motifs en se formant, qu'à cotte source divine d'où découlent toutes les vertus , que dans ces maximes de cliarité envers Dieu et envers les ho rimes, que le christianisme seul noue enseigne et Dous donne la force de pratiquer?
C'est en vain qu'une fausse sagesse s'effraie du nombre de ces communautés; quelle crainte peuvent-elles inspirera une nation calhoiique? Ce n'est que dans le silence delà charité et de la piété qu'elles suivent la carrière que l'esprit reHgieux leur a ouverte. Toute leur ambition se borne à se faire connaître par de bonnes œuvres, et à prouver, par l'exemple de leurs vertus, que Dieu n'a pas encore détourné du royaume de Saint-Louis les rcirards de sa miséricorde.
ILN.
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