‹ Beaux traits de l'histoire des naufragesChapitre 36 sur 56 · NAUFRAGE DU NAVIRE LE LUCY · texte numérisé non relu

NAUFRAGE DU NAVIRE LE LUCY

Dans les mers du Canada, en 1833,

Le navire le Lucy, de Padstow, cointé de Cornouailles , partit le 19 décembre 1833, du Canada, pour revenir à Padstow.

Le capitaine n'avait avec lui que dix hommes d'équipage. À peine ce bâtiment se trouva-t-il en pleine mer, qu'il fut assailli par des tempêtes continuelles , et le 31 , il éprouva un coup de vent d’une telle violence, qu’il chavira; le capitaine et un matelot furent noyés immédiatement. Les neufautres marins se cramponnèrent sur le flanc du navire, et ne peuvent que recommander leur âme à Dieu. Ils restèrent près

de vingt-quatre heures dans cette situation; alors le mât de misaine, le grand hunier et le beaupré se détachant du navire, il se redressa, et les neuf hommes grimperent sur le pont, où tout avait été emporté par les lames; la coque du bâtiment était remplie d'eau. Le grand mât étant demeuré debout, ils y monterent dans l'espoir de découvrir quelques navigateurs qui pussent venir à leur secours.

Mais, hélas! leurs regards planèrent infructueusement sur l'immense étendue des mers, Dans cette position, dont lhorreur ne peut s'exprimer, ces infortunés implorérent la Divinité; la Providence seule pouvait les arracher à une mort lente et iné- vitable. Pendant onze jours ils n’eurent pour toute nourriture, qu’un chat, un rat et six chandelles; n'ayant pas d’eau fraiche, ils furent obligés de boire leur urine.

Un peu de pluie recueillie sur la grande voile, qui se trouvait encore au mât, leur fournit ensuite quelques moyens d'étan-

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cher la soif qui les dévorait. Le 9 janvier, à la brune, ils aperçurent un trois mâts à perte de vue; pendant l’espace d’'environ dix minutes, ils firent un signal avec un morceau de matelas, mais le navire disparut. Deux jours après , à neuf heures du soir, le cuisinier fut emporté par une lame d’eau , n'ayant plus la force de se soutenir. Depuis le 10, ils étaient sans nourriture aucune, et mouraient successivement dans d’horribles convulsions ; de sorte que le 15, ils n'étaient plus que trois. Dans la matinée, le plus faible d’entr'eux expira.... Alors les deux survivans, n'écoutant plus que l'instinct de la nature , qui leur criait de songer à leur conservation , ils ouvrirent ce cadavre avec leurs couteaux, et firent un horrible repas!!!

Lorsqu'ils se trouvérent repus, leurs yeux se remplirent de larmes amères ; ils osaient à peine jeter les yeux l’un sur l’autre, tant leur âme était révoltée des affreu-

ses idées qui les agitaient ; car ils se disaient intérieurement : il faudra donc incessamment que l’un de nous deux dévore aussi son camarade !

Enfin, Dieu eut pitié d'eux en cette terrible circonsiance ; dans le courant de la journée du 18 janvier, ils aperçurent un bâtiment qui venait à leur secours : c’était le brick américain le William T'hatcher, commandé par le capitaine Wood. Cet oficier leur envoya son canot qui les conduisit à bord, et les arracha ainsi à la mort, contre laquelle ils luttaient si péniblement depuis leur catastrophe.

— Neuf hommes se trouver à la merei des flots, sans autre chose à manger qu’un chat, un rat et six chandelles! Quelle position! dit Ernest.

Les voyages sur mer, reprit M. Durfort, peuvent produire d'excellentes réflexions et faire fructifier l'esprit d’un jeune homme. . Là on se guérit des folles dissipations ; là,

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