LA MORTE
Une cellule étroite. Absorbé par l'étude, Le jeune et maigre moine, aux grands yeux gris de fer, Parcourt, dans le silence et dans la solitude, Un grimoire ancien. C'est la Clef de l'Enfer.
Minuit sonne. Son sein palpite, plein de fièvres; Le souffle du désir dessèche ses poumons. Il n'y peut résister, et, remuant les lèvres, Apre, sombre, il évoque au hasard les démons :
« Esprits, je veux le corps de la plus belle femme. Qu'il revive une nuit, radieux et vainqueur! Je n'ai plus de sommeil; dans mon sang court la flamme; Aux sources de l'amour je veux baigner mon cœur. »
C'en est fait. Il a dit la magique formule; Les esprits ténébreux, là-bas, l'ont écouté. L'ombre s'ouvre, et vers lui, du fond de la cellule, S'avance lentement la morte en sa beauté.
Mais quel trouble subit le pénètre et le glace? Pourquoi donc cette horreur en ses yeux inquiets? La morte vient au moine; ils sont seuls, face à face, Se regardent l'un l'autre et demeurent muets.