CHAPITRE PREMIER
NAUFRAGE DE L’'AMPHITRITE, | Au port de Boulogne , le 31 août 1835.
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Ernest et Hortense Blainville, enfans d’un négociant de Paris, allaient en partie de plaisir visiter leur oncle Durfort, ancien capitaine de vaisseau, retiré du service , et résidant à Choisy-le-Roi. Ils étaient accompagnés de leur mére, sœur de ce capitaine, et de leur cousin Frédéric, élève de Y école Polytechnique. C'était pour eux un
jour de grande fête, car on avait décidé de
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se rendre à Choisy par le bateau à vapeur VHirondelle, qui remonte la Seine et transporte passagers et marchandises jusqu’à Montereau. On s'était donc embarqué au Port-au-Blé, sur ce joli petit bâtiment où se trouve un salon très élégamment décoré, et où tout gastronome peut être certain de trouver un restaurant bien approvisionné.
Déjà lon avait dépassé le pont de la.Cité, et lon éfait en vue de ce majestueux pont de fer qui unit les deux rives de la Seine vis-à-vis le jardin du Roi. .… 7 {ee
Le ‘tems était superbe, et lazur des cieux reflétait agréab'sment sur l’onde limpide. Au lieu de se tenir rénfermés dans le salon, tous les voyageurs étaient sur le pont del’embarcation pour jouir du beau
coup d’ œil que présentent les rives de as. |
Séine. En passant devant le jardin du ro ure bonne vieille villagcoïse qui $e trou ÿaïtrau nombre des passagers, clevantises regards” vers'le "ciel, poussa un profond | soupir et parut trébtees comme t |:
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sonne surprise tout-à-coup par quelque douleur violente. Les voyageurs les plus proches d'elle s’informerent de ce qu’elle éprouvait. |
« Ne vous inquiétez point, leur dit-elle ; si je souffre*en ce moment, c'est que cet endroit me rappelle la perte de ma pauvre Brigitte, d’une fille qui faisait tout mon bonheur. Il y a une dixaine d'années, cette
chère enfant venait à Paris ramener un
nourrisson qu'elle tenait d’un bourgeois de la capitale, lorsque le coche qui la transportait heurta ici contre une pile du pont alors en construction, s’entrouvrit et coula à fond, sans qu’on ait eu le tems de sauver personne. Ma pauvre Brigitte! lorsqu'elle m avait quittée en m'embrassant ;+ je ne
pensais guère qu’elle me disait un éternel … adieu!»
: Chacun prit part au souvenir douloureuxdela bonne villageoise. On serappelait en effet la cruelle catastrophe arrivée au
coche d'Auxerre , où périrent tant de nour-
l NAUFRAGE
rices. «C'était donc, dit un passager, un événement dans le genre du naufrage de Amplhitrite, naufrage dont j'ai été témoin, me irouvant alors à Boulogne où ce désastre a eu lieu.
« Vous avez été témoin de cet événement, dirent les voyageurs? mieux que personne vous pouvez nous en donner des détails; parlez, nous vous écoutons. »
I se fit alors un tel silence sur le pont du bateau à vapeur, que l’on n’entendit plus que le bruissement des roues qui faisaient marcher le bâtiment, ce qüi, loin de nuire à la voix du narrateur, semblait ajouter à l'intérêt de son récit.
L’Amplhitrite, dit-il, était un bâtiment de transport, en charge pour Sidney New- South-Wales, ayant à bord cent huit femmes condamnées à la déportation, et douze enfans appartenant à quelques-unes d’entr’elless il avait pour commandant le capitaine Hunter, et seize hommes d'équipage; M. Forester, chirurgien , Sy trouvait
embarqué pour avoir soin de tout ce monde , et son épouse l'accompagnait. Ce bâtiment quitta le port anglais de Woolwich le 26 août 1833. La tempête le surprit dans la nuit du 29 , et le réjeta sur les côtes de France. Le capitaine fit ses efforts pour s'éloigner de la terre, mais en vain.
Le 51, sur les «quatre heures de l’aprèsmidi, le bâtiment fut entraîné par la violence du vent vers le port de Boulogne et prit terre. Le capitaine ordonna alors de jeter l'ancre , dans l'espérance qu’à la marée montante le bâtiment pourrait se remettre à flot, Hélas ! la mer, en montant, devait le mettre en pièces !
À la vue du péril qui menace ce bâtiment, on met un canoten mer , et le piloté Huré s'expose à la fureur des flots; mais il ne peut approcher. Le patron d’un bateau pêcheur, le brave François Hénin, qui a déjà sauvé diverses personnes dans des circonstances semblables, se. dévoue encore cette fois ; il court sur la plage, se dépouille
de ses vêtemens, se Jette à la mer et parvient au vaisseau naufragé. Il s'empare d’une*corde Gu’on lui lance de la proue; il croit pouvoir l’amener à terre et établir ainsi un moyen de sauvetage. Mais par une triste fatalité, cette corde se trouve engagée à bord du bâtiment; elle lui manque ainsi. Il revient aux naufragés , et leur crie de le hisser parmi eux; mais épuisé de fatigue, il sent ses forces prêtes à l’abandonner, et ce n’est qu'avec peine qu'il peut rejoindre la terre, —
Le capitaine de l'Amphitrite fait mettre son canot à la mer pour sauver du moins quelques personnes. L’épouse du chirurgien se prépare à y descendre, mais elle veut que son mari s’y place avec elle « Non , lui dit Forester, je ne puis abandonner mes prisonnières. — Eh bien ! reprend cette femme, nous mourrons ensemble... elle embrasse, et ne veut point le quitter. Le capitaine ne songe point non plus à tenter un moyen de salut, dans la
DE L'AMPHITRITÉ, 7 crainte que ses prisonnières lui.échappent et que sa responsabilité soit compromise.
Sur les sept heures, la mer commençant à grossir , l'équipage vit bien qu'il n° ÿ avait plus d'espoir d’être sauvé. Le capitaine et quatre matelots montérent sur les vergues; toutes les femmes étaiént sur le pont... Ces malheureuses se lamentaient ; mais le bruit des vents et des vagues dérobait leurs gémissemens à la foule rassemblée sur la plage. L’obscurité vient ajouter à Phorreur de cetableau. Loin de s’apaiser les vents mugissent avec plus de violence que pendant le jour, les vagues se succèdent avec force et rapidité; on distingue à peine le bâtiment, La mer oblige les plus intrépides à reculer. Tout-à-coup un mât est amené aux piéds des’spectateurs, puis des onnEAUE, puis des. débris, puis des cadavres !!! | Tout est fini |...
On court de tous côtés avec des fanaux, on se précipite sur la falaise; à chaque instant on ramasse des femmes,
[e) NAUFRAÂGE
des enfans, des hommes... tous morts! #3 Un pécheur nommé Bourgain, court vers un rocher; il croit apercevoir quelque chose qui se meut dans l’ombre... C’est un malheureux matelot, presque sans connaissance; il l'amène sur le rivage et on le porte dans la salle des secours de la société humaine ; deux autres sont recueillis; l'un est trouvé sans connaissance, à califourchon sur une planche que la vague a poussée sur le rivage; l’autre est ramené sur le sable, presqu'insensible; on les
‘ transporte à l'hôtel de la marine, où les
soins les plus touchans leur sont prodigués par M. Barry, maitre de cet établissement, ainsi que par des dames anglaises , au nombre desquelles se trouve madame Curtis, fille de M. Haves, dont le grand père a fondé la société humaine. Une jeune femme est amenée à cette dernière; à force de frictions on rappelle un peu de chaleur ; mais, hélas ! ‘point d'espoir ; la malheureuse ouvre les Yeux, puis expire on l'em-
DE L'AMPHITRITE. Ü porte, et M" Curtis court prodiguer ses soins à d’autres.
Dans cet horrible moment, les marins et les employés de la douane rivalisent de zèle
….. avecles habitans, et font preuve d'une ac-
tivité qu'ilest impossible de dépeindre. À mesure quelescorps sontapportés, les chirurgiens s’en emparent ; on les roule dans des couvertures, on les saigne. Une femme fait un léger mouvement; un sang noir s'échappe de son bras, ellesoulèveses paupiseres, on espère. elle meurt! Au fur et à mesure de cette terrible inspection, on dépose les cadavres dans un coin de la salle, bientôt on en compte soixante-cinq, dont deux hommes seulement : une de ces infortunées victimes tenait encore serré dans ses bras un enfant de deux ans.
Trois naufragés sorit sauvés, savoir Jehn Owen, maître d'équipage, et deux jeunes matelots nommés Richard Rice et James Towsey. Ovwrén est un homme superbe, âgé de 22 ans. Îla vu FPengloutissement
des femmes qui étaient sur le pont; ik a vu que les vagues allaient l’engloutir avec le capitaine et les matelots qui étaient sur les vergues ; alors il engagea ceux-ci à faire comme lui, à s’élancer dans les flots pour Ltâcher de gagner la terre à la nage. Ce marin en est à son treizième naufrage; est à la mer depuis l’âge de cinq ans, et il a fait douze fois le voyage des Grandes- Indes ; il a déclaré que, s’il s’est vu plusieurs fois aussi près de la mort, jamais il n’avaitautant souffert. «C’est bien horrible, disait-il à ses libérateurs, de voir -périr plus de cent femmes et une douzaine d'enfans, sans pouvoir leur porter secours. »
Par suite d’une bizarrerie du destin, la femme de chambre de M"*° Curtis reconnut dans John Owen son voisin et son ami d'enfance; ce marin est né à Crayfort, dans le comté de Kent; c’est le plus jeune de vingt-trois enfans, dont il ne reste plus que luiet quatre filles. Son premier mouvement après ayoir échappé à un danger
aussi imminent, a été de demander une sainte bible; cela fait son éloge.
Towsey appartient à une famille aisée ; - et le général Maxwell a été charmé de se trouver à Boulogne pour lui être utile dans cette circonstance.
Rice est né à Londres, et lon raconte qu'ayant reconnu Bourgain parmi ceux qui venaient le visiter, il s’approcha de Jui, lui serra la main avec expression , et lui dit en anglais : merci; puis d’un ton plus bas et en baissant les yeux, il ajouta:
Je voudrais bien vous donner quelque chose, mais je n'ai rien au monde. Et des larmes de reconnaissance venaient appuyer la franchise et la sincérité de: ses paroles.
Bourgain fut tellement ému, qu'il ne put également retenir quelques pleurs. J’espère quenous nous reverrons , lui dit-il, et que vous mangerez de ma pêche:
Le 2 septembre eut lieu l'enterrement des-soixante-cinq naufragés que L'on avait recueillis sur le bord de la mer; plus de
deux mille personnes accompagnèrent ce convoi, qui élait conduit par le Consul anglais. Ce cortège imposant annonçait que le malheur efface toutes les fautes, et que les nations diverses se plaisent à honorer la dépouille mortelle de ceux qu’un cruel destin a frappés.
Le lendemain, la mer déposa He nouveau sur le rivage les corps inanimés de trois hommes et d’une femme, Owen, Rice et Towsey reconnurent M. Forester , le second du bâtiment, et le cuisinier. Une cérémonie funèbre eut lieu comme 1pout les précédens,.
— Est-il possible que Pon ait déjà fait douze fois naufrage , comme Oweim, et que Jon ne soit point dégoüté de la mer!
dit Ernest ? | |
-— Combien je suis peinée pour cette bonne dame Forester, reprit Hortense !
Faut-il que la providence n'ait point sauvé un couple si tendrement uni !
— Pourquoi donc déportait-on ces
malheureuses ? demande madame Blainville. | Les cent-huit femmes condamnées à la déportation, reprit le narrateur, avaient encouru cette peine pour vol ou pour cause de mœurs dissolues, douze de ces malheureuses avaient leurs enfans avec elles; l’âge des femmes variait de vingt à cinquante ans, celui des enfans de cinq semaines à neuf ans. | Les femmes couchaient trois ensemble dans dés hamacs disposés tout le long d’une vaste salle au-dessous du pont; de trois en trois lits, il y avait une séparation en planches, chaque enfant comptait pour une personne. Une vieille Écossaise maltraitait son petit garçon , âgé de trois ans, de la manière la plus barbare; toutes les autres se montraient tendres mères ; une d'elles donnait régulièrement chaque jour une lecon d'écriture à son fils, âgé de sept à hüit ans. Elles venaient librement sur le pont; ni le capitaine, ni le chirurgien,
qui seuls avaient sur elles un droit de po:
lice, ne leur imposaient aucune contrainte à cet égard; si quelqu’une d’entr’elles se mutinait, on l’enfermait pendant plusieurs heurés dans une cage de bois exposée sur
le pont; cette loge étroite, semblable à la
gaine d’une pendule, était tout juste-assez haute pour qu’une femme püt s’y tenir debout sans faire aucun mouvement; des trous percés au sommet laissaient un passage à l'air extérieur. La cage a été retrouvée avec d’autres débris sur la jetée de Boulogne ; mais il n’y avait point eu de grands sujets de punition, car on n'imposait à ces malheureuses aucune sorte de travail ni de corvée, si ce n’est d'apporter tous les matins leurs hamacs sur le pont , afin de les exposer au grand air quand il faisait beau.
La femme du chirurgien n’adress ait jamais Ja parole à.ces fenïmes, à l'exception d’une seule qui était de Nottingham, âgée de vingt-huit ans , etqui se nommait Poole; elle se servait d’elle comme de femme de
chambre. Parmi ces condamnées il se trouvait onze catholiques.
Avant de partir du port de Woolwich, l'Amplutrite avait recu la visite de mistriss Fry, quakeresse, et de deux autres Fe ne de la même secte. Ces personnes charitables avaient donné: à chacune des
déportées une Sainte Bible, car presque toutes savaient lire : les voleuses, pen-
dant leur détention à Newgate, avaient recu, dans lécole de cette prison, un commencement d'instruction. La possession des bibles était pour ces condamnées un don précieux ; elles passaient une partie de leur journée à lire et à coudre. On a trouvé, après le naufrage, un coffre appartenant à l’une de ces infortunées ; il était rempli de vêtemens simples mais propres, et de très bon linge ; la propriétaire de ces effets avait fait une petite provision de passe-lacets en acier, d’aiguilles assorties, d’épingles et de petites pelotes de fil de lin ou de coton:
Owen, en sa qualité de maître d’équi-
page, avait la fonction de hisser le fauteuil dans lequel Les dames quakeresses faisaient leurs visites ; elles y sont venues quatre ou cinq fois pendant le séjour du navire à Woolwich. Une des condamnées plus endurcie que les autres, répondait à leurs sages conseils : « Que m'importe la vie éternelle! je suis lasse de vivre, même dans ce monde; mon vœu le plus ardent serait que le vaisseau pérît corps et biens, et que nous fussions toutes noyées avec ceux qui nous emmènent. » Les autres femmes se mirent à rire de ‘cette sinistre prophétie qui, quelques jours plus tard, devait s’accomplir.
Une fille de pays de Galles, âgée de dixneuf ans, ne sachant point parler un mot d'anglais , était le souffre-douleur ; on se moquait de son patois, on lui volait tout ce qu'elle possédait , et lorsqu'on n'eut plus rien à lui prendre, parfois l'une ou l'autre la battait. Aussi ne prenait-elle pas son malen patience. Assise dès le matin sur le gaillard d’arrière, cette pauvre fille regar-
dait les traces profondes laissées dans la mer parlesillage du vaisseau, etse mettait à pleurer. Pendant plusieurs jours, elle refusa touteautrenourriture qu'unepoire ou une pomme et un verre d’eau, qu'on la forçaiten quelque sorte de prendre de tems en tems.
Les femmes coupables de vol formaient une classe à part des condamnées pour mœurs dissolues ; les premières étaient les moins traitables et les plus paresseuses. Une fille de quatorze ans, embarquée volontairement, appartenait à l’une de ces misérables : pour suivre sa mère, elle était sortie de l'hôpital, où on la traitait comme phthisique ; elle serait certainement mcrte en route, si le voyage de l’4mphitrite eût dû se consommer.
Trois filles étaient de Worcester; l’une d'elles, âgée de vingt-trois ans, se distinguait par sa beauté ; on les voyait toujours ensemble, n'ayant que peu et même point de communication avec leurs autres compagnes de captivité. Tous les soirs elles
s’asseyaient sur un banc pour lire la bible, coudre ou chanter; le plus souvent elles chantaient des cantiques, jamais de chansons licencieuses. La mort même ne les scpara point, car elles se tenaient enlacces lorsque les flots les engloutirent , et on les retrouva ainsi lorsque la mer apporta sur le rivage leurs corps inanimés.
Dans le premier moment, la plus grande partie de ces femmes fut loin de soupçonner toute la gravité du péril. On les voyait faire tranquillement leurs paquets , se préparant à descendre dans les embarcations qui, selon elles, devaient les conduire à terre ; quelques-unes ne voyaient peut-être dans le choc des élémens qu’un moyen de délivrance. Owen remarquant une jeune fille qui ne se pressait pas de rassembler ses effets, lui en donna charitablement le conseil. «Peu m'importe, mes effets, dit cette fille, une fois que je serai sur le plancher des vaches, je ne manquerai de rien. » Cette sécurilé dans le danger était d'autant plus
extraordinaire , qu'avant l'ouragan, presque toutes se montraient craintives à l’excès; elles tressaillaient au moindre coup de vent , à a moindre secousse, et demandaient si le navire n'allait pas faire capot.
Le capitaine et les gens de l’équipage cachèrent à ces malheureuses jusqu’au dernier moment le funeste sort que chacun allait subir. Elles ne connurent leur cruelle destinée que lorsque. la marée haute fit monter les vagues par dessus le pont du vaisseau quiétait échoué; les flancs du navire éprouvaient alors les secousses les plus effroyables. On ne saurait jamais dépeindre tout ce qu'avait d’affreux le cri lamentable que poussèrent à la fois cette centaine de femmes , lorsqu'une vague impétueuse les plongea toutes ensemble dans labîime,
— Quel douloureux spectacle en effet ce dut être Ls’écrièrent tous ceux qui écoutaient ce récit.
— Jamais, non jamais, reprit le narrateur, vous ne pouvez vous figurer quelle
horrible angoisse on éprouve à voir des infortunés se débattre contre une mort - presque certaine sans pouvoir les secourir. Au moment où nous apercevions ces malheureux en proie au désespoir, nous leur tendions les bras, comme si nous avions pu les sauver ; nous les encouragions de nos gestes qu'ils ne voyaient pas, de nos conseils qu'ils ne pouvaient entendre; nous adressions pour eux au ciel les prières les plus ferventes’, seul recours dont il nous était permis d'espérer quelque efficacité.
Peut-être le capitaine eût-il pu sauver son équipage, s’il cût consenti au débarquement de ses prisonnières dès qu'il fut échoué ; il s'est montré plus sévère que la loi, qui ne les avait pas condamnées à mourir. Mais peut-on l’accuser lorsqu'il a partagé leur sort, lorsqu'il est mort victime d’un devoir trop rigoureux sans doute!" Il est possible que son malheur serve d’exemple, et qu’à l'avenir des instructions précises fassent connaître aux officiers char-
DE L'AMPHITRITE. | gés de semblables missions, qu'il est des circonstances où une force majeure doit faire prêter l'oreille au cri de la nature, sans crainte d'être blämé.
En récompense du courage et du dévouement que Francois Hénin a déployé dans cette circonstance, le gouvernement lui a accordé la croix de la légion d'honneur, et ce brave homme mérite d'autant mieux cette honorable distinction ; que c ‘est peutêtre la vingtième fois ati expose sa vie
pour sauver celle de ses semblables.
Ce beau trait de Francois Hénin, ainsi que la récompense qui lui a été décernée, ajouta le narrateur, rappelle la conduite de Boussard, pilote au port de Dieppe, lequel avait fait vœu de sauver aux dépens de sa propre vie, tous les naufragés auxquels il pourrait être utile, et cela pour rendre hommage aux mânes de son père, qui fut noyé sans qu'on püût le secourir; de sorte que le dévouement de Boussard était une double vertu , puisqu’en servant
si chaudement l'humanité , il payait également un tribut à la piété filiale. Dans le naufrage d’un bâtiment français, à peu de distance des jetées du port de Dieppe ; le 31 août 1777, Boussard tint une conduite si admirable, que Louis XVI voulut qu'il lui fût présenté. En le voyant, le monarque dit avec sensibilité : « Voilà véritablemént un brave homme!» Et ce surnom de brave homme en resta à Boussard. Le roi lui accordaunegratification de mille francs, et lui fit trois cents livres de rente. Il lui. fut décerné une médaille en or, et l’on fit bâtir une maison pour lui et sa famille.
Pendant que les marins de Boulogne cherchaient à secourir les naufragés de l'Amphitrite , quarante-cinq D ps de pêche, du port de Boulogne même ,‘étaient aussi battus par la tempête sur les côtes d'Écosse. Vingt-six d’entr’eux étaient jetés äla côte, et six embarcations entièrement brisées ; deux cents marins, composant les équipages des bateaux échoués, perdaient
DE L'AMPHITRITE. 33 à peuprès tout ce qu'ils possédaient , et sans l'humanité de la population entière de Newton, tous peut-être auraient perdu la vie. Au milieu de ce désastre, on a surtout remarqué le dévouement d’un offcier de la marine royale anglaise, M. Sanders; il s’élança le premier , et à plusieurs reprises, dans les flots, pour jeter aux naufragés des lignes munies de plomb, ‘au moyen desquelles il parvint à les sauver ious. En récompense de sa généreuse conduite et de ce beau trait d'humanité , le gouvernement français a nommé cet officer membre de la légion. d'honneur.
Le narrateur termina son récit par cette.
belle exclamation : Honneur! oui, mille fois honneur aux braves gens de toutes les nations qui s’exposent courageusement lorsqu'il s’agit de secourir l’homme en péri! C’est principalement dans ces cruelles circonstances qu'il serait bien doux pour lès âmes généreuses de voir les hommes de tous les pays agir les uns envers les au-
tres comme s'ils ne composaient qu'un peuple de frères!
La relation du naufrage de lAmphitrite, ainsi que le beau trait d’'Hénin, de Boussard et de Sanders, avaient intéressé tous les voyageurs du bateau l’Hirondelle. On venait de passer le pont de Charenton, et l'on se trouvait alors à la hauteur du Portà-J'Anglais. Au nombre des personnes qui se rendaient à Choisy, était un habitant de Cherbourg , aussi témoin du naufrage récent d'une frégate française. Encouragé par l'attention que l’on avait prêtée à celui qui venait de parler, il prit la parole à son tour, et raconta cet autre événcment.
de ve varrae vu RAT VU VV VE LE SA WU LVLUVEGLERS LL VUUE AN LE LR VE SALE LELULE VELEL LUS es -