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DONT ON SE PRÉOCCUPE LE MOINS

On prétend qu'un tableau ne doit pas être un Irompc-îœiL Je ne vois pas sur quoi

peut être fondée une pareille opinion ; autant vaudrait dire, qu'un tableau sera d'autant plus parfait, qu'il ressemblera moins à l'objet que l'artiste a voulu peindre.

Au surplus , on peut être bien tranquille. D'après la manière dont les tableaux sont placés, il est bien certain qu'ils ne produiront jamais l'effet de trompe-l'œil. Ainsi, en 1861 les chevaux de M. Luminais galopaient à 4 mètres au-dessus du plancher de la salle d'exposition.

Dans une scène d'embuscade par M. Damaresq, il fallait lever les yeux pour voir le €l«s des soldats couchés à plut ^^entre sur le sî®l à 3 mètres an-tle^^M^ de la tête du spectateur.

Un tableau de baigneuses par M. Riedel, était d'abord convenablement placé , à la hauteur de la balustrade. On l'a remonté d'environ un mètre- de sorte qu'après ce changement, il fallait lever la tête pour voir des femmes qui étaient dans l'eau.

Dans la grande forêt de Courbet, on voyait des cerfs qui se lutinaient à la hauteur d'un 2^ étage. Accroché au point le plus élevé du mur, le tableau se détachait en noir immédiatement au-dessous d'une bande aveuglante de vitrage ; de sorte qu'on ne pouvait le voir qu'en plaçant ses mains ou son chapeau audessus des yeux , de manière à cacher la lumière extérieure. Je ne sais si je me trompe, mais je crois que si l'on n'a pas apprécié ce tableau à sa juste valeur , cela provient des conditions défavorables dans lesquelles il a été placé. J'aurais volontiers donné quelque chose de ma poche, pour qu'il fût descendu à la hauteur de la balustrade.

Un tableau de l'enfer par G. Doré était placé au-dessus d'une porte, de sorte que les dames que l'on voyait dans la salle voisine, par l'ouverture de cette porte, paraissaient se promener au-dessous de la plaine de glaces sur laquelle Ugolin dévore le crâne de l'archevêque Ruggieri ; et Ton pouvait craindre que les fraîches toilettes des pro-

meneuses, fussentgâtéesparleséclaboussures sanglantes de l'horrible repas qui avait lieu au-dessus de leur tête.

M. Biard est le seul qui ait été favorisé par la commission, de placement. Quand on a vu que son portrait de D. Pedro avait une si grande longueur, on s'est demandé si, en le plaçant très-haut, on ne parviendrait pas à le raccourcir.

lia perspective moiiMiiieiitale. — L'administration ne paraît pas comprendre combien la négligence des études d'ombres et de perspective peut avoir quelquefois des conséquences fâcheuses. Ainsi, un architecte est chargé par le préfet de construire un monument pour l'une des places publiques de la ville, une fontaine par exemple.

11 prend une belle feuille de papier grand

aigle, et donne carrière à son imagination. 11 dessine des colonnes, des frontons, des niches, des statues, des saillies de tontes sortes ; il éclaire tout cela par un soleil de fantaisie de manière à produire, sur le papier, les effets les plus pittoresques. Le. conseil des bâti« raents civils enchanté approuve le projet, les fonds sont votés immédiatement, puis, lorsque le monument est exécuté on est tout surpris de voir qu'il diffère entièrement du projet que l'on avait adopté ; ce qui provient d'une seule chose, c'est que ni l'architecte, ni aucun des membres du conseil n'a pensé que le monument devait être expose au nord^ et que par conséquent, il n'y aurait jamais ni lumière, ni ombres portées.

Ailleurs, on construit un attique rectangulaire au dessus d'un monument qui ne l'est pas. Cette disposition, motivée par l'irrégu-larité du terrain, est très-évidente sur le plan, mais on sait qu'elle ne peut pas être indiquée sur l'élévation gcomêtrale. Le projet est encore approuvé; puis après V exécution^ on

s'aperçoit que la façade de Fattique n'est pas parallèle à celle du corps principal, ce qui produit un très-mauvais effet qui n'aurait pas eu lieu si l'architecte avait eu égard aux lois de la perspective. Dans tous les cas, on avait sous les yeux l'exemple, absolument semblable du palais de justice, qui aurait pu et dû servir de leçon.

Dans la rue beaucoup trop étroite de la Banque, on a entassé trois monuments que l'on ne peut voir de bas en haut^ qu'en se tordant le cou.

On a fait un square devant le conservatoire des arts et métiers ; puis, au lieu de s'aligner sur le monument, on s'est réglé sur le boulevard Sébastopol qui n'est pas parallèle à la façade du conservatoire situé dans la rue Saint Martin. 11 résulte de là, lorsque l'on parcourt l'allée principale du jardin, que la porte par laquelle on entre dans la cour du monument, ne paraît pas être en face du grand escalier qui conduit aux galeries. Cela

produit exactement le même effet que l'arc du carrousel avec le pavillon central des Tuileries, lorsqu'on les regardait de la porte du Louvre avant que les arbres ne fussent plantés.

Dans ce cas, il ne fallait pas mettre le square devant le conservatoire, ou bien on devait dessiner le jardin à l'anglaise, de manière à pouvoir cacher le monument par des arbres; enfin, en altérant un peu les coins arrondis de l'enceinte, il était facile de dissimuler l'irrégularité du plan, et de placer l'allée principale dans l'axe de la porte et de l'entrée des galeries. Je ne dis pas tout cela par esprit de critique, mais seulement, pour faire comprendre, combien la négligence d'une seule étude, peut conduire à des résultats fâcheux et souvent irréparables.

Cependant, les architectes de la Ville, les membres du conseil des bâtiments civils, ont tous passé par l'école des beaux-arts. Ils y ont étudié la théorie des ombres et de la

perspective ; mais, comme cela arrive trop souvent, ils se sont dit : La perspective, les ombres, la lumière, cela n'est utile que pour entrer à l'école et y obtenir des médailles ou des mentions. Un d'eux, auquel je conseillais quelques études, qui selon moi, devait donner de la valeur à son projet de concours, s'y refusait, par ce motif, qu'il ne lui manquait plus qu'une demi-mention pour entrer en première classe.

Il est possible que la perspective et les ombres ne soient pas absolument indispensables pour construire des monuments, ou pour les faire bâtir par les entrepreneurs ; mais, il est évident que ces études seraient utiles à T architecte pour composer ses projets, et aux membres du conseil des bâtiments, pour les apprécier, et pour ne pas consacrer des sommes quelquefois énormes à la construction d'édifices qui ne peuvent jamais être bien vus et qui seront souvent mal éclairés.

Y a-t il rien déplus disgracieux, que cette masse de maçonneries accumulées devant la colonnade du Louvre. 11 était pourtant bien facile de prévoir le mauvais effet produit par cette rue de largeur inégale qui sépare la mairie de l'église. Il suffisait d'aller parcourir les rues Taranne et de Tournon. Depuis, on a fait la tour pour cacher la rue, en attendant que l'on fasse des maisons pour cacher la tour. Je crois qu'un petit presbytère gothique, dont les tourelles se seraient élancées au-dessus des arbres d'un joli jardin, auraient bien valu cette montagne de pierres.

Lorsqu'on se place sur le boulevard de Sébastopol rive gauche, à la hauteur des Thermes de Julien, on voit la flèche élégante de la sainte Chapelle, qui se projette sur le ciel, exactement suivant Y axe du boulevard. On voudrait alors pouvoir faire disparaître toutes les constructions qui de ce côté empêchent de voir l'ensemble du monument.

A l'endroit où Ton a construit la fontaine

Saint Michel-, le boulevard fait un coude, et si Ton regarde suivant l'axe de la nouvelle direction, on voit la Tour Saint-Jacques ^ qui est un des monuments les plus intéressants de Paris. Eh bien, on s'est empressé de cacher la Tour Saint-Jacques, comme on avait caché la sainte Chapelle. On dira qu'à l'époque où l'on a entouré la sainte Chapelle, on ne prévoyait pas le boulevard de Sébastopol; mais 00 ne peut plus invoquer la même excuse pour la tour Saint-Jacques, puisque le boulevard existait avant la construction du théâtre qui masque la tour jusqu'à plus des deux tiers de sa hauteur.

Ainsi la Tour Saint-Jacques est entièrement sacrifiée du côté du pont Saint-Michel ; mais au moins, on lui a réservé un point de vue sur la place du Chàtelet, au coin de la rue de Rivoli : tandis que la sainte Chapelle; la caserne des Petits-Pères, le Panthéon, ne peu™ vent être vus entièrement d'aucun côté. La seule partie du Panthéon qui se projette sur le ciel, ressemble à ces couronnes de chan-

délies de bois que Ton accrochait comme enseigne au-dessus de la boutique des épiciers. Quand je le regarde de ma fenêtre, et qu'il fait du vent, je crois toujours entendre le cliquetis insupportable qui faisait autrefois le désespoir des voisins.

Je sais bien que Ton ne peut pas abattre la moitié de Paris pour dégager les monuments anciens ; mais il ne faudrait pas non plus les cacher entièrement sans nécessité. 11 faudrait au moins laisser un côté par lequel on pourrait en voir l'ensembleo Quand aux monuments nouveaux, ils devraient être étudiés perspectivement, suivant lear destination, et pour cela, il fandrait se fier un peu moins à reffet trompeur des grandes élcvatiorfS, lorsqu'il s'agit surtout d'un édifice qui, placé au centre d'un quartier populeux, doit être nécessairement entouré de maisons.

Dans ce cas, si l'architecte n'est pas assez habile en perspective, pour prévoir à l'inspection de ses dessins, l'effet que produira

ARTISTES. 181 son projet lorsqu'il sera exécuté, il doit en faire élever sur place un fac-simUe, en charpente et en toile, éclairé non pas à iô*' comme tous les dessins d'atelier; mais suivant la position du soleil par rapport à l'emplacement destiné au projet. Cette dépense relativement peu considérable, évitera les mécomptes qui pourraient résulter plus tard de l'orientation vicieuse du monument. Enfin, s'il s'agit d'un édifice de simple utilité publique et que son emplacement soit déterminé d'une manière absolue, il faut supprimer tous les motifs d'ornementation extérieure tels que statues, colonnes et sculptures de toutes espèces qui seraient nécessairement cachées par les maisons voisines.

On va construire plusieurs théâtres; mais la commission d'examen ne s est préoccupée, comme toujours, que de l'efi'et produit sur le papier. Je n'ai pas entendu dire que l'on ait fait aucune étude pour savoir si toutes les places destinées au pubUc seront convenablement disposées.

Deux coupes, Tune en long, l'autre en travers, ne suffisent pas pour résoudre une question aussi composée.

La coupe en travers apprendra il est vrai, que les dames placées dans les premières loges de côté, pourront voir manœuvrer les claqueurs ; mais, si elles ont le plaisir de voir les Romains du lustre, la saillie du balcon ne leur permettra pas de voir les Romains de la scène.

Je me rappelle qu'au Théâtre-Français, pendant une représentation à bénéfice, pour laquelle j'avais payé très-cher, une place sur la seconde banquette de la galerie, je n'ai entrevu pendant toute la soirée, qu'un petit bout de la plume qui était sur la tête de mademoiselle Mars.

11 est donc évident, que pour étudier un théâtre, et avant de penser à l'effet plus ou moins pittoresque qu'il pourra produire, on devrait faire un certain nombre de coupes

verticales dirigées dans tous les sens, afin de s'assurer que, de toutes les places, on pourra voir les acteurs.

La commission de T Opéra, en terminant son rapport, dit que les questions d'acoKsi/que^ à' éclairage et de ventilation ont été RÉSERVÉES. On a fait pour l'éclairage des expériences qui paraissent avoir donné des résultats satisfaisants. 11 faut espérer que l'on n'attendra pas que la salle soit construite pour étudier le problème de la ventilation. Quant aux questions d'acoustique, c'est par là que l'on aurait dû commencer, car si la forme adoptée pour la salle est mauvaise, il ne sera plus temps de la changer après la construction du théâtre. On doit se rappeler ce qui est arrivé de la salle qui avait été construite au Luxembourg pour le procès Fieschi. Lorsque les pairs ont été réunis en séance, on n'entendait absolument rien ; on a dû essayer toutes sortes de moyens pour renvoyer et concentrer les sons, et j'ignore jusqu'à quel point on y est parvenu.

1B4 BEAUX-AKTS.

Tout le monde s'accorde à reconnaître que la salle d'Opéra actuelle est excellente pour Tacoustique; on aurait dû par conséquent, chercher à découvrir d'où cela provenait: Car, il suffit de la plus petite différence dans la courbure du cintre ou des galeries, pour changer complètement le volume et la qualité du son. Ainsi, le théâtre de la porte Saint- Martin a été construit pour l'opéra, et ne diffère pas beaucoup dans sa forme, de la salle d'Opéra actuelle. Eh bien, il y a eu longtemps, et peut-être y a-t-il encore, un écho très-gênant que j'ai signalé dans mon Traité de coupe des pierres. Ces sortes d'échos proviennent ordinairement de ce qu'il existe dans le plafond, ou dans le pourtour des loges, quelques courbes elliptiques dont les foyers coïncident avec les places occupées par l'acteur, et par le spectateur pour lequel .cet écho est le plus sensible. D'où je crois pouvoir conclure :

l'' Que la forme actuelle des salles de spectacle se rapproche trop de la forme elliptique 5

2^ Qu9 Fou n'aurait à craindre aucun écho si l'on faisait les salles plus larges que profondes; enfin, que la forme demi-circulaire adoptée par les anciens, satisferait peut être mieux que toute autre, aux meilleures conditions d'acoustique. Au surplus, je répéterai ici ce que j'ai dit ailleurs, c'est que si la question est très -difficile à résoudre, c'est une raison de plus pour qu'elle soit étudiée immédiatement. Quand la salle sera construite, il ne sera plus temps.

Points î»FîIIëiMtis^ ®ttil9i*e!i. ™ J'ai souvent parlé dans les articles qui précèdent, des reflets ou du clair-obscur, des points brillants ou de plus grand éclat» Ces points peuvent être déterminés avec exactitude par la géométrie ; mais , ici , comme pour les ombres, le compas n'est indispensable que pour étudier ; et, lorsque les principes sont bien compris , il suffit souvent d'un coup

d'œil jeté sur le modèle, ou, en son absence, d'un simple raisonnement, pour exprimer avec vérité tous les accidents d'ombres et de lumière qui doivent donner du relief au sujet que Ton veut peindre.

Sans exposer ici de longs développements géométriques, il ne sera peut-être pas inutile de rappeler quelques-uns des principes généraux qui forment la base de ces études.

Lorsqu'un rayon de lumière rencontre une surface plane et parfaitement unie, il est renvoyé par cette surface dans une direction telle, que Tangle d'incidence est égal à l'angle de réflexion. Le rayon incident et le rayon réfléchi sont toujours dans un même plan perpendiculaire à la surface, et qui par conséquent contient la normale. Cette dernière ligne partage en deux parties égales l'angle formé par les deux rayons.

Si VoÀl est dans la direction du rayon rélîéchi, le point suivant lequel le rayon inci-

dent rencontre la surface sera hrillanlj c'està-dire qu'il paraîtra lumineux et reproduira l'image de la lumière. Dans le cas contraire, le point sera plus ou moins obscur.

La droite, qui joint ce point avec l'œil, se nomme rayon visuel, et par conséquent, pour que le point soit brillant, il faut que le rayon visuel coïncide avec le rayon réfléchi. Sur une sphère éclairée par un point lumineux, il y a toujours un point brillant.

Lorsque la surface n'est pas polie, on peut considérer les aspérités plus ou moins saillantes qui la composent, comme formées par une suite de grains hémisphériques sur chacun desquels il y a un point brillant, c'est-àdire un point qui renvoie de la lumière dans notre œil. C'est pourquoi tous les points d'une feuille de papier nous paraissent brillants, tandis qu'une glace nous paraît obscure, à l'exception des points qui renvoient de la lumière dans notre œJL

Nous venons de dire que pour le point bril-

iss BEAIX-AKTS.

laiit, le rayon visuel doit coïncider avec le rayon réfléchi. Lorsque cette coïncidence n'aura pas lieu, ce point ne sera pas brillant, mais si la surface n'est pas polie, il y aura toujours des points qui renverront de la lumière dans l'œil, et la surface sera, ou plutôt paraîtra d'autant plus éclairée, que ces points seront plus nombreux.

Lorsqu'il n'y a pas de points brillants, le point de plus grand éclata c'est-à dire le point de la surface qui paraît le plus éclairé est celui pour lequel le rayon visuel s'approche le plus du rayon réfléchi. C'est de ce principe que dépend l'intensité plus ou moins grande des teintes.

Pour le clair-obscur, l'intensité peut être variée d'un grand nombre de manières, par suite de l'éclat plus ou moins grand des corps souvent très-nombreux qui renvoient de la lumière vers l'objet que Ton dessine ; or cette indétermination, loin d'être un obstacle, est au contraire pour le peintre une

cause inépuisable de ressources, qui lui donne les moyens de faire varier entre les limites les plus larges la direction et l'intensité de la lumière réfléchie; il peut, lorsqu'il le juge à propos, remplacer la lumière directe, provenant du soleil, par la lumière diffuse, envoyée dans toutes les directions par les nuages et par les molécules de l'atmosphère. 11 lui est permis de supposer dans le voisinage des objets qu'il dessine, d'autres corps dont la surface renvoie la lumière sur les parties ©mbrées , qui, sans cela, paraîtraient trop obscures, et ne se distingueraient pas assez des objets environnants.

Mais il faut, que par l'étude raisonnée des causes qui produisent toutes ces variations de teintes, il se fasse une loi de ne jamais admettre que des suppositions possibles, afin que les points brillants et les parties éclairées ou obscures soient toujours déterminées d'une manière satisfaisante.

On conçoit d'ailleurs qu'aucun principe

aJjsolu ne peut être adopté sur cette matière; que les clifTérentes intensités de lumière et d'ombres ne dépendront pas seulement de l'intensité ou de la direction de la lumière, de l'état plus ou moins poli de la surface représentée, mais encore de la composition chimique des molécules qui composent cette surface.

Il est certain que la lumière ne produira pas les mêmes effets sur le marbre, la pierre, le bois ou les métaux, sur la soie, le velours ou les autres étoffes de toute espèce.

C'est donc par la comparaison des effets r de la lumière sur les corps eux-mêmes, que l'artiste pourra devenir habile à représenter ces corps avec exactitude.

Celui qui aura fait quelques études géométriques concevra bien plus vite les ombres portées sur les parties convexes et concaves du modèle qu'il aura sous les yeux, et connaissant d'avance toutes les combinaisons

possibles de la lumière, il pourra choisir celles qui conviendront le mieux au sujet qu'il se proposera de traiter.

Il est rare d'ailleurs, comme je l'ai dit plus haut (page ISS), que dans la peinture on détermine rigoureusement le contour des ombres portées ; la lumière qui provient d'un soleil éclatant, ne donnant en quelque sorte que deux tons, le noir et le blanc, est peu favorable aux effets du clair-obscur.

Cependant, si dans le tableau il doit y avoir un monument connu d'un grand nombre de personnes et se rattachant à quelque événement historique, il doit être éclairé absolument comme il l'était à l'heure de la journée où s'est passé l'action que le peintre a reproduite sur la toile.

liumlère éleetrlciiie, — Puisque nous venons de parler de la lumière et des ombres, il ne sera peut-être pas hors de pro-

19i BEAUX-AUiS.

pos de présenter ici quelques observations relatives aux expériences faites récemment sur la lumière électrique. Quoique la question ne soit encore qu'à l'état de théorie, il est peut-être utile de chercher dès à présent à en prévoir les conséquences pratiques.

Après les résultats miraculeux que les savants et les ingénieurs ont obtenu de la vapeur et de l'électricité, il y aurait présomption à poser d'avance des limites aux applications d'un principe nouveau. Cependant, je crois devoir combattre une erreur qui pourrait entraîner certains esprits dans des voies impraticables.

Ainsi, j'admets que la lumière électrique pourra être appliquée avantageusement à l'éclairage des phares, et dans beaucoup d'expériences de physique, de photographie, etc.; peut-être pourra-t- on la diviser en un grand nombre de points lumineux, qui remplaceraient les becs de gaz actuellement en usage : mais, l'idée d'éclairer une ville ou de grands espaces horizontaux par un petit nombre de

foyers qui seraient placés sur les monuments publics, n'a pu venir que dans la tête de personnes qui n ont aucune idée des lois de la lumière et des ombres.

Je ne parlerais donc pas de cette hypothèse, si elle n'avait été posée un assez grand nombre de fois dans plusieurs articles sérieux des grands journaux, et dernièrement encore, dans la Parn>, les Débats, le Siècle^ le Constitutionnel, etc.,(i'^ août 1861).

On sait que la lumière issue d'un point lumineux décroît en raison inverse du quarré de la distance ; d'où il suit, que la lumière reçue à 10 mètres est 100 fois moindre que la lumière reçue à 1 mètre ; et qu'à 100 mètres elle sera 10 000 fois moins forte.

Ce principe, connu de tout le monde, n'étant vrai que dans le cas où la lumière est perpendiculaire à la surface éclairée, on doit se demander ce qui arrivera lorsque les rayons lumineux rencontreront cette surface suivant un angle très-aigu.

Les personnes qui ont en physique les connaissances les plus élémentaires savent que la quantité de lumière reçue par une surface plane dépend du nombre de rayons qui la rencontrent ; et l'on sait que ce nombre est proportionnel au sinus de V angle d'incidence, de sorte que la quantité absolue de lumière reçue en un point quelconque d'une surface horizontale sera exprimée par la

formule ^^^^ , dans laquelle D est la distance

et a l'angle d'inclinaison des rayons lumineux.

Je ne veux pas eft'rayer par des chiffres les personnes étrangères aux études mathématiques ; les autres verront de suite par la formule ci-dessus, avec quelle rapidité décroît la lumière envoyée par un foyer lumineux, quelle que soit ïintensité de ce foyer.

On doit se rappeler d'ailleurs la triste expérience que l'on avait voulu faire, il y a une vingtaine d'années, en élevant un très-gros

réverbère sur la place du Carrousel. On voyait à peu près clair au pied de la colonne qui le supportait, mais on ne voyait absolument rien à cinquante pas de clislance. La raison en est facile à comprendre.

En effet, à F affaiblissement de lumière provenant de la distance au foyer, et de l'inclinaison des rayons lumineux il fallait ajouter Vallongement considérable des ombres portées par les piétons et les voitures ; puis les ombres des pavés les uns sur les autres. Car, lorsque la lumière devient très-oblique, chaque pavé un peu saillant, indépendamment de l'ombre qui lui est propre, reçoit Fombre portée par son voisin, de sorte que la surface du sol toute entière devient obscure.

Si l'on objectait que sur le macadam les eiîets ne seront plus les mêmes, on pourrait répondre que chaque grain de sable, chaque grain de poussière est lui-même un petit pavé sur lequel il y aura toujours une ombre

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propre et une ombre portée^ lorsque l'inclinaison des rayons lumineux sera très-grande. La seule différence, c'est qu'au lieu des grandes ombres portées par les pavés, on en aura une infinité de petites, et l'obscurité sera toujours la même.

Il est très-facile d'en faire l'expérience : collez sur une planche une feuille de papier qui ne soit pas glacé, puis inclinez la planche jusqu'à ce que les rayons provenant d'une lampe rencontrent très-obliquement le papier ; vous le verrez s'obscurcir promptement par les ombres portées des grains les uns sur les autres. On obtiendra le même effet en éloignant une lampe, de la feuille de papier que l'on aurait placée horizontalement sur une table.

J'ai moi-même eu l'occasion d'observer un eff'et analogue. Voulant faire le soir, un cours de géométrie descriptive, il fallut trouver le moyen d'éclairer le tableau de manière que les élèves ne perdissent aucun détail des

éj)ures quelquefois très-composées qui se rapportent à cette branche spéciale des études mathématiques. ^

Une lampe avec réflecteur, placée en face du tableau , n'aurait pas rempli le but. En effet pour obtenir le maximum de lumière, il aurait fallu que le foyer lumineux fût situé à peu de distance, sur la droite perpendiculaire au tableau, et passant par le point de rencontre des deux diagonales. Gela ne pouvait s'accorder avec la présence des élèves. En plaçant le foyer un peu au-dessus du point dont nous venons de parler, j'aurais bien obtenu une lumière suffisante; mais, tous les rayons réfléchis auraient été renvoyés dans les yeux des auditeurs qui n'auraient alors vu que des points brillants. Il fallait, pour éviter cet inconvénient, rapprocher la lumière et la placer au moins 3 ou 4 décimètres plus haut que le tableau, afin que les rayons réfléchis fussent renvoyés vers le sol, sur les genoux, ou sur la poitrine des élèves placés au premier rang. Mais alors comme je l'ai dit

précédemment, à Toccasion d'une feuille de papier, la partie supérieure du tableau était seule éclairée d'une manière convenable, tandis que le bas était complètement obscur.

Pour y remédier je fis une projection sur un plan vertical passant par la lumière et perpendiculaire au plan du tableau. Je traçai autour de la lumière un cercle divisé en soixante-quatre parties égales, je partageai également la hauteur du tableau en soixantequatre parties, et je déterminai la courbure d'un réflecteur de manière qu'en commençant par en haut, un rayon de lumière vînt éclairer la première partie du tableau, qu'un deuxième rayon fût renvoyé sur la seconde par?tie du tableau, un troisième rayon sur la troisième partie et ainsi de suite; de sorte que chacune des soixante-quatre parties recevant la soixante-quatrième partie de la lumière, il était évident que toutes les parties du tableau devaient être également éclairées.

J'étais content de moi, et je m'attendais à un triomphe complet, Mais lorsqu'on eut al-

lumé le foyer, je fus désappointé de voir que malgré la quantité égale de lumière envoyée par le réflecteur sur chacune des parties du tableau, toute la partie inférieure était aussi obscure qu'auparavant. Je fis faire un autre réflecteur dont j'avais déterminé la courbe, de manière qu'en commençant par en haut, la lumière, renvoyée sur le tableau, augmentât suivant une progression géométrique rapidement croissante. Je ne réussis pas mieux, et je reconnus alors que cela provenait, nonseulement des ombres propres des grains très-fins de l'ardoise qui formait la surface du tableau, mais encore des ombres portées par ces grains les uns sur les autres, et je fus convaincu que je ne parviendrais pas à éclairer la partie inférieure, à moins d'ajouter de nouvelles lumières, ce qui, au surplus, offrait peu d'intérêt, parce que cette partie du tableau, plus basse que les yeux des élèves, n'était jamais utilisée par les démonstrations.

Nous conclurons de là que roa ne peut éclairer obliquement une grande surface

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par un seal foyer lumineux. Il y aura toujours trop de lumière au pied du foyer, tandis qu'à une très-petite distance tout sera dans l'ombre.

On ne peut espérer d'obtenir le maximum d'effet utile, avec une quantité de lumière donnée, qu'en la décomposant en un grand nombre de points lumineux qui, en éclairant d'en haut toutes les parties de la surface, auront encore l'avantage de diminuer considérablement la longueur des ombres.

Ce qae j'ai dit plus haut pour les pavés s'appliquerait également aux maisons, s'il pouvait venir dans la pensée d'éclairer Paris au moyen de grands foyers lumineux placés sur les monuments publics.

A l'exception de quelques points trèsrares, d'où l'on pourrait voir l'un de ces foyers, tout le reste serait plongé dans l'obscurité la plus complète ; car, pour chaque maison commue pour un gros pavé, l'ombre propre s'ajouterait à l'ombre portée par la

maison voisine, et la lumière électrique ne servirait qu'à éclairer les toits dont la plus grande partie serait elle-même plongée dans l'ombre des cheminées.

Enfin, je ne sais si Ton doit prendre au sérieux ridée qui cependant a été proposée de placer un seul foyer avec un réflecteur parabolique à l'extrémité de chaque rue, qui serait alors éclairée dans toute sa longueur par des rayons parallèles. C'est alors que, sans parler de Y aveuglement de tous ceux qui marcheraient dans la direction du foyer, les ombres des hommes, des chevaux et des voitures prendraient des proportions fantastiques , et le problème de lumière que Ton aurait eu l'intention de résoudre serait évidemment remplacé par un problème d'ombreis.

C'est surtout cet allongement des ombres, qui a contrarié le plus les ouvriers, toutes les fois que l'on a voulu les faire travailler pendant la nuit, sur les grands chantiers de construction.

On doit conclure de la, que si l'on parvient à augmenter Téclat de la lumière provenant d'un foyer unique, on augmente en proportion la longueur et l'intensité des ombres qui, par opposition^ deviennent plus noires à mesure que la lumière devient plus éclatante. Mettez cinq cents becs de gaz dans une chambre fermée, la chambre voisine n'en sera pas plus claire. C'est ce qui arrivera pour tous les points où la lumière ne peut pas arriver.

Tout ce que je viens de dire sera sans doute parfaitement inutile , car je ne suppose pas que l'on puisse avoir la pensée d'éclairer Paris par le moyen de grands foyers lumineux. Cependant, comme il n'est pas impossible que Ton soit tenté de recommencer la malheureuse expérience du Carrousel, je rappellerai que si elle n'a pas réussi c'est moins par l'insuffisance de la lumière que par l'augmentation des ombres. D'où il résulte que c'est principalement dans la suppression^ ou au moins dans la diminutio7i des ombres^ que consiste la solution du problème.

Les réflexions qui précèdent ne diminuent en rien l'importance que les expériences électriques peuvent acquérir par la suite pour l'éclairage des phares. On comprend que ces expériences ne peuvent pas être faites sur les côtes où elles pourraient compromettre la vie des marins qui ne sont pas prévenus ; et je suppose que si, provisoirement, on établit les foyers électriques sur quelques monuments de Paris, cela n'a pas d'autre but que de provoquer les observations des savants qui habitent la capitale.

Conclusiloii. — La perspective est une des connaissances humaines sur laquelle on a le plus écrit, et sur laquelle je crois qu'il reste encore beaucoup à écrire. Gela provient de la grande différence qui existe entre les lecteurs que cette étude intéresse.

Les uns possèdent quelques notions de

ÈOi BKAÙX-ARTS.

géométrie et d'architecture, tandis que beaucoup d'autres ignorent complètement les premiers éléments de cette science. Ils sont intimement convaincus que les études géométriques refroidiraient leur imagination.

C'est principalement pour combattre cette idée que j'ai publié le volume actuel, qui peut être considéré comme une introduction à l'étude de la perspective.

J'ai fait voir, par un assez grand nombre d'exemples, combien l'ignorance des lois de la perspective et de la lumière pouvait avoir de conséquences fâcheuses, non-seulement pour l'artiste, mais encore pour les personnes qui , officieusement ou officiellement, sont chargées d'apprécier ou de faire valoir son œuvre.

La franchise de mon langage ne plaira peut-être pas à tout le monde; mais, j'ai cru devoir dire avant tout ce que je crois être la vérité ; si je me trompe, il sera facile de me

réfuter. Dans tous les cas , la vivacité de certaines expressions ne s'adresse qu'aux personnes qui croient devoir détourner les jeunes gens d'une étude, sans laquelle, selon moi, il ne peut exister d'artiste véritable.

Je ne promettrai pas de faire comprendre la perspective, les ombres, la lumière, sans le secours de la géométrie, parce que je ne crois pas que cela soit possible, et ce serait alors tromper le lecteur. Ainsi, le traité que j'ai publié n'est pas destiné aux personnes qui voudraient savoir la perspective sans se donner la peine de l'étudier. Celui qui veut réussir doit commencer par acquérir quelques notions de mathématiques.

En effet, il arrive souvent, en lisant un livre, que l'on s'épuise en efforts infructueux, parce que l'on n'est pas suffisamment préparé à l'étude que l'on entreprend. Je crois donc devoir prévenir le lecteur, que pour étudier avec fruit la perpective et les lois de la lumière, il doit savoir au moins la théorie

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