DU PANAYOTI. : D
de l'ile, deux des prisonniers de guerre
‘se sont jetés à la mer pour gagner le rivage.
Le 5, à huit heures du matin, nous avons mouillé dans une petite baie, située à trois milles de la ville de Stampalie. Le même jour , M. le capitaine Bisson fit charger nos quatre canons, tous nos fusils, et fit monter sur le pont tous les sabres. Aucuñe bonne disposition ne fut négligée pour repousser les pirates, qu'il supposait pouvoir venir nous attaquer à l'instigation des deux Grecs échappés.
> À six heures du soir, le capitaine fut prendre un peu de repos. Avant de me laisser , ilme dit : «Pilote, si nous sommes atta- » qués parles pirates, et qu'ils réussissent » à semparer du bâtiment, jurez-moi de + mettre le feu aux poudres, si vous me
» survivez. » Je lui promis de remplir fidèlement son intention. cp
« À dix heures du soir, nous aperctmes deux grandes tartanes doubler une pointe de roches, les hommes d'équipage
s)A EXPLOSION
se mirent aussitôt à pousser des cris; chacun de nous se mit sur-le-champ à son poste de combat. Le capitaine Bisson monta sur le beaupré pour mieux observer les tartanes qui se dirigeaient sur notre avant, en voguant avec force ; le capitaine les fit héjer plusieurs fois: enfin, les voyant à demi-portée de fusil, il nous donna l’ordre de Liref , et tira lui-même son fusil à deux coups; elles nous répondirent par une vive fusillade, Une des tartanes nous abôrda presqu'aussitôt par dessousle beaupré, etl'autre par la joue de babord. Plusieurs des nôtres avaient déjà succombé; en un instant, malgré tous nos eflorts et ceux de notre brave capitaine, plus d’une cinquantaine de Grecs furent sur notre pont; plusieurs d’entr'eux s’affalèrent dans la cale et dans les autres parties du bâtiment, pour piller.
Je combattais en ce moment à tribord, près du capot de la chambre. Le capitaine qui venait du gaillard d'avant et qui était couvert de sang, me dit : « Ces brigands
DU: PANAYOTI. 29 » sont maitres du navire, la cale et fe pont » en sont remplis; c’est là le moment de ». terminer l'affaire. »
5, 1] s’'affala aussitôt sur le tillac de lavant-chambre, qui n’était que trois pieds au-dessous du pont et où étaient les poudres , il tenait cachée dans sa main gauche une mèche; dans cette position, il avait le milieu du corps au-dessus du pont. Il me donna l’ordre d'engager les Français encore en vie de se jeter à la mer; ensuite il ajouta , en me serrant la main : « Adieu, » pilote, voilà le moment de nous venger, » Je vais tout finir, » Peu de secondes après, l'explosion eut lieu et je sautai en l'air.
» Étant arrivé à terre, presque mouraat et gissant sur le sable, sans secours, 7e ne saurais dire comment j'y suis arrivé ; ce n'est que par un effet de la puissance divine : dans cet état , un des pirates échappé au désastre, me mettant un poignard sur le cœur, me dévalisa de tout ce que j'avais,