INTRODUCTION
Il laut navoii- jamais vécu dans rintimité de Tart beetliovénien pour oser prétendre que Tœuvre du g-énie de la symphonie se présente d'un seul tenant, sans qu'on y distingue aucune modilication essentielle au cours d'une carrière s'ouvraut par quelques variations insianitiantes pour se fermer sur les cinq derniers quatuors.
On ne trouve à citer, à l'appui de l'opinion qui voudrait supprimer les divisions, cependant si tranchées, de la production heethovénienne, qu'une lettre de F. Liszt au conseiller Guillaume de Lenz, le premier promoteur des trois styles. Dans cette lettre, le célèbre virtuose, après avoir décrété tout d'abord l'ceuvre de Beethoven un et indivisible, en vient, à la fin, à diviser lui-même cet œuvre en deux catégories au lieu de trois, répartition tout à fait arbitraire et illogique. A tous ceux qui ont connu l'auteur de la Faiist-Sinfonie et sa finesse d'appréciation, cette lettre donnera l'impression d'unt' sini[)li' boutade, peut-être même d'une de ces solennelles ni\ slilications qu'en bon romanti(|ue il
avait coutume d'écrire ou de débiter avec la plus grande emphase pour rétonnement du lecteur ou de lauditeur, et dont il riait ensuite, dans l'intimité. En tout cas, si tel était son sentiment en 1852, il professait, vin çt ans plus tard, l'opinion diamétralement opposée, quand nous eûmes Ibonncur de vivre auprès de lui à Weimar, et qu'il émettait devant nous de si judicieuses remarques au sujet des trois Beethoven : l enfant^ r homme et le dieu. Nul critique sérieux ne voudra donc attacher au document en question plus d'importance qu'aux doi»"mati(jues déclamations des wagnérisants, édictant, aux environs de l'année 1890, l'absolue identité artistique de Parsifal, Tanuhaiïser et... Rie/izi.
Il paraît certain (jue la carrière de tout artiste créateur dont la vie atteint une durée normale se divise en trois périodes diversifiées entre elles par le caractère des œuvres : imitation, transition, réflexion.
Dans la première période, après avoir étudié jjIus ou moins longuement les règles et procédés traditionnels du métier, l'artiste imitera... A cette loi n'a échappé aucun des grands pionniers de la poésie, de la peinture ou dt' la musique, pas plus un Aligbieri qu'un Molière, pas plus un Gozzoli qu'un Rembrandt, pas plus un Bach qu'un Wagner. Devant elle tombe la trop commode théorie des génies autodidactes, tiiéorie dont, il faut l'avouer, l'histoire de l'Art n'offre pas d'exemple.
Après cette période d'imitation dont la durée est variable selon les producteurs (chez Beethoven, elle occupe huit ans de sa vie), le jeune artiste se libérera peu à peu des lisières dantan. 11 cherchera à
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inarchci' seul. Aloi's. prenant plus \ ivcnieni conscience (les niouvenieiils joyeux ou douloureux de son ànic, c'est lui-nn''ine (|u'il voudra, non sans liésilaLious el sans tàtonneinenls, exprimer dans son art.
Chez les uns, comme Bach ou Haydn, ce sera la tranquillité de Fâme croyante [allemande de la 4*^ partita pour clavecin de Bach), ou encore la gaieté saine voisine de l'espièglerie (iinales de Haydn). Chez d'autres : Beethoven par exemple, ce sera la passion douloureuse ou le sentiment du calme champêtre • chez tous, ce sera l'essai d'extériorisation par l'œuvre des sentiments créés dans l'âme par les événements de la vie. Période plus particulièrement humaine, à proprement parler, période où le procédé extérieur, l'exécution tient une large place, période de transition oi^i se prépare pour l'artiste l'éclosion définitive de sa personnalité.
A cette manière semhlenL appartenir, pour ne citer que quelques œuvres, \e Convivio de Dante, la Bonde de nuit de Remlu'andt, les Concerts de chambre de Bach, Tristan de K. Wagner.
Et enfin, lorsque l'homme de génie, las d'exprimer ses propres joies et ses propres peines, dédaigneux ou peu soucieux des ambiances, saura condenser en luimême son incessante aspiration vers la pure beauté, ce sera l'instant, pour les très grands, de la transformation suprême, l'instant des œuvres d'Art pur, de Foi et d'Amour.
Telles : la Commedia de Dante, les fresques de la Chapelle de Xicolas V de Fra Angelico, les Syndics de Rembrandt, la Messe en si mineur de Bach, Parsifal de Richard ^Yagner.
Nous venons d'esquisser l'histoire de la vie productrice de presque tous, pour ne pas dire de tous les hommes dignes d'être appelés des génies artistiques. Il n'en est aucun ciiez qui, mieux que chez Beethoven, on puisse, par l'étude de l'œuvre, suivre, pour ainsi dire pas à pas, ces diverses transformations. De cette étude, forcément restreinte à l'examen des œuvres les plus caractéristiques, nous ferons rohjet des pages qui suivent.
IMîH.MIKKE PERIODE