ÉCHOUAGE DE LA FRÉGATE LA FAVORITE
Dans les parages de Madras, en 1830,
On était à la veille de quitter la petite ville de Choisy-le-Roï, où la Jeune famille de M: Durfort avait entendu. tant de récits intéressans. Elle vit le capitaine paraître tenant un livre à la main: c'était le Woyage autour du monde par les mers de l'Inde et de la Chine, exécuté sur la frégate la Favorite, pendant les années 1830, 1851 et 1832, par le capitaine Laplace.
Voilà, dit-il à ses jeunes auditeurs , un livre des plus intéressans que j'aie lu; je suis charmé qu'ily soit question d’un naufrage, pour quil se trouve naturel et
20/4 ÉCHOUAGE même de rigueur, pour ainsi dire, d'en parler dans nos petits entretiens : ce naufrage n'amène pas de grandes catastrophes, ilest vrai; mais ce sera du moins un sujet pour nous de nous réjouir que le vaisseau n'ait pas été anéanti, que l'équipage n'ait point péri, et que le ciel ait protégé un si brave capitaine, qui se trouve en même tems écrivain tellement distingué, qu’on lira toujours avec un charme infini l’intéressante relation qu’il nous a tracée d’un si grand et si beat voyage. Je m'en tiendrai, moi, à l'événement qui est ici le sujet principal de nos conversations.
Le 30 décembre 1829, ce capitaine mit à la voile du port de Toulon, pour faire le tour du monde; c'était le premier voyage de la Favorite, une des plus belles frégates de la marine française; l'équipage était composé d'hommes jéunes et forts, préparés à toutes les fatigues et à tous les dangers. Je passe sur tous les pays que ces ” yoyageurs ont parcourus Jusqu'au 26 juin
DE LA FAVORITE. 56 1850; à cette date ils quittèrent la côte de Coromandel pour celle de Golconde:
Arrivée à quarante lieues au nord de Madras:, la Favorite échoua sur un banc de sable, c'était là un accident: terrible et qui pouvait tout perdre. Il faisait nuit : une brise très fraîche augmentait encore la violence des vagues; le gouvernail, arraché de ses ferrures, faisait craindre pour la sûreté de la poupe sur laquelle la mer se brisait avec fureur. L’équipageresta muet et immobile, attendant les ordres du capitaine. Les ordres furent exécutés avec un sang froid et une précision admirables: un instant suffit pour serrer les voiles, pour
amener sur le pont les mäts les plus élevés, pour jeter les chaloupes à la mer. En-
fin, dans cette circonstance critique, l’intrépide oflicier ne désespéra point du salut
du bâtiment. Abandonner ce beau vaisseau au milieu des ondes! s’en aller à la
merci des vents et sur de frêles embarca-
tions, demander aux côtes voisines une