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PRINCIPAUX TRAITS DE LA VIE DE SAINT VI-\CE>'T DE PAUL

Ce grand saint naquit le mardi de pâques, 24 avril iSjô, dans un hameau de la paroisse de Pouy, au diocèse d'Acqs , vers les Pyrénées. Son père se nommait Guillaume de Paul, et sa mère, Bertrande de Moras. Il était le troisième de leurs six enfans , dont quatre garçons. Employé, comme ses frères , aux travaux de

la campagne , il fut chargé de la garde du troupeau de son père.

La première des inclinations que montra cet enfant fut un grand amour pour les pauvres. Son pain, ses habits mêmes n'étaient plus à lui, quand il rencontrait un malheureux. Ayant amassé trente sous, somme considérable pour lui, bien plus encore dans un temps et dans un pays où le numéraire était d'une extrême rareté, il le donna à un pauvre qui lui parut dans le besoin le plus pressait.

Il avait douze ans quand son père, frappé de sa pénétration et de la vivacité de son esprit, résolut de le faire étudier chez les cordeliers de la ville d'Acqs. En quatre années d'étude, devenu capable d'instruire les autres , il fut chargé de l'éducation des deux fîls de M. Commetcélèbre avocat d'Acqs, et juge de Pouy. Dans ce petit poste, il continua ses études, pendant cinq ans, sans être à charge à sa ûmiille. Après les avoir achevées*, il reçut la tonsure et les ordres mineurs le 20 décembre 1696, et partit, pourcom-

mencer son cours de théologie, à Vunivérsilé do Sanjgosse. Dégoûlé de certaines disputes théologiques qui s'étaient élevées entre les professeurs, il revint à Toulouse continuer le cours qu'il avait interrompu.

Pendant les vacances, il fut obligé de se retirer dans la petite ville de Buset , et de s'y charger de l'éducation de plusieurs enfans de condition; mais voulant à quelque prix que ce fût achever se& études théologiques, if revint à Toulouse avec ses jeunes élèves, dont il ne cessa pas d'être l'instituteur, lorsqu'il était luimême disciple d'autres maîtres. Apres sept années de théologie, il fut reçu bachelier, et entra successivement dans les ordres du sous-diaconat, du diaconat et de la prètrifc.

Quelques mois après qu'il eut terminé son cours de théologie , une personne pieuse l'institua son héritier. Comme il lui revenait, en vertu de cette succession, douze ou quinze cents livres d'un homme qui s'était retiré à Marseille, il se ren-

dit dans cette ville, et se contenta de trois cents écus.

Lorsqu'il était sur le point de s*en retourner à Toulouse, un gentilhomme languedocien l'invita à prendre avec lui la voie de la mer. C'était au mois de juillet, le temps était favorable à la navigation, et dès le jour même on comptait arriver à Narbonnc. Trois briganlins barbaresques attaquèrent les bâlimens, peu d'heures après qu'ils furent embarqués, et s'en rendirent maîtres après un combat dans lequel Vincent reçut un coup de flèche. Les barbares, après avoir enchaîné leurs prisonniers, conîinuèrent cà exercer leur brigandage pendant sept ou huit jours, et enfin chargés de butin ils prirent la route de Tunis. Vincent fut d'abord acheté par un pécheur, et ensuite revendu à un vieux médecin chimiste, chez qui il se vit obligé d'entretenir le feu de dix ou douze fourneaux, sans éprouver néanmoins aucun mauvais traitement. Ce médecin ayant été appelé à Conslanlinopîe par le grand - seigneur

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AchiP.et P, il lomba au pouvoir de son neveu qui b'cntôt après le vendit à un renégat originaire de Nice en Provence.

Ce nouveau maître mena son esclave dans un lieu désert qu'il faisait valoir comme fermier du prince. Vincent occupé à y cultiver la terre, semblait devoir perdre jusqu'à l'espérance de jamais recouvrer sa liberté, lorsqu'un événement inattendu vint le délivrer de ses chaînes.

La seconde femme du renégat, qui était Turque de naissance et de religion, lui commanda un jour de chanter les louanges de Dieu. A cet ordre imprévu, des larmes coulent de ses yeux, et il entonne le psaume Super flumina Babyionis ^ et ensuite îe Salve regina. Après quelques autres chants semblables, il parle à la ^lahométane de la grandeur et de l'excellence de ia religion chrétienne. Cette femme, vivement frappée de ce qu'elle a entendu , va aussitôt rendre compte à son mari de l'entretien qu'elle^ a eu avec son esclave, et lui dit franchement qu'il a ou grand tort de quitter sa

religioi). Le rencgat, confus , ne lui fît aucune réponse; mais le lendemain, tourmenté par ses remords, il s'ouvrit à Vincent, et lui promit de saisir la première occasion de s'échapper avec lui. Au bout de dix mois cette occasion se présenta : le maître et l'esciave s'embarquèrent sur un esquif, malgré l'extrême danger qu'ils devaient courir sur cette frêle embarcation, et la pensée de l'affreux supplice qui les attendait, s'ils étaient arrêtés. Ils invoquèrent la protection de celle à qui l'Eglise donne le nom iï étoile de la rner^ et leur espoir ne fut pas confondu. Ly 28 juin 1806, ils arrivèrent à Aigues- Morles, d'où ils se reodiiftnt à Avignon. Le renégat fut réconcilié publiquement dans l'église de Saint-Pierre, par le vicelégat, Joseph Ferréri, archevêque d'Urbin.

D'Avignon, Vincent de Paul partit pour Rome avec monseigneur Montorio, prédécesseur de Joseph Ferréri. Pendant le séjour qu'il fit dans celte ville, les ministres français, chargés des affaires durci auprès de PaiU V, le chargèrent auprès

de ce monarque d'une commission importante qui demandait beaucoup de sagesse et de discrétion. Il arriva en France vers le commencement de l'année 1609, et entretint Henri IV au5^i long -temps que l'exigeait lafFaire pour laquelle il avait été envoyé.

Après la mort de ce prince, nommé par Louis XIII à l'abbaye de Saiiit-Léonard de Chaulmc, il commença par remplir tous les devoirs de la charité chrétienne. Il visitait assidûment les malades de l'hôpital de la Charité, les servait avec toute l'attention possible, et par de touchantes exhortations , les encourageait à supporter l^rs maux avec patience et résignation à la volonté de Dieu.

Il n'y avait pas un an que notre saint était à Paris, lorsc»ac sa patience fut mise à une épreuve capable de lui faire regretter les chaînes qu'il avait portées à Tunis.

Il logeait dans une même chambre avec le juge d'un village situé à peu de distance de Pouy. Celui-ci, sortant un jour de grand malin, oublia de fermer une

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armoire où il avait déposé son argent.

Vincent^ qui devait prendre médecine , resta au lit. Celui qui la lui apporta, en cherchant un verre de tout côté, trouva le dépôt et l'emporta. La somme était de quatre cents écus.

Le juge à son retour, surpris de ne plus trouver sa bourse, la demanda aussitôt, et finit par s'emporter contre Vincent qui lui répondit qu'il ne l'avait ni prise, ni vu prendre. A cette réponse, il éclate sans ménagement , chasse notre saint de sa société , et va le décrier partout comme un scélérat consommé. Dans une conjoncture si affligeante pour un jeune étranger et pour un prêtre qui a besoin de toute sa réputation, Vincent ne perdit point la paix du cœur. Il conserva une si parfaite égalité d'esprit, que les gens de bien qui l'observèrent de près, estimèrent plus que jamais sa vertu et le talent singulier qu'il avait déjà de posséder son âme dans le calme et la patience.

Celui de tous qui l'admira le plus, mais beaucoup trop tard , fut le juge

même qui l'avait si cruellement traité.

Le voleur qui, comme lui, était des environs de Bordeaux , ayant été arrêté pour un nouveau crime , pressé des remords de sa conscience, fit prier le juge de Sore, qu'il savait être le propriétaire de la bourse, de se rendre auprès de lui, s*avoua coupable du vol. et lui promit une entière restitution. Ce magistrat sentit alors toute lindignité de sa conduite à l'égard de Vincent ; il le conjura par une lettre de lui envoyer sa grâce, en protestant que, s'il la lui refusait, il irait à Paris se jeter à ses pieds et la lui demander la corde au cou. Le saint prêtre lui épargna les frais et la peine d'une démarche si humiliante.

Vincent, animé d'un zèle ardent pour le soulagement et le salut des forçats, après avoir obtenu du général des galères que tous ceux qui étalent renfermés dans les différentes prisons de la capitale, fussent réunis dans une maison du faubourg Saint-Honoré , les visitait souvent, et leur parlait de Dieu avec autant de douceur que de force. Son zèle fut

couronné du plus heureux succès, et il eut la consolation de voir des hommes qui, pendant une longue suite d'années, avaient oublié Dieu , s'approcher des saints mystères avec frayeur, amour et reconnaissance.

Nommé, en iGsg, aumônier général de toutes les galères du royaume, il fit, l'année suivante, le voyage de Marseille. Son dessein était d'examiner s'il pourrait faire pour les galériens ce qu'il avait fait pour ceux de la capitale. En arrivant, il ne voulut point se faire connaître, afin d'éviter les honneurs attachés à la dignité d'aumônier général. Peu de temps après son arrivée, en allant de côté et d'autre sur les galères pour examiner comment tout s'y passait, il aperçut un forçat qui se désespérait, parce que son absence livrait sa femme et ses enfans à l'extrême misère. Effrayé du danger que court le salut de ce malheureux, il réfléchit quelques instans au moyen d'afloucir la rigueur de son sort. Son imagination ne lui fournissait aucun expédient qui le satisfît, lorsque, emporté par

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un mouvement sublime de charité, il va conjurer Tofficier de garde d'agréer qu'il prenne la place de ce forçat. L'échange est accepté.

Ce ne fut qu'au bout de quelques semaines qu'il fut reconnu; et il ne l'eût pas été sitôt si la comtesse de Joigni, dont il était le directeur, étonnée de ne point recevoir de ses nouvelles , n'eût ordonné des recheYcheâ auxquelles il était difficile qu'il échappât. On se souvenait encore à Marseille de cet événement, lorsque les prèlres de la n]i3sioa y furent établi?, c'est-à-dire plus de vingt ans après.

Un neveu de ce saint prêtre accourut du fond de sa province à Paris , dans l'espérance qu'il lui ferait beaucoup de bien. Le serviteur de Dieu venait de fonder la congrégation des prèlres de la mission au collège d<.'S Bons-Enfans. Il était dans sa chambre lorsqu'on lui annonça qu'il y avait en bas un paysan qui se disait son neveu, et demandait à lui parler. La nature souffrit un peu dans ce n^omcnt. 11 pria d'abord un de ses

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prêtres d'aller rece.voir ce pircnt; mais aussitôt se surmontant lui-même, il descendit jusques dans la rue où son neveu était resté. Il l'embrassa tendrement, le prit par la main, l'introduisit dans la cour, fit appeler tous ses prêtres, et leur dit que c'était le plus honnête homnic de sa famille. 11 iit encore plus : il présenta ce pauvre parent à toutes les personnes qualifiées qui vinrent le visiter. Au reste, ce bon jeune homme qui, en arrivant à Paris, avait cru sa fortune (liite, fut bien trompé dans ses espérances. Son oncle le renvoya à pied, comme il était venu, ne lui donnant que dix écus pour faire son voyage , encore les demanda-t-il par aumône à la marquise do Maignelai : et c'est la seule fois qu'il ait demandé un secours pour sa famille.

Il y avait environ dix-sept ans que Vincent de Paul avait établi des confréries de la charité en faveur des pauvres malades. Ces associations ayant passé de la campagne dans les villes, un bon nombre de femmes de qualité voulurent y entrer, les unes parce que c'était la mo-

(le, les autres par dt*:i motifs plus purs; mais leurs nîaris craignant pour elles les impressions du mauvais aîr, leur zèle se ralentit. 11 fallut donc s'en rapporter à des dotnestiqucs. Comme la plupart ne montraient ni affection pour les malades, ni habileté à les servir, on voyait dépérir chaque jour une si utile institution.

Pour remédier à ce double inconvénient, on jugea qu'il fallait se procurer des servantes, dont Tunique occupation fût de distribuer chaque jour aux malades les alimens et les remèdes convenables. Une veuve riche, nommée Legras, que Vincent de Paul dirigeait, lui envoya, en i655, de la campagne, trois ou quatre fdles qui paraissaient disposées à remplir les plus pénibles fonctions de la charité. Ces premières fille?, que le pressant besoin des pau\res ne lui permit pas d'instruire long-temps, édifièrent toutes les paroisses où il les envoya. Leur modestie, leur douceur, leur zèle à servir les malades, la pureté de leur vie , charmèrent toutes les personnes qui

les connurent. De si beaux exemples touchèrent plusieurs autres jeunes filles qui, comme elles, vinrent se consacrer au service des pauvres.

Tels furent les commencemens de cette communauté de vierges qui, sous le nom de filles de la Charité, eurent jusqu'à trente-quatre maisons dans la ville de Paris. Aussi petite dans sa naissance que le grain de sénevé, elle est, comme ce grain, devenue un grand arbre. Ses racines se sont étendues dans toutes les parties de la France , et jusqu'en Pologne. Bientôt l'orphelin, si long-temps délaissé, la veuve désolée , le soldat couvert de blessures et de sang, les pauvres honteux, les malades de toute espèce, respireront à l'ombre de ses rameaux , et y trouveront la nourriture et la santé.

L'intention de Vincent et de sa charitable coopératrice n'avait d'abord été que d'aider dans les paroisses les malades dépourvus de secours. Les desseins de Dieu s'étant manifestés dans la suite, ce saint instituteur chargea, peu à peu, ces filles charitables de l'éducation des enfans

trouvés 5 de i'instructioii des pauvres filles, du soin d'un grand nombre d'hôpitaux, et même des criminels condamnés aux galères.

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