‹ Beaux-arts et voyages (volume 2)Chapitre 1 sur 22 · VOYAGE EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN HOLLANDE

Bruxelles, 24 septembre.

Je suis arrivé ici ce matin à cinq heures, au lieu d'hier au soir comme je l'avais éspéré, ce qui m'a fait passer en diligence une nuit sur laquelle je ne comptais pas. Mon voyage à été très-heureux ; pen de monde et bonnes gens; j'ai même fait une connaissance qui peut m'être utile à Bruxelles, c’est celle du ministre de Portugal en ce pays qui m'a fait toutes ses offres de service pour me-faciliter l'entrée des collections particulières de Bruxelles : je ne manquerai pas d’en profiter.

Dans cette course de soixante-quatorze lieues, on tra verse de nuit la plupart des villes qui offriraient de l'intérêt par leurs monuments, comme Senlis et Mons; à Cambrai, nous nous sommes à peine arrêtés cinq minutes, ce qui ne m'a pas permis de voir la statue de Fé. nelon, de David. Quant à Valenciennes, c’est une ville animée, populeuse, mais moderne, et pour moi tout

k | VOYAGES.

l'intérêt se concentre dans les monuments et les antiquailles. Du reste, l'aspect général du pays cominence à me donner la solution de l’énigme de l’existence de l’école et des artistes flamands, sous un ciel aussi prosaïque,

Non pas que le paysage soit beaucoup plus pittoresque et beaucoup plus varié que celui de la Beauce, mais il y a dans la disposition de chaque maison et dans son arrangement cette idée d'ornement, d’embellissement sans laquelle une population peut se dire morte pour les arts. La forme est bien partout négligée, mais la couleur ne l’est pas; il y a plus près des maisons du Brabant à celles de Pompéï que du portail de Saint-Eustache, par exemple, à un temple antique. Cela vaut explication, et nous en causerons quand mes idées se seront confirmées. Quant aux traces de la domination espagnole, elles sont aussi évidentes que possible dans le peu que j'ai vu de monuments d’apparat du xvir° siècle; ainsi, dans l'hôtel de ville de Valenciennes, j'ai retrouvé, à mon grand étonnement, l’aspect des palais espagnols de la Sicile : il y a là un style d'architecture matamore qui, dans un temps, a fait le tour de la moitié de l’Europe.

J'irai coucher demain à Louvain ou à Malines ; dans tous les cas, je verrai Anvers après-demain. On m’a parlé d’une exposition qui aurait lieu au premier octobre à La Haye des productions de l’école moderne hollandaise. Si j'en acquiers la certitude, j'en écrirai au vicomte!, et brûlerai en revenant Bruges et Dunkerque.

1. M. le vicomte Sosthènes de Larochefoucauld, directeur général des Beaux-Arts.

Anvers, 26 septembre 1827.

J'ai quitté Bruxelles ce soir à trois heures et demie : en passant à Malines, j'ai eu à peu près le temps de voir la cathédrale qui en valait la peine. Quant à Louvain, quoiqu'on m’eût assuré que l’hôtel de ville gothique était plus beau que tous ceux de la Belgique, j'ai résisté à la tentation, craignant de perdre une journée précieuse pour des choses plus importantes encore. On ne peut vraiment se faire une idée de la facilité des communications dans ce pays : entre Bruxelles et Anvers, par exemple, il y a un échange continuel de voitures presque camme entre Versailles et Paris; les occasions pour Rotterdam, La Haye, Amsterdam, par mer, par canaux, par terre, sont tout aussi fréquentes. C'est ce qui me décide à entreprendre le voyage de la Hollande, sans même en écrire à M. de La : Rochefoucauld. Je renoncerai à Bruges, Ostende, Dunkerque, je reviendrai directement d'Anvers à Gand, de Gand à Lille, et c’est à peine si j’emploierai deux jours de plus à mon voyage. Je passerai toute la Journée de demain à Anvers; dans la nuit je partirai par le bateau à . vapeur pour Rotterdam. Jeudi à trois heures je serai rendu à La Haye.

L'exposition des beaux-arts a lieu en ce moment : si j'y trouve quelque talent remarquable, comme on me l’a fait espérer, je tâcherai de l’embaucher pour Paris. Je serais assez embarrassé pour exprimer l’impression que Bruxelles a produite sur moi. Il y a quelque chose de vide et d’in-

6 | NOYAGES.

complet dans cette capitale entée sur une ville de province et improvisée en dix ans. Dans ces édifices construits à la hâte, l’art ne saurait trouver entièrement son compte ; Qù à été trop pressé de jouir pour regarder bosucoup à la qualité. La situation, d’ailleurs, est belle, ka promenade du parc, le château de Laeken, l'allée verte qui y conduit, vraiment digne d’un pays où les Autrichiens ont été maîtres (car il faut rendre cette justice à ces braves gens: si leurs facultés intellectuelles sont peu développées, leurs sens sont accessibles aux émotions agréables, et je Do sais aucun peuple qui s'entende mieux qu'ils ne le font aux symphouies et aux jardins). Le parc de Bruxelles est un arrière-cousin des Cascine!, et tous descendent en ligne directe de ce fameux Prater de Vienne dont je crois pouvoir me faire une idée après avoir connu ses enfants.

Les choses vraiment remarquables de Rruxelles sont Les vitraux de Sainte-Gudule et Le clacher de L'hôtel de ville; ceux-ci du milieu du xvi siècle, dans le plus beau style de l'école italienne, et quand kes procédés de fakricatiou étaient encore dans toute leur pureté; celui-là construit dans k caumesaement du xv° siècle, au milieu ‘de la grande prospérité des communes belges sous. la maison de Bourgogne, et quand l’école dite gothique existait encore dans presque toute son intégrité. C'est aussi une chose bien arrangéa que la place de l'hôtel de Ville. Là tous les corps de métiers avaient chacun ume

4. Promanade à pon & distanss de Florence, an Dent de l'Arne.

maison qu'ils avaient décorée à l’envi. La plupart de ces monuments ant été détruits par les Vandales de 1794, mais il en reste encore assez pour qu’on puisse se faire une idée dece luxe bourgeois, de cette vanité marchande,

.et de ce mouvement de papulation que M. de Barante a

si-bien rendus dans les Ducs de Bourgogne.

Les églises sont mains riches en tableaux que je ne l'aurais supposé. Il y a pourtant de superbes choses d’un certain Gaspard de Crayer, qu'on serait tenté de préférer

- à Rubeps sur hien des points, et qu'on ne peut s’empécher de mettre au-dessus de Van-Dyck, au moins dans le

génie historique. Quant à moi, je n'ai jamais rien vu qui approchàt tant de Paul Véronèse, et, n’en déplaise à l'ombre de Rubens et aux murs qui l'ont vu naître, ce n’est pas un médiocre plaisir que de retrouver Paul Véronèse en Flandre. Il y a de belles églises gothiques à Bruxelles, mais l’intérieur en est gâté par les ornements modernes et surtout pat les sculptures dans le genre des statues de

Saint-Jean de Latran. En général, le goût des sculptures berninesques domine dans ce pays; c’est à peu près le | contour de Rubens en sculpture : imaginez l'effet que cela produit. Qn a continué de faire dans ce genre jusqu'à ce

jour, et il existe encore un vieux sculpteur nommé Godecharles (que les itinéraires surnomment le Phidias moderne) qu'on prendrait pour un contemporain de l’Al-

garde, s’il n’était pas pour äinsi dire celui de Pigale..

Au milieu de tout cela, il s’est trouvé un homme de

&énie, Duquesnoy, 1 fammingo, celui qui faisait les enfants dans une telle perfection; ce qu il a pr oduit en dehors

de ces modèles enfantins vaut à peine mieux que le reste de ses contemporains : c’est aussi qu'il n’y a rien d'aussi indécis que les contours des enfants, et qui, par conséquent, se supporte mieux dans ce genre de sculpture.

"Me voici maintenant dans la ville de Rubens; le voyageur n’y manque pas d'occupation, car les tableaux y abondent. J’ai vraiment un bonheur surprenant pour le temps; en quittant Paris, il semblait que tout allait fondre en eau, mais tout s’est borné à la menace, les choses se sont radoucies, et, depuis ce moment, il règne une sérénité, une douceur de température extraordinaires pour la saison et pour la latitude où je me trouve.

26 septembre.

J'ai tant vu de tableaux aujourd’hui, cette ville en pos- : sède de si admirables que j'en suis tout étourdi.

Rubens est ici un homme universel comme Raphaël et Le Dominiquin à Rome, comme Paul Véronèse à Venise. Plans d’églises, de maisons et d’autels, tableaux pour les paroisses, les couvents et les particuliers, il a tout fait, et cela avec un soin bien différent de la précipitation avec laquelle il expédiait les étrangers. Il paraît que ce grand artiste avait deux poids et deux mesures, et il ne payait pas les souverains les plus généreux de la * même monnaie que les bourgeois ses compatriotes.

La plupart des tableaux qui font l’ornement du Musée et des églises d'Anvers ont été à Paris pendant vingt ans ; mais je n’en avais pas conservé le moindre souvenir,

et Rubens est un maître dont les gravures donnent mal l’idée. La plupart des sujets traités par Rubens à Anvers sont religieux, et l’on n’y rencontre pas cette mythologie quand même, et ces grosses nymphes de la galerie de Paris. .

Voilà une preuve de plus qu’on ne peut connaître les gens que chez eux. Un seul jour passé à Anvers m’en a plus appris sur l'école flamande que n’auraient pu le faire cinq ans d’études à Paris.

Il y a ici des tableaux gothiques d'un Quentin Metsys, qui égalent, en certains points, les plus belles choses de Rubens. Ce maître ressemble à Jean Bellin, plus sec encore, mais d’un sentiment bien autrement profond. C'était un maréchal ferrant que l’amour rendit peintre ; sa vie est une belle page dans l’histoire romanesque : il est vrai de dire que sa passion ne lui a guère inculqué le sentiment du beau idéal, ce qui dérange un peu le tableau qu’on pourrait en faire.

La cathédrale d'Anvers est d’une beauté sans égale. Cette église a été terminée entièrement en quatre-vingts ans ; ce qui lui a valu de conserver l'intégrité de son plan primitif. Je n'avais rien vu de si complet depuis Saint- Ouen.

Les barbares de 1794 lui ont rendu un vrai service en la dépouillant de tous les ornements de mauvais goût qui devaient en altérer la beauté,

La Baye, 97 septembre,

Ce voyage se fait eomme par enchantement. Hlier soir après souper, j'ai pris place dans la chambre du bateau à vapeur, et là, sur un divan biea rembourré, je me suis endormi d’un sommeil si profond que je ne me auis pas aperçu du départ. Le matin, à 8 heures, nous avions dépassé la Zélande, et la Hollande était devant mous; peu à peu te canal où nous étions engagés s’est rétréci, et nous nous sommes trouvés dans un bras de la Meuse, qui nous a conduits à Rotterdam après avoir passé devant Dordrecht. En vérité, c’est un monde tout nouveau, et de ma vie je n’ai fait un saut pareil à celui qui m'a transporté d'Anvers devant Dordrecht. J'ai pu éroire un moment que j'étais transporté en Chine, et jusgu'à un certain point je n’aurais pas eu tort; car il y a beaucoup de la Chine dans ce pays-ci, non pas que je éroie qu'en Chine on rencontre des digues, des prairies, de grands roseaux et des hestiaux à perte de vue comme en Hollande ; mais 6e qu'on nous raconte de maisons peintes, de kiosques découpés, de villes en châteaux de cartes se trouve ici complétement réalisé ; 1l n’y manque que les sonnettes.

Les Hollandais aussi ont de bonnes figures, mais dans le genre des Chinois de paravents : on dirait des hommes de beurre avec du lait dans les veines. Du reste, rien de plus attachant que ce mouvement perpétuel des barques qui parcourent les canaux; que ces habitations si

frôtes et pourtant si confortables en apparence et qu'un seul doigt sépare de la mer; que ces longs pêturages si verts, bordés d'arbres si toufus, cette Lombardie du sord eux prises avec l'Océan, qui vous conduit à une eutre Venise.

Ce qui me charme dans tout cela, c'est que je ne vois rien qui, pour moi, n'ait un nom propre.

Les bestiaux, c’est Paul Potter; les perspectives tranquilles, Van de Velde; les roseaux, courbés par la vague, Ruysdael ; les grosses hourgques, Van Goyen;: les navires, éKégamment pavoisés, Backhuvysen; les maisons, Van der Heyden ; les riches coilfüres d’or et de dentelles, Gérard Dow; les têtes larges et blondes, Metzu.

Il semble que tous ces hommes se soient partagé la nature de leur pays, avec la résolution bien ferme de ne rien omettre et de tout rendre dans un caractère de vérité surprenant. Mais aussi, avec toute cette vérité, à travers quel prisme ne voyaient-ils pes cette mature incomplète en réalité, et quelle couleur poétique ne savaientils pas ku iraprimer ? Akez donc, messreurs les roman tiques, vous qui nous parlez sans cesse des Hollandais, alleg chez eux, et voyes comme ces gens-là ont entendu limitation de la nature. Croyez-vous, si k respect permet cette comparaison, que Paul Potter ait feit ses vaches autrement que Raphaël faisait des femmes ! Ces maîtres n'ont pu mettre tant de poésie dans leurs productions, sans éprouver une véritable passion pour leurs modèles;

evssi n'y at-il pas dons le mande une seconde écale hallandaise, parce qu'il n’est aucun peuple qui, comme lui,

ait aimé le lait, le beurre, et par conséquent, les vaches.

À peine arrivé à Rotterdam, je me suis aussitôt emballé dans la diligence de La Haye. Je n’ai pu donner qu'un coup d'œil à cette première ville dont l'aspect est on ne peut plus animé. Une multitude de canaux la coupent dans tous les sens et servent de bassins pour le chargement des navires et le débarquement des marchandises, De vieux et grands ormes bordent les quais, ce qui, du reste, paraît général en Hollande; il en est de même de ces maisons si bien lavées, d’une brique si rouge, avec ces tours de fenêtres blancs, ces volets verts et ces toits couverts en tuiles d’un rouge si vif, orange pour ainsi dire!

Après Rotterdam on traverse Delft, l'une des plus tranquilles, et par conséquent des plus propres parmi les villes de la Hollande : les rues y sont lavées comme les dalles d’une salle à manger; le pays autour de Delft est superbe, hollandaisement parlant. Les pâturages s'étendent à perte de vue, et les nombreux clochers qui s'élèvent à l'horizon indiquent une population agglomérée ; des routes étroites et bordées d'arbres sont pavées de briques couchées sur champ (comme à Rimini), et recouvertes d’un sable très-fin ; les prairies sont toutes au-dessous du niveau des . Canaux ct des chaussées |

Autrefois on ne vovageait guère que par eau, c’est encore l’usage des habitants du pays; mais leurs galiotes sont un peu lentes, ct l’on préfère maintenant les diligences, qui sont petites, propres, légères et très-bien servies. La Haye, d'où je vous écris, est la .ville noble, la perle de la Hollande, c’est le pays du grandiose et des

, HOLLANDEÉ. | 43

conceptions gigantesques en architecture. Le palais du. roi ressemble bien à une brasserie, sa maison de campagne à un estaminet, la salle des États généraux à un magasin de drogueries ; mais il y a un itinéraire hollandais qui prétend que tout cela est construit dans le vrai . goût italien. La Haye compte presque autant d'arbres que de maisons ; le grand moyen de produire de l'effet, c'est de planter d'énormes squares où l'on ne craint pas de se promener. Ge goût champêtre est porté si loin en Hollande, qu'on a percé des routes sans nombre, creusé des pièces d’eau, bâti des ponts à l'anglaise et des cafés dans une forêt contemporaine de Julius Civilis qui commence aux portes de la ville. C'est le fameux bois de La Haye dont les habitants tirent grande vanité, ce que je leur permettrais de tout mon cœur s'ils me prouvaient qu'ils ont contribué en rien à faire pousser les beaux arbres qui en forment le principal mérite; en somme, c’est une merveille que cette promenade, on dirait la forêt de l'ontainebleau aux portes de Paris. Ici, à l'exception du théâtre, on n'entend pas un mot de français.

Leyde, 22 septembre.

Lugdun: Batavorum , entendez-vous, monsieur Ballanche? avec quel recueillement n'’ai-je pas touché cette terre classique des bouquins, cette terre où l'Imitation, sans date, le Virgile de 1636 et le Pdtssier français ont pris naissance, cette terre enfin qui, pour le plaisir detant d'honnèêtes gens, a enfanté tant de petits £lzévirs et de

1é VOYAGES,

gros Variorum ! Concevez-vous comme mon cœtr se dilate à ces glorieux souvenirs, et quels fantômes habillés de maroquin s’agitent autour de moi, en répandant dans ma chambre une odeur de cuir de Russie?... Mais nul n’est prophète en son pays ; la mémoire de Bonaven-ture, d'Abraham, de Jean, de Louis, de Daniel Elzévir a passé dans Leyde comme une ombre; et tandis qu’à Paris et à Londres tant de cœurs tressaillent au seul nom de ces illustres artistes, on trouve des jeunes gens qui ont passé trois ans à l’Université de cette ville, et pour qui ce nom même est inconnu. O vanité des vanités! si j'en donne maintenañt plus de trente sous, à moins qu'ils ne soient d’une telle beauté! D'ailleurs on verra.

Je ne vous parlais hier que de l'extérieur, que de la forme de La Haye : effectivement je n’en connaissais pas davantage. La journée d'aujourd'hui s’est passée à en pénétrer le fond, qui vaut encore mieux, après une charmante excursion à la plage de Scheveningen, tant de fois reproduite par ce merveilteux Adrien Van de Velde, charmante il est vrai, sauf une ondée que j'ai endossée tout entière et dont j'ai combattu l'effet avec la panacée hollandaise, un verre de genièvre. La mer était superbe, l'opposition des nuages noirs qui bordaient l’horizon avec le sokil qui éclairait la plage produisait des effets sans cesse diversifiés, et dont ie moindre aurait donné le sujet d'un magnifique tableau. Cette mer du Nord dans ses jours de fête est à la mer de Naples cè que Ruysinel est à Claude Lorrain, ce que le paradis d'Odin est à celui de Mahomet. Mais tout homme du midi que je suis,

HOLLANDPF, # j'ai été comme terrifié de ses sublimes el sauvages benutés. |

Dans les temps modernes le catholicisme seul à êté 1 religion des arts; si la réforme avait eu feu trois sièctes plus tôt ta Holtande ne compterait pas an seul monument. Aussi La Haye, dont la prospérité ne date que de a réforme n’en renferme-t-elle point de remarquables ; mais poar la peinture c'est le chef-lieu de l’école hollandaise. Expliquer comment la peinture, tuée en Allemagne per te protestantisme, à pu vivre et fleurir en Hollande sons cette influence desséchante, c’est ce que je ne suis pas tn . état de faire. Toutefois tette peinture est d'une nature teile qu’on peut là supposer aussi indépendante que possible de l'influence religieuse quelie qu’elle soit ; ke ta ractère hollandais est lent, apathique, mais nullement dépourvu de réflexion et d'intelligence : ses jouissances me sont pas vives, mais elles lui sont chères, il hs tourne sur lui-même, il les rumine comme le chameau; l'objet n’en est jamais élevé, maïs il y tient, parce qu'il e comprend, À l’aime, il l'analyse, il en exprime tout ce qui peut y être contenu. Pour lui, le monde entier sembie se concentrer dans le mouveirent du canal voisin, dans la verdute de la prairie, dans la coiffure de la Frisonne qui passe sous ses fenêtres, dans la vive peinture de la barque qui se balance sous ses yeux; il n’est guère de maisons où l’on ne voie aux fenêtres des chambres noires, destinées à refléter dans les appartements le tableau mouvant de l'extérieur. À défaut des Mseris et des Metzu, la nature fournit sans cesse aux Hollandais modernes des jouissances note

velles, d’un ordre tout particulier. Si Canaletto n'avait pas existé, il n’y aurait rien au monde d'analogue au genre de talent des peintres hollandais ; mais la condition de Venise n’est-elle pas toute particulière, et n’a-t-il pas fallu l'existence concentrée en lui-même de ce peuple pour produire l'inspiration toute spéciale qui a fait le génie de Canaletto? Le Musée de La Haye renferme, outre les chinoiseries de la peinture, de belles productions des artistes vraiment supérieurs de ce pays, Rembrandt, Ruysdael et Backhuysen; mais tout cela n’est rien à côté de Paul Potter : son grand tableau vaudrait seul le voyage de la Hollande, et cela avec des vaches!

. L'exposition des peintres vivants n’est pas riche, il paraît que tous n'ont pas envoyé. Il y a pourtant un certain Krussemau hollandais, qui fait des demi-figures dans le genre de Schnetz : celui-là a bien renié son pays, mais sa peinture offre de véritables beautés ; un jeune homme d'Anvers, nommé Wappers; un peintre de marine, Schotel; un paysagiste, Schelfhout, et un certain Eeckhout méritent seuls d’être nommés : Krusseinau et Wappers en première ligne.

Ce qui manque surtout, c’est l'originalité : l’un imite les Français, l’autre, l’ancienne école hollandaise; on voudrait à tout prix du spontané, dût-il être un peu extravagant.

Amsterdam, 29 septembre.

Me voici dans le tumulte de la grande ville ; le cloaque des grandes cités ne m'a jamais paru supportable qu’à

Paris ; je retrouve ici la sensation désagréable qui me saisit en entrant à Naples. C’est la première fois depuis mon départ que je me. demande pourquoi je suis venu si Join, et si Paris ne contenait pas assez de boue et de bruit. La vérité est que je n’avais jamais senti une curiosité excessive de connaître cette Venise enfumée, et sans La Haye et Paul Potter que je voulais voir, je n’aurais pas eu la fantaisie de pousser si loin dans le Nord. |

Leyde, que j'ai vue ce matin, peut être regardée comme l’Athènes de la Hollande, Athènes encoqueluchonnée, enfumée, gelée, sentant sa pipe d’une lieue : tant il y a qu’on y trouve quelques beaux tableaux, un jardin botanique, un cabinet d'histoire naturelle, un thédtre d’anatomie, comme ils disent, et une collection d’antiquités vraiment curieuses. À mon grand étonnement, j'y'ai trouvé des choses que je n’ai vues nulle autre part ailleurs: des antiquités puniques, des statues, vases, tombeaux ; des sculptures javanaises, égales au plus bel Égyptien ; des urnes étrusques avec des sujets variés et du plus haut intérêt. Tout cela m'a fait oublier l'heure et le Musée d'histoire naturelle, et comme Jje voulais visiter Harlem dans la journée, j'ai quitté Leyde en m'embarquant sur une de ces galiotes qui font un service assez lent, mais continuel entre les villes de la Hollande. Le temps, après un peu de pluie, s'était entièrement éclairci, ce qui m'a permis de quitter la chambre enfumée où J'étais d'abord entré, et de monter sur le pont.

Là, pour la première fois depuis Bruxelles, j'ai pu me

Ar. À

livrer un peu à la lecture des Promesse sposi, tout en donnant, de temps à autre, un coup d'œil aux innombrables Paul Potter en chair et en os qui bordaient les deux côtés du canal. Quelquefois je croyais voir des montagnes à l'horizon : c’étaient les dunes qui indiquaient le voisinage de la mer, et qui, par leur hauteur, montraient à quel point nous étions au-dessous de son niveau!

J’en étais à l’ivresse de Renzo et à ses excellents discours, lorsque j’apercus les clochers de Harlem, et aussitôt je fermai le livre afin de continuer mon métier d’observateur. Il aurait eu beaucoup à s'exercer dans cette ville, si la saison eût été moins avancée : mais l’été, en s’éloignant, lui a déjà enlevé sa parure de fleurs, et, à l'exception de quelques beaux dahlias, je n’ai pas pu juger par moi-même si la réputation européenne des jardiniers de Harlem était fondée ; cependant, comme en touchant cette terre classique des folies horticulturales, il faut se sentir une demi-heure de passion pour les tulipes et les jacinthes, J'ai fait emplette de quelques oignons qui nous donneront de belles fleurs, s’il plaît à Dieu.

Sous le culte catholique, Harlem possédait la plus belle église de la Hollande. Faute de mieu.r les réformés s’en sont emparés, et non sans mutiler les nombreux ornements de ce magnifique vaisseau ils ont planté leurs banquettes dans cette enceinte vénérable ; mais tout cet attirail ne sert qu'à augmenter l’effet de cette noble architecture, [l y a dans cette nudité imposante comme une protestation du génie de l’homme contre les barbares qui

l'ont méconnu. Le chœur où se sont célébrés les mystères : catholiques, ils semblent avoir craint de s’y établir; le nef seule est occupée par le culte réformé. Tous les attributs catholiques ont d’ailleurs disparu, à l'exception d'une pauvre Madone qui n’a sans doute pas été aperçue au sommet d'une des façades latérales, et qui survivra peut-être à la manie religieuse qui a oublié de l’abattre, On ne peut persuader aux Hollandais qu’il n’est pas bon pour les vivants que les morts soient enterrés dans les églises. La prohibition se renouvelle tous les ans, et tous les ans on en ajourne l’exécution dans la crainte du mécontentement populaire.

30 septembre.

Je suis mécontent de ma journée. J'ai fait pour l’acquit de ma conscience, et sans curiosité, la course de Broek et de Saardam, et j'en ai été puni par le désappointement. |

Cette propreté si vantée, ces maisons peintes de di-. verses couleurs, ces rues lavées, brossées, et comme disent quelques-uns, frottées, tout cela est au moins fort exagéré. D'ailleurs qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu’une exacte propreté se maintienne dans des rues où l’on passe à peine deux de front, et où jamais un cheval n’a mis le pied? Tel est Broek, résidence d’une colonie qui s’est pétrifiée à la chinoise et qui a résolu en Europe le problème de l’immobilité complète de l'existence.

Quant à Saardam, ce serait la même chose si un nombre

‘ prodigieux d’établissements industriels ne la vivifiait : là, du moins, si l'intelligence n’a pas de grands moyÿens pour s'élever bien haut, peut-on dire que les affaires la tiennent dans une activité continuelle. Quoi qu'il en soit, en vérité, Saardam était beaucoup plus amusant aux Variétés, quand Potier régnait encore, que je ne l’ai trouvé en Hollande. Il n’y a pas le plus petit mot pour rire dans ce diable de pays; il y règne une sorte de sérieux puritain qui tuerait un homme du Midi en quinze jours; ajoutez à cela que cette contrée a cruellement souffert des inondations de 1825, que tous les arbres sont morts, et vous comprendrez qu’en dépit de ses rues frottées et de treize cents moulins à vent, cette ville parle moins à mon imagination que les arcades du Colysée.

Je ne veux porter aujourd’hui aucun Jugement sur Amsterdam, d’abord parce que je l'ai à peine vu, ensuite parce que je suis monté en mauvaise humeur. Au moins ai-je la certitude de voir demain de beaux tableaux et peut-être quelques monuments curieux, mais il faudra beaucoup pour me remettre en goût de cette grande ville à laquelle je préfère la moindre de celles où ÿ ai passé précédemment.

Demain au soir, à six heures, je repartir pour Anvers: j y consacrerai la Journée du mardi à revoir plusieurs des belles choses que j'ai admirées à mon premier passage, car au fond j'en suis resté à Rubens et la cathédrale ‘d'Anvers.

Que ce voyage eût été différent si nous l’avions fait ensemble, posément, nous communiquant nos impres-

sions, vivant l’un pour l’autre dans ce monde d’inconnus qui nous auraient entourés ! Mais on ne peut avoir tous les bonheurs à la fois : de pareils châteaux en Espagne ressemblent trop au paradis pour qu’on puisse y croire en ce monde !

LA

Il ne faut pas s'étonner de cette façon de dire. Les Allemands, qui en genéral ne répugnent pas aux alliances de mots, quelque forcées qu'elles soient, usent de celle-ci avec prédilection toutes les fois qu'il s’agit de désigner dans la.nature un pays fortement accidenté, des aspects sauvages, un mélange plus ou moins heureux à l'œil d'eaux, de bois et de montagnes. Ainsi vous avez la Suisse bavaroise, la Suisse autrichienne, la Suisse franconienne, tout aussi bien que la Suisse saxonne; vous auriez la Suisse prussienne, si, sur cette terre de sables stériles et de maigres sapins, la nature cessait un moment d’être monotone et rechignée. En Saxe surtout, où le Nord s’oublie par intervalles pour rappeler les plus délicieux paysages de l'Italie et de la Grèce, le nom de Suisse saxonne n'est pas une hyperbole, c’est presque un ou-

trage à cette nature si large, si noble, sL majestueusement calme et gracieuse que l’Elbe se plaît à refléter dans ses eaux.

Mais Dresde et les minarets de son église catholique, Pilinitz et la couronne touffue de ses bois, Tharand même et les jolies maisons de bois dispersées dans sa vallée, rien de tout cela ne forme la Suisse saxonne ; il faut dépasser Pilnitz et remonter l'Elbe jusqu'aux confins de la | Bohême pour jouir de ces beautés naturelles dont Dresde se montre aujourd’hui plus fière que de la Madone de saint Sixte ou de la uit du Corrége. C’est ce que chacun vous répète à Dresde : quand verrez-vous la Suisse saxonne ? Îl faut trois grandes journées, on vous en prévient, pour ce voyage ; vous prendréz un passe-port de l'Autriche; vous vous armerez du bâton de pèlerin ; vous serez ravi à coup sûr, pour peu que Jupiter suspende les trésors de sa pluie. Eh mon Dieu! que me parlez-vous de vos trois journées de voyage ! Je n'ai pas eu en ma vie trois jours pour les grottes aux mille couleurs d’Ibsamboul, ni pour les oliviers d’Agrigente, ni pour l’ombre des marbres de Sunium, et vous prétendez que j'en consacre tout autant à votre semblant de Suisse, que je me livre trois soleils durant à vos fantaisies de sentimentalités naturelles? Passe pour un jour encore, et n’oubliez pas de m'indiquer le bel endroit. |

Ce qui fut dit, fut fait : je trouvai des gens de bonne composition pour m'’entreprendre la Suisse saxonne en un jour, et un peu après le bois de Pilnitz, en approchant du clocher de Lohmen, je fus averti que le pays des mer-

veilles allait s'ouvrir à mes regards. Lohmen, en effet, avec son étroite et verte vallée, son moulin bouillonnant, son château ruiné dont le pied se baigne dans les eaux, le pont oblique qui les traverse et dont la chaussée de larges dalles rappelle les voies antiques; Lohmen réussirait à captiver un moment sans doute le capitaliste le plus enfoncé dans la spéculation des laines, ou le professeur méditant avec le plus de profondeur sur l’ineffable bonheur que procure un titre de conseiller de cour dans une principauté de douze mille âmes.

Au reste, ne croyez pas que rien s’exclue, de l’utile et du beau, dans cette sage et patiente Allemagne. Il y a temps pour tout en ce pays, aussi riche en alliance d'idées qu’en alliance de mots : l’homme et l'autre, comme dit M. Xavier de Maistre, marchent de front dans un : concordant attelage, ou plutôt c'est comme deux amis qui vivent ensemble, mais avec une ligne de vie diamétralement opposée, sans avoir quasi le temps de se rendre compte mutuellement de leur progrès. Le jour vient où tous deux atteignent ensemble le but qu’ils se sont proposé ; l’un est Goethe, l’auteur de Werther et de Faust; l’autre est Son Exc. M. de Goethe, le ministre d’État et le parfait courtisan.

Il n’est donc personne en Saxe quine trouve un moment d'humeur libre et d'émotion rêveuse pour admirer le paysage de Lohmen. D'ailleurs, le guide est là avec sa plaque et son numéro, pour vous rappeler vos devoirs de promeneur. Vous me direz qu’en pareil cas un guide est peu votre affaire. Tout vaut, dites-vous, par le neuf et

l’inattendu : inattendus, un groupe d'arbres, une claire fontaine, un tourillon démantelé, charmeront vos regards ; mais les merveilles vantées à l’avance ont besoin d’être dix fois merveilleuses pour vous séduire.

Qui sait pourtant si vous ne devez pas beaucoup perdre à cette pédante roideur de l’individualité? Ici, et c’est un des grands avantages de la nation, les impressions simultanées jouent un rôle important : l'individu sait s'abdiquer au profit de la masse , et reçoit en échange une somme de jouissances vraies et de douces émotions. C'est comme la voix allemande, qui, dit-on, s’assouplit plus aisément que la nôtre aux combinaisons harmoniques, et se pose à son rang, dans l'édifice des chœurs, comme un bon soldat s’aligne avec sa compagnie. Voyez ! les chariots arrivent à la file; les promeneurs abondent par groupes, par familles, par bandes entières ; les paysans ne sont guère moins.nombreux que les habitants des villes; chacun a renié pour le moment le comptoir ou la charrue : il pleut, sur cet amalgame de toutes les conditions sociales, comme une flamme commune de poésie. Tout est sérieux, tout est sincère ; le sarcasme de l’indifférence serait méprisé, le dédain de la contradiction semblerait chose monstrueuse.

Obermann prétend que, sans les bois, la nature de Fontainebleau compterait parmi les plus rebutantes du monde. "L'observation d'Obermann , quoique peut-être au fond dépourvue de justesse, n’en est pas moins curieuse à appliquer à tous ces lieux iInsignifiants par eux-mêmes, qu'un hasard, un rien, ont transformés en trésors d’art et

de poésie. La partie la plus gracieuse et la plus originale sans contredit de la Suisse saxonne est de ce nombre : qu'on se représente, non une vallée entre deux sommets inégaux et changeants, mais une simple fissure à la surface d’une plaine, et l’on aura une idée exacte du défilé d'Ottewald. À dix pas de distance, on ne soupçonnerait pas l’existence de ce défilé. Les parois en sont si rapprochées l’une de l’autre, qu’un voyageur aérien le remarquerait à peine, ou le prendrait pour un ruisseau de feuillage. C’est en glissant sur les gazons mouillés par une pluie d'orage que nous descendions dans ce gouffre, où gazouille un ruisseau, faible ressouvenir des torrents dans les véritables montagnes. La chaleur était accablante; le ciel, dans ses variations rapides de soleil et de nuées, nous lançait tour à tour de larges coups d’arrosoirs, et ‘des rayons, que le feuillage des pins, en les tamisant, rendait plus cuisants encore. Les promeneurs étaient nombreux pourtant, et vous n’auriez pas entendu une seule de ces exclamations d’impatience et de fatigue que la moindre gêne corporelle arrache aux peuples du Midi. Quand on a dit qu’Ottewald est un long et tournoyant ravin, tendu sur les deux rives d’arbres épais et tapissé dans le fond d’une végétation puissante, on croit peutêtre avoir indiqué le caractère de cette nature; on se figure en.avoir compris le charme le plus singulier. Mais la situation d'Ottewald développe ici des aspects dont on ne saurait se faire ailleurs aucune idée. Ici, l'air, loin d’être raréfié comme dans les montagnes, se charge et se condense de toutes les vapeurs agglomérées dans la

plaine. Ce ne sont plus, comme au sommet des Alpes, des beautés nues aux formes rigides et accusées : 0e sont comme des foules de nymphes, drapées de gazes transparentes et humides qui fuient devänt vos yeux, qui se cachent derrière les pointes, qui murmurent au fond des grottes ; l'air, presque perceptible à l'œil, semble comme un tissu délicat qui adhère à tous les objets, en adoucit les aspérités, en brode les contours. Les roches à demi éboulées ont beau menacer vos têtes, les pins frappés par la foudre projettent en vain sur l'abîme leurs troncs échevelés : tout vous est jeu, caprice d’un dessinateur ingénieux ; et puis, les plantes, au fond de ce ravin, développent avec tant de sécurité leurs formes luxuriantes, leur tige est si forte, leurs feuilles si larges et si gonflées, qu’on 8e sont prêt à envier leur bonheur caché, qu’on voudrait s'associer à leur existence de violetie, et se faire ermite d'Ottewald. Vous connaissez ces paysages dépourvus de perspective des maîtres primitifs de l’école des Pays-Bas , et dont on retrouve la trace jusque dans les ouvrages de Léonard de Vinci, au fond de la Vierge aux rochers et derrière la tête de la Joconde. Peut - être même avez-vous admiré dans la moitié du chef-d'œuvre des van Eyck que Berlin conserve, ou dans le Saint Christophe d'Hemling de la galerie Boisserée, à Munich, ces entassements d'arbres et de rochers dans les anfractuosités desquels l'imagination des vieux maîtres a logé les Antoine et les Paul : bizarre échange avec les solitudes desséchées de la Thébaïde , .et contre lequel les saints pénitents auraient réclamé sans doute, comme contre une

tentation diabolique. Eh bien ! Ottewald peut passer pour le type de -cette nature que j'avais jugée jusque-là une admirable fantarsie. Comment expliquer cette rencontre inattendue dè la nature et de l’art? Supposera-t-on que ces vieux et grands maîtres, dont on sait si peu que le nom même des plus illustres est encore un problème, aient poussé jusqu’en Saxe leurs mystérieuses investigations? Croirai-je, comme on a voulu me l’insinuer, que les solitudes de la Forêt-Noire. bien autrément accessibles alors à des habitants de la Belgique, recèlent des beautés d'un caractère analogue à celles qui recommandent Ottewald? Je ne sais, mais j'éprouvais quelque chose de cette surprise religieuse qui me saisissait en Grèce, quand la tête de quelque jeune fille de Milo m'induisail à ne plus reconnaître dans le sculpteur de la Vénus qu’un copiste bien amoureux. |

Et tout cela, malgré les mille ponts, les garde-fous, les escaliers qui vous interdisent jusqu'à la crainte d’un faux pas, malgré les guinguettes qui se trouvent jusqu’au fond le plus retiré d'Ottewald! Cependant le ravin s’élargissait ; le chemin montait à travers d'innombrables buissons de myrtilles, tous chargés de leurs baies mürissantes, et à notre droite s’ouvrait une longue perspective de bois et de montagnes, hérissée de roches prismatiques, comme d’autant de forteresses naturelles. C'est là ce qui explique le nom donné au rendez-vous favori des promeneurs de la Suisse saxonne, die Bastei ou le Bastion. Ce lieu était d'autant mieux choisi pour nous que de l’immense point de vue qu’on y embrasse on peut se faire une idée exacte

de tout le pays exploré par les voyageurs sentimentalistes. En descendant des montagnes de la Bohême, l’Elbe est forcé de se faire un chemin à travers une barrière compacte de rochers. De chaque côté du fleuve s'élèvent et s’opposent des cônes tronqués, taillés sur leurs flancs en prismes allongés, véritables nids de faucons, dont le plus vaste a reçu le château célèbre en Saxe de Kænigstein. Depuis Pirna jusqu’au sommet bohême du Winterberg, l'horizon offre l'aspect d’une vaste mer coagulée au plus fort de la tempête; l'imagination peut rêver dans le creux de ses flots toutes les variétés d’accident qui font le charme des pays sauvages. De toutes ces pointes qui hérissent la plaine et font rebrousser le cours de l’Elbe, la Bastei seule, disposée en promontoire, offre sur sa face opposée une pente douce, accessible aux plus indolents promeneurs. Ainsi, que l'on monte à pied en venant d’Ottewald, ou qu'on suive paresseusement la route des voitures , le coup d’œil n’en est pas moins subit, l'effet de cette roche suspendue au-dessus du fleuve à près de huit cents pieds n’en saisit pas moins fortement l’imagination. Tandis que derrière vous le bruit des fourchettes dans l’auberge de la Bastei se mêle aux sons aigres de l’inévitable orchestre en plein vent, vous voyez à votre gauche les éperviers se poursuivre de pointe en pointe dans l'amphithéâtre des rochers: à droite et dans le fond coule l’Elbe en longs méandres, sur lesquels glissent des bâteaux si éloignés de votre œil que vous percevez à peine les formes des mariniers qui les halent à la cordelle.

La Bastei est tout à fait une terre de liberté, car c’est

a0 VOYAGES.

prodigieux d'établissements industriels ne la vivifiait : là, du moins, si l'intelligence n’a pas de grands moyens pour s'élever bien haut, peut-on dire que les affaires la tiennent dans une activité conlinuelle. Quoi qu'il en soit, en vérité, Saardam était beaucoup plus amusant aux Variétés, quand Potier régnait encore, que je ne l'ai trouvé en Hollande. Il n’y a pas le plus petit mot pour rire dans ce diable de pays; il y règne une sorte «le sérieux puritain qui tuerait un homme du Midi en quinze jours; ajoutez à cela que cette contrée a cruellement souffert des inondations de 1895, que tous les arbres sont morts, et vous comprendrez qu’en dépit de ses rues frottées et de treize cents moulins à vent, celte ville parle moins à mon imagination que les arcades du Colysée.

Je ne veux porter aujourd’hui aucun jugement sur Amsterdam, d’abord parce que je l’ai à peine vu, ensuite parce que je suis monté en mauvaise humeur. Au moins ai-je la certitude de voir demain de beaux tableaux et peut-être quelques monuments curieux, mais il faudra beaucoup pour me remettre en goût de cette grande ville à laquelle je préfère la moindre de celles où ÿ ai passé précédemment. |

Demain au soir, à six heures, je Fopertire pour Anvers: j'y consacrerai la journée du mardi à revoir plusieurs des belles choses que j'ai admirées à mon premier passage, car au fond j'en suis resté à Rubens et la cathédrale d'Anvers.

Que ce voyage eût été différent si nous l’avions fait ensemble, posément, nous communiquant nos impres-

sions, vivant l’un pour l’autre dans ce monde d’inconnus qui nous auraient entourés ! Mais on ne peut avoir tous les bonheurs à la fois : de pareils châteaux en Espagne ressemblent trop au paradis pour qu'on puisse y croire en ce monde !

LA

Il ne faut pas s'étonner de cette façon de dire. Les Allemands, qui en genéral ne répugnent pas aux alliances de mots, quelque forcées qu'elles soient, usent de celle-ci avec prédilection toutes les fois qu’il s’agit de désigner dans la.nature un pays fortement accidenté, des aspects sauvages, un mélange plus ou moins heureux à l'œil d'eaux, de bois et de montagnes. Ainsi vous avez la Suisse bavaroise, la Suisse autrichienne, la Suisse franconienne, tout aussi bien que la Suisse saxonne; vous auriez la Suisse prussienne, si, sur cette terre de sables stériles et de maigres sapins, la nature cessait un moment d'être monotone et rechignée. En Saxe surtout, où le Nord s’oublie par intervalles pour rappeler les plus délicieux paysages de l'Italie et de la Grèce, le nom de Suisse saxonne n'est pas une hyperbole, c’est presque un ou-

trage à cette nature si large, si noble, si majestueusement calme et gracieuse que l'Elbe se plait à refléter dans ses eaux.

Mais Dresde et les minarets de son église catholique, Pilinitz et la couronne touffue de ses bois, Tharand même et les jolies maisons de bois dispersées dans sa vallée, rien de tout cela ne forme la Suisse saxonne ; il faut dépasser Pilnitz et remonter l'Elbe jusqu'aux confins de la . Bohême pour jouir de ces beautés naturelles dont Dresde se montre aujourd’hui plus fière que de la #adone de saint Sixte ou de la Vuit du Corrége. C’est ce que chacun vous répète à Dresde : quand verrez-vous la Suisse saxonne ? Il faut trois grandes journées, on vous en prévient, pour ce voyage ; vous prendrêz un passe-port de l'Autriche ; vous vous armerez du bâton de pèlerin ; vous serez ravi à coup sûr, pour peu que Jupiter suspende les trésors de sa pluie. Eh mon Dieu! que me parlez-vous de vos trois journées de voyage ! Je n’ai pas eu en ma vie trois jours pour les grottes aux mille couleurs d’Ibsamboul, ni pour les oliviers d’Agrigente, ni pour l’ombre des marbres de Sunium, et vous prétendez que j'en consacre tout autant à votre semblant de Suisse, que je me livre trois soleils durant à vos fantaisies de sentimentalités naturelles? Passe pour un jour encore, et n'oubliez pas de m'indiquer le bel endroit. |

Ce qui fut dit, fut fait : je trouvai des gens de bonne composition pour m’entreprendre la Suisse saxonne en un jour, et un peu après le bois de Pilnitz, en approchant du clocher de Lohmen, je fus averti que le pays des mer-

veilles allait s'ouvrir à mes regards. Lohmen, en effet, avec son étroite et verte vallée, son moulin bouillonnant, son château ruiné dont le pied se baigne dans les eaux, le pont oblique qui les traverse et dont la chaussée de larges dalles rappelle les voies antiques; Lohmen réussirait à captiver un moment sans doute le capitaliste le plus enfoncé dans la spéculation des laines, ou le professeur méditant avec le plus de profondeur sur l’ineffable bonheur que procure un titre de conseiller de cour dans une principauté de douze mille âmes.

Au reste, ne croyez pas que rien s’exclue, de l’utile et du beau, dans cette sage et patiente Allemagne. Il y a temps pour tout en ce pays, aussi riche en alliance d'idées qu’en alliance de mots : l’homme et l'autre, comme dit M. Xavier de Maistre, marchent de front dans un concordant attelage, ou plutôt c’est comme deux amis qui vivent ensemble, mais avec une ligne de vie diamétralement opposée, sans avoir quasi le temps de se rendre compte mutuellement de leur progrès. Le jour vient où tous deux atteignent ensemble le but qu'ils se sont proposé ; l’un est Goethe, l’auteur de Werther et de Faust; l’autre est Son Exc. M. de Goethe, le ministre d’État et le parfait courtisan.

Il n'est donc personne en Saxe qui ne trouve un moment d'humeur libre et d'émotion rêveuse pour admirer le paysage de Lohmen. D'ailleurs, le guide est là avec sa plaque et son numéro, pour vous rappeler vos devoirs de promeneur. Vous me direz qu’en pareil cas un guide est peu votre affaire. Tout vaut, dites-vous, par le neuf et

l’inattendu : inattendus, un groupe d'arbres, une claire fontaine, un tourillon démantelé, charmeront vos regards ; mais les merveilles vantées à l’avance ont besoin d’être dix fois merveilleuses pour vous séduire.

Qui sait pourtant si vous ne devez pas beaucoup perdre à cette pédante roideur de l’individualité? Ici, et c’est un des grands avantages de la nation, les impressions simultanées jouent un rôle important : l'individu sait s’abdiquer au profit de la masse , et reçoit en échange une somme de jouissances vraies et de douces émotions. C’est comme la voix allemande, qui, dit-on, s’assouplit plus aisément que la nôtre aux combinaisons harmoniques, et se pose à son rang, dans l'édifice des chœurs, comme un bon soldat s’aligne avec sa compagnie. Voyez ! les chariots arrivent à la file; les promeneurs abondent par groupes, par familles, par bandes entières ; les paysans ne sont guère moins.nombreux que les habitants des villes; chacun a renié pour le moment le comptoir ou la charrue : il pleut, sur cet amalgame de toutes les conditions sociales, comme une flamme commune de poésie. Tout est sérieux, tout est sincère ; le sarcasme de l’indifférence serait méprisé, le dédain de la contradiction semblerait chose inonstrueuse.

Obermann prétend que, sans les bois, la nature de Fontainebleau compterait parmi les plus rebutantes du monde. L'observation d'Obermann , quoique peut-être au fond dépourvue de justesse, n’en est pas moins curieuse à appliquer à tous ces lieux insignifiants par eux-mêmes, qu'un hasard, un rien, ont transformés en trésors d'art et

de poésie. La partie la plus gracieuse et la plus originale sans contredit de la Suisse saxonne est de ce nombre : qu’on se représente, non une vallée entre deux sommets inégaux et changeants, mais une simple fissure à la surface d’une plaine, et l’on aura une idée exacte du défilé d'Ottewald. À dix pas de distance, on ne soupçonnerait pas l'existence de ce défilé. Les parois en sont si rapprochées l’une de l’autre, qu’un voyageur aérien le remarquerait à peine, ou le prendrait pour un ruisseau de feuillage. C’est en glissant sur les gazons mouillés par une pluie d'orage que nous descendions dans ce gouffre, où gazouille un ruisseau, faible ressouvenir des torrents dans les véritables montagnes. La chaleur était accablante; le ciel, dans ses variations rapides de soleil et de nuées, nous lancait tour à tour de larges coups d’arrosoirs, et des rayons, que le feuillage des pins, en les tamisant, rendait plus cuisants encore. Les promeneurs étaient nombreux pourtant, et vous n’auriez pas entendu une seule de ces exclamations d’impatience et de fatigue que la moindre gêne corporelle arrache aux peuples du Midi. Quand on a dit qu’Ottewald est un long et tournoyant ravin, tendu sur les deux rives d’arbres épais et tapissé dans le fond d’une végétation puissante, on croit peutêtre avoir indiqué le caractère de cette nature; on se figure en avoir compris le charme le plus singulier. Mais la situation d'Ottewald développe ici des aspects dont on ne saurait se faire ailleurs aucune idée. Ici, l'air, loin d’être raréfié comme dans les montagnes, se charge et se condense de toutes les vapeurs agglomérées dans la

plaine. Ce ne sont plus, comme au sommet des Alpes, des beautés nues aux formes rigides et accusées : oe sont comme des foules de nymphes, drapées de gazes transparentes et humides qui fuient devänt vos yeux, qui se cachent derrière les pointes, qui murmurent au fond des grottes ; l’air, presque perceptible à l'œil, semble comme un tissu délicat qui adhère à tous les objets, en adoucit les aspérités, en brode les contours. Les roches à demi éboulées ont beau menacer vos têtes, les pins frappés par la foudre projettent en vain sur l'abîme leurs troncs échevelés : tout vous est jeu, caprice d’un dessinateur ingénieux ; et puis, les plantes, au fond de ce ravin, développent avec tant de sécurité leurs formes luxuriantes, leur tige est si forte, leurs feuilles si larges et si gonflées, qu’on 8e sent prêt à envier leur bonheur caché, qu’on voudrait s'associer à leur existence de violetfe, et se faire ermite d'Ottewald. Vous connaissez ces paysages dépourvus de perspective des maîtres primitifs de l’école des Pays-Bas , et dont on retrouve la trace jusque dans les ouvrages de Léonard de Vinci, au fond de la Vierge aux rochers et derrière la tête de la Joconde. Peut - être même avez-vous admiré dans la moitié du chef-d'œuvre des van Eyck que Berlin conserve, ou dans le Saint Christophe d'Hemling de la galerie Boisserée, à Munich, ces entassements d'arbres et de rochers dans les anfractuosités desquels l'imagination des vieux maîtres a logé les Antoine et les Paul : bizarre échange avec les solitudes dessgéchées de la Thébaïde , .et contre lequel les saints pénitents auraient réclamé sans doute, comme contre une

tentation diabolique. Eh bien ! Ottewald peut passer pour le type de -cette nature que j'avais jugée jusque-là une admirable fantarsie. Comment expliquer cette rencontre inattendue dè la nature et de l'art? Supposera-t-on que ces vieux et grands maîtres, dont on sait si peu que le nom même des plus illustres est encore un problème, aient poussé jusqu’en Saxe leurs mystérieuses investigations? Croirai-je, comme on a voulu me linsinuer, que les solitudes de la Forêt-Noire. bien autrément accessibles alors à des habitants de la Belgique, recèlent des beautés d'un caractère analogue à celles qui recommandent Ottewald? Je ne sais, mais j’'éprouvais quelque chose de cette surprise religieuse qui me saisissait en Grèce, quand la tête de quelque jeune fille de Milo m'induisait à ne plus reconnaître dans le sculpteur de la Vénus qu’un copiste bien amoureux. | |

Et tout cela, malgré les mille ponts, les garde-fous, les escaliers qui vous interdisent jusqu’à la crainte d’un faux pas, malgré les guinguettes qui se trouvent jusqu’au fond le plus retiré d’Ottewald! Cependant le ravin s’élargissait ; le chemin montait à travers d'innombrables buissons de myrtilles, tous chargés de leurs baies müûrissantes, et à notre droite s’ouvrait une longue perspective de bois et de montagnes, hérissée de roches prismatiques, comme d’autant de forteresses naturelles. C’est là ce qui explique le nom donné au rendez-vous favori des promeneurs de la Suisse saxonne, die Bastei ou le Bastion. Ge lieu était d'autant mieux choisi pour nous que de l’immense point de vue qu’on y embrasse on peut se faire une idée exacte

de tout le pays exploré par les voyageurs sentimentalistes, En descendant des montagnes de la Bohême, l’Elbe est forcé de se faire un chemin à travers une barrière compacte de rochers. De chaque côté du fleuve s'élèvent et s'opposent des cônes tronqués, taillés sur leurs flancs en prismes allongés, véritables nids de faucons, dont le plus vaste a reçu le château célèbre en Saxe de Kænigstein. Depuis Pirna jusqu’au sommet bohême du Winterberg, l'horizon offre l'aspect d’une vaste mer coagulée au plus fort de la tempête; l’imagination peut rêver dans le creux de ses flots toutes les variétés d’accident qui font le charme des pays sauvages. De toutes ces pointes qui hérissent la plaine et font rebrousser le cours de l’Elbe, la Bastei seule, disposée en promontoire, offre sur sa face opposée une pente douce, accessible aux plus indolents promeneurs. Ainsi, que l’on monte à pied en venant d'Ottewald, ou qu’on suive paresseusement la route des voitures , le coup d’æil n’en est pas moins subit, l'effet de cette roche suspendue au-dessus du fleuve à près de huit cents pieds n’en saisit pas moins fortement l’imagination. Tandis que derrière vous le bruit des fourchettes dans l’auberge de la Bastei se mêle aux sons aigres de l’inévitable orchestre en plein vent, vous voyez à votre gauche les éperviers se poursuivre de pointe en pointe dans l’amphithéâtre des rochers; à droite et dans le fond coule l’Elbe en longs méandres, sur lesquels glissent des bâteaux si éloignés de votre œil que vous percevez à peine les formes des mariniers qui les halent à la cordelle.

La Bastei est tout à fait une terre de liberté, car c’est

le seul endroit de l'Allemagne où j'ai entendu la Marseil laise, et Dieu sait quelle Marseillaise ! Les bons Saxons ne songent pourtant guère à Hambach. À la Bastei, les physionomies respirent toutes la même jouissance, celle d’un peuple dont la littérature seule a créé les émotions. Que dire de- cet inconcevable effet de la volonté d’une douzaine d'hommes qui, à un jour donné, se sont proposé de faire de leurs concitoyens une nation poétique ? Appliquera-t-on le scalpel psychologique à cette passion universelle pour le paysage ? Sera-t-il raisonnable d’user d'ironie à l’égard de cette disposition éveillée, dans une circonstance favorable, par deux bons pasteurs bien avisés pour le salut temporel de leurs paroissiens? Ou reconnaitra-t-on tout simplement qu'il est heureux qu’un bonheur né de l'imagination soit venu là s'implanter hier, quand tant de jouissances de l'imagination disparaissent de la face du monde? Je ne suis plus compétent à traiter ces questions, ayant partagé pendant un jour l'enthousiasme des Saxons pour leur fantaisie de Suisse.

En attendant , les résultats matériels sont immenses pour le pays. Les paysans saxons de cette contrée, naguère très-pauvres, doivent à l’affluence des voyageurs une aisance qui s'accroît d'année en année; les paysans saxons, devenus riches, n’ont pas du moins oublié les auteurs de leurs richesses : les noms des deux pasteurs qui ont deviné les ressourcès pittoresques de la Suisse saxonne leur sont demeurés chers et sacrés. À dix pas de la Bastei, au-dessus d’une aiguille sourcilleuse dont l’abord a été rendu accessible par un pont jeté en travers

d'un gouffre immense, on lit l'inscription suivante, à laquelle la collection de Gruter, ou le monument admirable dans lequel M. Boeckh réunit les plus imperceptibles fragments de l’épigraphie grecque, n’offre, je pense, rien de voisin, et, dans son genre, de comparable :-

A la mémoire de deux hommes respectables :

M. Charles-Henri NicoLaï, né à Berlin, le 26 novembre 1739, mort le 18 septembre 1823, pasteur émérite de Lohmen , et M. Guillaume Lebrecht GOoETZINGER, né à Struppen, le 1° septembre 1758, mort le 22 avril 1828, pasteur de Neustadt, près de Stolpen, qui les premiers ont attiré les regards des étrangers sur ce pays : les guides de la Suisse saxonne, | reconnaissants.

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