EXPLOSION DU BRICK LE PANAYOTE
Sur les côtes de la Grèce, le 5 novembre 1827.
Dans le mois d'octobre 1827, la corvette française la Lamproie chassa et prit sur les côtes de Syrie le brick /e Panayoti, pirate grec , ayant soixante-six hommes d’équipage. Ce pirate, conduit d’abord à Alexandrie, fut reconnu par plusieurs bâtimens marchands pour les avoir pillés, les uns à Scarpento, d'autres sur la côte de Caramanie.
La frégate la Magicienne, partant d’Alexandrie pour venir à Smyrne, prit à bord Duinése du pirate, moins six hommes qu'on y laissa; elle y mit pour comman-
dant M. Bisson, enseigne de vaisseau , et
her
bo 10 EXPLOSION quinze hommes de son bord, ct rentra dans l’Archipel avec le brick grec. Le 4 novembre, dansla nuit, les deux bâtimens se séparérent; le mauvais tems survint, et la prise fut obligée de relâcher à l’île de Stampalie. | Deux des Grecs restés à bord parvinrent à tromper la vigilance des sentinelles et à se sauver à terre. Celle circonstance engagea plus impérativement encore le commandant à se mettre sur ses gardes; car, ayant servi long-tems dans la station , iln'ignorait pas que toutesles îles de l’Archipel fourmiilent de pirates qui maitrisent partout quelques pauvres villages dont leshabi- Lans n’osent pas même les dénoncer à cause de la solidarité.et de l'organisation que | tous ces pirates ont établi entr’eux.. Bisson . etses quinze hommes se préparèrent à une : défense vigoureuse. Cet officier trouvant de la détermination chez lerpilote Tremintin, qui lui servait de second, ils résolu rent ensemble que le survivant ferait saüter
DU PANAYOTI. qi le bâtiment, si les pirates parvenaient à s’en rendre maîtres.
Le 5,à dix heures du soir, deux grandes tartanes chargées de soixante à quatrevingts hommes chacune , vinrent avec furie attaquer ces quinze Français. Les pirates abordèrent le brick par l'avant : après la plus vive résistance que M. Bisson dirigéait avec le plus grand courage, neuf des Francais furent tués, et le pont envahi.
M. Bisson, blessé grièvement lui-même, parvint à se tirer du milieu des pirates ; il se jeta dans la chambre où les poudres avaient été disposées, et ordonnant au pilote qui combattait encore sur le pont, d’'avertir les Français quisurvivaient de se jeter à la mer, il s’écria : « Adieu, pilote, voilà le moment de nous venger. » Puis mettant le feu aux poudres, il se fit sauter, Le pilote Tremintin, fidèle à son serment, # sauta avec le brick ; mais, plus Menc n que son braye capitaine, il fut jeté sans connaissance sur le rivage, ayant un pied
ba EXPLOSION fracassé et le corps meurtri. Les quatre © matelots francais qui s'étaient jetés à l'eau à son commandement, arrivèrent à terre sans blessures graves. Le lendemain matin, on retrouva gisant sur le rivage le corps de trois Français, et soixante-dix cadavres grecs qui attestaient que la résolution héroïque du brave Bisson avait eu son plein effet, 4
— Quel courage! quelle abnégation de soi-même ! dirent les jeunes auditeurs.
Qu devint ensuite le brave Tremintin ?
. — Voici comment il nous l’a appris luimême, continua le narrateur , en lisant Île fabien du rapport adressé par le pilote au chef de l’escadre française dans les parages grecs : |
«Dans Ja nuit du 4 au 5 novembre , lé | gp” Mauvais tems nous ayant séparés de Ja fé: ”# gate, le capitaine se détermina à chercher un abri contre le vent, et fit 4 en conséquence pour l'ile de Stampalie. À deux heures moins un quart, arrivé à la pointe