‹ Beautés étrangèresChapitre 16 sur 28 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

Comme aux fenêtres de Versailles Le matin luit avec amour 1 Mais, dans ces royales murailles, L'étrange spectacle en plein jour!

Là, plus brillante que l'aurore, Marie-Antoinette apparaît :

Son grand lever se tient encore Avec un fastueux apprêt.

Parmi tant d'exquises richesses, Voici les abbés damerets Debout derrière les duchesses Qui siègent sur leurs tabourets.

Amples paniers, jupe bouffante, Taille fluette et sans défauts, Chacune fait voir, triomphante, Ses petits pieds aux talons hauts.

Quel expressif et gai langage

Ont, sous le léger falbala,

Les pieds mignons! — Mais quel dommage

Que les têtes ne soient plus là !

Car à toutes, même à la reine, La tête manque; et c'est un peu Ce qui fait que leur souveraine N'est point coiffée « à l'oiseau bleu ».

O fiers Césars, votre héritière, Celle dont la ville et la cour Admiraient la coiffure altière, Pareille à quelque haute tour,

Elle est sans poudre, elle est sans tête, Sa gracieuse Majesté, Régnant désormais, triste fête!

Sur un monde décapité.

Et ce monde, plein d'assurance, Va, vient, suivant les anciens goûts; On entre, on fait la révérence...

Mais plus de têtes sur les cous!

Parmi les trumeaux clairs des portes, Les dames se groupent en rond, Sans réfléchir qu'elles sont mortes Et que la tête manque au tronc.

Une marquise au fin corsage Semble écouter de doux propos Et, faute d'avoir son visage, Minaude avec le bas du dos.

Au vent, la tenture frissonne; Le soleil y glisse un regard, Rencontre cette horreur bouffonne Et soudain recule, hagard.

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