‹ Beethoven; biographie critiqueChapitre 14 sur 20 · LES QUATUORS · texte numérisé non relu

LES QUATUORS

C'est incontestablement dans les derniers quatuors et dans la Messe solennelle que le génie de Beethoven se manifeste de la façon la plus neuve et la plus complète. Aussi, tandis que toute la seconde manière fournissait le répertoire ordinaire des concerts d'orchestre et de musique de chambre, les œuvres en (juestion restèrent-elles longtemps — très longtemps — incomprises, ou même pis : mal comprises... Leur portée artistique dépasse encore notre vingtième siècle.

Nous allons nous efïorcer cependant d'en examiner la signification musicale, telle, du moins, que notre faible compréhension a pu nous la représenter.

XIT' Quatuor, op. i'27, composé en 1824. — Le premier mouvement, par l'uniformité de son rythme et par la pénétration d'une idée dans l'autre, parait, en raison même de samonorythmie, se soustraire au plan habituel de la sonate. Il n'en est rien, he ihhme d.' inlroduclio/i e&l là, pour fournir l'infiuence coniraire, nécessaire dans cette forme de composition. Ainsi, bien loin de rester, comme dans les O'uvres antérieures, un prélude passif, l'introduction vient jouer un rôle de première impor-

tance dans la construction du morceau, puisque c'est elle qui, par sa triple apparition, en règle l'architecture tonale : mi bémol, sol, ut. — La mélodie qui constitue le thème de Y Adagio rayonne d'une telle splendeur, qu'en la lisant on se sent à la fois transporté de joie et confondu d'admiration. Cette mélodie est un écho, presque un ressouvenir du : Benedictus qui venit de la Messe en re, mais avec une hien plus grande intensité expressive, il faut le reconnaître. 11 semble que Beethoven, en ce thème cinq fois varié, ait eu l'intention d'expliquer, à la façon des Pères de l'Église, par un admirable commentaire, la nature de ce béni^ qui vient au nom du Seigneur. Le changement de lieu et de pei'sonne de la troisième variation, hien que \e principe reste immuable, confirmerait, selon nous, cette opinion, et deviendrait une figure sensible et musicale de Y incarnation de ce béni... Quoi t[u'il en soit, cet adagio restera la plus sublime des prières. — Avec le scherzo et le finale, nous redescendons sur terre et nous retrouvons l'enjouement du Beetiioven de la deuxième époque. Le finale nous ramènerait aux impressions pastorales de 1808, si le développement de rêve qui le termine, élevant la phrase quasi-triviale du commencement, jusqu'à d'incommensurables hauteurs, ne venait nous rappeler que tout cela ne se passe plus entre Dohling et Kahlenberg, mais seulement dans l'àme du poète.

XIIP Ql'.\tlor, op. ISO, composé en 1823, terminé en novembre 1826. — Le premier mouvement : lutte de deux instincts, l'implorante douceur et la violence inexorable. Le désir de douceur parvient, après bien des combats, à s'infiltrer dans la constitution du thème

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