‹ Beaux traits de l'histoire des naufragesChapitre 23 sur 56 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

NAUFRAGE D'UN JEUNE BORDELAIS, Sar le rivage des tles Sandwich , en 1814.

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L'auteur d’un livre fort intéressant, intitulé : Mouveau voyageur de la jeunesse, raconte le naufrage suivant, lequel, dit-il avec raison , semble tenir du roman, et cependant n’est que l’exacte vérité :

Un jeune Français, serrurier-mécanicien, abandonna vers l’année 1814, Bordeaux sa ville natale, et s'embarqua inconsidérément pour tenter la fortune, laissant ses parens dans la désolation. Jusqu'en 1825, sa famille ignora ce qu'il étaît devenu; ce ne fut qu'à cette époque qu'elle apprit ses aventures extraordinaires.

Le vaisseau sur lequel il était monté es-

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suya la plus violente tempête, et après avoir été long-tems balotté par la fureur des vagues, vint se briser contre des rochers à fleur d’eau, non loin des îles Sandwich. L’équipage tout entier périt ; notre jeune Français échappa seul à la mort.

Pendant quarante-huit heures il vogua accroché à des débris dont il s'était saisi au moment du naufrage ; le troisième jour les flots le jetèrent sur le rivage d’une de ces îles. Entouré aussitôt par les sauvages qui l’habitaient, il fut assez heureux pour gagner leurs bonnes grâces : ils pourvurent à ses besoins ; et le roi lui-même voulût qu'il habitât sa cabane. Deux ans s’étaient à peine écoulés, qu'il connaissait leur langue, leurs mœurs, leurs usages et possédait toute leur confiance. Rien ne se faisait sans le consulter; adroit, intelligent,

actif, illeur donnaune idée de nosarts, leur enseigna à se fabriquer des outils pour toutes sortes d'ouvrages, leur persuada de s'appliquer à la culture de leur terre si fé-

conde d’ailleurs par elle-même; elle donna en effet par année deux récoltes complètes.

Enfin il devint le bieñfaiteur de ce peuple, l'ami , le confident de leur roi dont la sagesse ferait honneur à un Européen, si l’on en croit ses récits. En voici une preuve: . parmi les effets que la mer jeta sur le rivage, il se trouva un jour un miroir. Le roi demanda au Français son usage; et comme, après lui en avoir donné l’explication , 1l le remettait galamment entre les mains d’une des femmes de la famille, le roi s’en saisit, et le brisa en disant : si nos femmes sont belles, ce ne doit être que pour nous, et elles-mêmes n'ont pas besoin dele savoir; ce meuble, en les mettant à même d'admirer leur beauté, nous deviendrait dangereux.

— En effet, dit madame Rlado:ttés voilà de la Hahée philosophie Rs un chef de sauvages! Hortense sourit à celte exclamation de sa mère, parce que cela lui

rappelait ses sages conseils sur les dangers |

de la coquetterie.

M. Durfort continua sa lecture : Quel que fût le bonheur dont jouissait le jeune

Bordelais, dit-il, l'amour de la patrie l’em- |

portait dans son cœur; sans cesse, dans ses conversations avec le roi, il dépeignait

à quel point de civilisation l'Europe était |

parvenue, et combien il regrettait dans son exil le beau pays qui l'avait vu naître.

Ses éloges enthousiasmaient le roi, et produisirent même une telle impression, qu’il fut résolu qu’à la première occasion on renverrait en France le naufragé, en lui confiant le fils de ce chef des insulaires, pour qu'ilrapportât dans ces îles l’instruction nécessaire à un bon souverain. Il ne manquait qu'un vaisseau pour faire cette longue et ptrilleuse traversée.

Un jour la mer poussa sur les côtes , les débris d’un navire brisé par la tempête ; à force de bras, on parvint à les tirer sur Ja grève, et comme on examinait avec cu-

riosité les divers objets recueillis , jugez de la stupeur des insulaires! Le Français avait fouillé un coffre renfermant des papiers ; tout-à-coup il tombe dans une agitation extrême en développant un de ces papiers; et il s'évanouit en le lisant. On le secourt, on l’interroge : c'était une lettre à lui adressée par son père, qu'il venait de trouver ; la surprise et la joie avaient causé son évanouissement. Il explique à ses amis étonnés comment les ‘peuples civilisés pouvaient ainsi se communiquer leurs pensées d’une extrémité de la terre à l’autre, au moyen de ces caractères tracés sur le papier; chacun admire ces belles conceptions du génie humain; et le départ du fils de l'insulaire n’en fut que mieux décidé.

En quelques mois, le Bordelais eut construit , avec les planches, les clous et les ferremens du vaisseau naufragé, une barque informe, mais assez solide; et se confiant en la providence, il se lança sur l’immense étendue des mers. Dans ce fréle es-

quif, accompagné du jeune fils des insu laires et de quelques serviteurs. Dieu bénit ses efforts ; après huit jours d’appréhension, ilsrencontrèrent une chaloupe Hollandaise, à bord de laquelle ils montèrent, et is se firent conduire en Angleterre.

Le Bordelais demeura à Londres quelques mois, racontant dans les sociétés ses aventures; mais il eut le malheur d’y perdre le jeune insulaire qui, rebelle aux conseils de son mentor, ne voulut pas se modérer dans l’usage des liqueurs fortes, dont il ignorait les pernicieux effets. Comment ensuite se présenter devant un père qui lui avait confié ses plus chères espérances; ne le croirait-il pas le meurtrier de son fils? Jelles étaient ses craintes, et elles étaient justes. Revenu à Bordeaux dans le sein de sa famille, il apprit que des marchands visitant les côtes où il avait fait naufrage, Je calomnièrent par un vil motif de jalousie, en le faisant passer pour l’auteur de la mort du jeune sauvage, et que le roi de

cette contrée avait résolu sa mort sil paraissait devant lui. Ainsi s’évanouirent les espérances qu'il avait conçues, d'aller avec une nombreuse famille et un certain nombre d'amis, jouir des richesses territoriales et de la considération qu'il y avait acquises à si juste titre.

« Nous tenons ces détails, dit l’auteur précité (M. l’abbé Gaudreau), de zélés missionnaires qui, excités par la relation du jeune Bordelais, sont partis pour aller prêcher l'Évangile aux îles Sandwich, etmaintenant établis avec honneur dans ces contrées ; ces dignes apôtres y opèrent un bien incalculable , en continuant l'œuvre de civilisation commencée par le serrurier naufragé. Nous avons lu de leurs lettres; elles annoncent que tout y prospère , mais qu'il serait impossible à l’infortuné jeune homme de se présenter dans ces parages, tant ia malignité l’a dépeint sous de noires couleurs à ces crédules insulaires. »

“Il est à regretter que le publiciste n'ait

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pas fait connaître le nom du jeune Bordelais, ni indiqué sur quel bâtiment il a fait naufrage. Mais le jeune Nantais dont je.

vous ai fait mention est connu. Venons à, fui.

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