‹ Beaux traits de l'histoire des naufragesChapitre 48 sur 56 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

NAUFRAGE DU NAVIRE LE HAABETZ- AUKER.

Sur la côte de Boulogne, en 1835.

Le tems que l’on devait passer à Choisy étant expiré, le capitaine Durfort voulut ” accompagner sa sœur à Paris, d'autant plus que ce vieux marin se faisait une fête de visiter le bâtiment qui a amené du Nil sur la Seine, cette pyramide égyptienne qui doit orner la place Louis XV.

Le retour dans la capitale s'effectuait par le même moyen, du bateau à vapeur qui avait amené madame Blainville et sa petite:

famille à Choisy. On retrouva sur ce même bateau quelques-uns des passagers qui avaient aussi fait partie du premier voyage,

; lesquels, par conséquent, avaiententendu le récit du naufrage de l’Amphytrite et de la Résolue. L'un d'eux aussi, témoin d’un nouvel événement de ce genre, le raconta en ces termes :

Le 21 décembre 1853, un navire Suédois, le Huabetz-Auker , commandé par . le capitaine Brown, très connu à Boulogne, a fait naufrage à l'entrée de ce port, et ce malheureux événement est venu réveiller dans le cœur des habitans toutes les émotions qu'avait inspirées le naufrage de ’Amphytrite.

À quatre heures apres-midi, ce navire jeté à la côte au moment où soufflait avec violence le vent du nord-ouest, toucha près du banc de sable qui se termine à peu de’ distance de l'extrémité du port. Une immense population courut à la plage, et il serait impossible de dépeindre le courage admirable de ces intrépides marins que J'ai vus s’arrachant des bras de leurs épouses, de leurs familles, pour voler au secours des

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malheureux naufragés. Plus de six mille spectateurs avaient en vue l'équipage cramponné au mât de beaupré, luttant contre la fureur des flots, car un quart d'heure après qu’il fut échoué, le navire s'était entr'ouvert. Cette mâture encore debout devait, par ses secousses, hâter la démolition du bâtiment : des signaux furent faits pour engager l'équipage à l'abattre ; elle tomba bientôt avec fracas, sans laisser pour cela plus d'espoir de salut.

S'épuisant en efforts prodigieux pour refouler vent et marée, les canots sauveteurs ‘atteignaient bien l'extrémité de la jetée de l’ouest; mais là échouaient leurs forces, et lorsqu'ils bravaient tout péril pour arriver au bâtiment, la mer les repoussait avec violence, menaçant à chaque.

instant de les engloutir eux-mêmes.

Quel déchirant tableau ! chaque vague brisant sur le navire, l'engloutissait tout entier; puis nous cherchions, nous découvrions encore les malheureux matelots im-

mobiles et serrés sur l'avant du bâtiment, comme autant de victimes voyant de minute en minute s'approcher leur trépas.

La mer continue à monter, la nuit com- « mence à étendre son ombre; le corps du k bâtiment s'enfonce de plus en plus : bien= tôt l'œil cherche en vain quelque vestige ; la consternation est empreinte sur les traits de tous les spectateurs... La société humaine était à son poste, ses appareils disposés : soins superflus ! Ia mer ne rend aucun de ceux qui viennent d'être sa proies...

Quelques heures après , autre scène afreuse : les débris de la carcasse du navire, divisés en morceaux énormes, sont jetés sur la plage ; on s’'empresse de rechercher s'ils contiennent quelques cadavres humains... On acquiert la triste certitude que la mer les roule tous dans ses profonds abîmes !! ! Ce navire était parti de Stockholm pour Paimbœuf, chargé de fer et d'acier.

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— 1] faut décidément un grand courage pour entreprendre de voyager sur mér, dit Hortense; et PONT j'ailu dans les A necdotes américaines, qu’une femme nom- | mée Bard, née en Bourgogne, ayant perdu - un procès qui la priva de sa fortune, quitta son pays, et sous les habits d'homme vint à Rochefort où elle s’embarqua comme domestique au service de M. de Commerson, célèbre botaniste qui faisait le tour du monde avec-M. de Bougainville; par conséquent elle parcourut les monts glacés du détroit de Magellan et les pays brülans du continent méridional. Elle se trouvait en 1768 à Taïti, où son sexe fut reconnu par les insulaires. Jusqu’alors on l'avait seulement remarquée comme un individu qui se distinguait dans les herborisations que faisait M. Commerson dans toutes les contrées où il trouvait à exercer ; | sa science.

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