SILHOUETTE DE BEETHOVEN E N K A X T
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l'orgue des minimes de BONN"
sur lequel Beethoven fit son apprentissage d"organiste. (Musce Beetliovcu, à Bonn.)
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(( quelqu'un », lui écrivait-il, « c'est à vous que je le « devrai. »
Neefe a fait passer sous les yeux du futur compositeur tout ce dont sa bibliothèque musicale est largement pourvue, œuvres allemandes, françaises, italiennes. 3Iais, à l'étude théorique des formes, il veut que Ludwig joigne la pratique ; c'est le Clavecin bien tempéré, dont il lui fait jouer les préludes et fugues dès Fàge de treize ans; c'est l'accompagnement sur la basse des partitions d'opéras qu'il lui confie en qualité de répétiteur au cembalo ; c'est l'emploi d'altiste à l'orchestre auquel il le fait nommer et dont Beeiiioven retirera sa profonde connaissance de l'instrumentation.
Si la formation artistique du jeune musicien se développait rapidement à ce contact, le milieu qu'il fréquentait obligatoirement aurait peut-être pu gâter son esprit et son cœur; mais, comme le dit deLenz : « Dieu veillait sur l'àme à laquelle il avait confié de conter un jour aux hommes la Symphonie pastorale. »
Voyez, sous les tilleuls de la place de l'Église, cette grande maison entourée d'une grille à laquelle grimpent des rosiers. Derrière les blancs rideaux de mousseline habitent la paix et le bien-être; c'est la maison familiale des Breuning. Elle deviendra maternelle pour Beethoven, maintenant qu'il connaît le maliieur.
Nous sommes en 1787; M""" van Beethoven est morte, le père, livré par le chagrin à son malheureux penchant, ne peut plus être un guide pour le jeune Ludwig. Celui-ci va retrouver dans cette maison comme une vision du passé. On y fait de la musique, mais aussi de la littérature et de la philosophie, sous l'œil grave de la veuve de l'archiviste von Breuning.
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« Ce fut mon aw^o gardien », écrira plus lanl Bcclliovcn. Son ami AYc^eler, le futur époux d'Kléonore, l'a introduit dans cet intérieur dont il va devenir l'hôte assidu; la petite Éléonore se plait cà écrire des vers lorsqu'elle ne brode pas sous la lani])<', tandis que ses oncles, les chanoines Lorenz et IMiilij». lisent Klopstock aux jeunes ii'ens, en alteudaut (|ue \i(don et clavecin entreiil en scène.
Combien le cœur du pauvre orphelin se réchauffe auprès de ces natures distinguées qui, de suite, l'ont compris et l'ont aimé, sans toutefois le tlatter ! « Madame « de Breuning- », dira un jour Beethoven, « sut écarter a du bourgeon les insectes malfaisants ». Elle lui parlait travail et modestie tandis que les jeunes enfants contribuaient à donner au musicien ce vernis d'éducation ([u'on peut observer dans ses lettres aux princes.
Il avait déjà, dans la ville de Bonn, où les leçons de son père étaient appréciées, toute l'aristocratique clientèle de celui-ci, les Ilatzfeld, les Honrath, les Westerholdt; mais voilà qu'une chance inespérée lui fait rencontrer ici celui ([ui devait donner un élan déhnitif à sa vocation.
Le comte Waldstein. invité des Breuning-, se trouvait, par une similitude d'âge et de goûts, tout porté à se lier d'amitié avec l'artiste. Il avait été fiapjx- de la façon dont le jeune homme savait faire, au clavecin, des jio/'/rdits mio^icaur, récréation en honneur chez les Breuning à l'égal des découpures en ombres chinoises. Il avait admiré le jeu expressif du jeune Ludwig et sa façon particulière d'atta([uer le clavier. Il tint à lui olTrir son premier piano ;i (jueue, et les visites du charmant urand seiuneur dans la modeste chambre de la
Wenzelgasse comptèrent parmi les meilleurs souvenirs de Beetlioven à Bonn.
Par toutes ces relations, le renom du jeune homme s'étend et se fortifie ; on commence à parler des concerts qu'il donne à la Cour. Waldstein lui a commandé la musique d'un ballet chevaleresque et des variations sur un thème de son cru. Beethoven compose des cantates à l'occasion de la rnort et de l'avènement des empereurs d'Autriche, frères de sonPrince-évéque. Max Franz, Mécène des artistes comme l'avait été sa sœur Marie-Antoinette, s'intéresse de plus en plus à l'astre naissant; Mozart n'a-t-il pas dit de lui : « Vous entendrez parler de ce gaillard-là » ? Et le « papa Haydn », passant à Bonn à son retour d'Angleterre, ne s'est-il pas étonné de le voir encore en province, loin des conseils des maîtres ■?
Aussi, sur les instances de Neefe et de AValdstein, le Prince-électeur se décide-t-il à se priver des services de son concertiste favori et à lenvoyer, à ses frais, compléter ses études à Vienne, auprès de Havdn.
Grande rumeur dans la petite ville : son grand homme va la quitter ! C'est à qui apportera au hon Beethoven un souvenir, un dessin, un mot pour son album. Chacun, jusqu'au sacristain de la cliapelle électorale, tient à ligurer sur cette précieuse liste damis.
Entre temps, Waldstein a nanti son protégé de nomhreuses recommandations et s'est employé à lui ouvrir les salons de la haute aristocratie viennoise, des Fries, des Liechtenstein, des Schwarzenberg. On verra bientôt Beethoven admis dans lintimité du prince Lichnowsky, avec une pension de 600 llorins et un domestique qui a ordre d'obéir à son coup de sonnette
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jilulùL (|u'à ct'lui (lu jiriiicc. On assistera à ses ébats spoilit's sur le c'li('\al (|Ut' lui a oll'crl le urnt'ral df Drownc; une coiutesse de Tliuii, mère des « trois i;ràces », se nielli'a à ses genoux pour le décider à s'asseoir au ])iano ; on excusera ses brusfjueries qui lui font casser des faïences ou estropier des meubles ; le baron Pasqualati, dont il devait cbanter si splendidement la douleur, supportera ses caprices de locataire : [)ercements de murailles, ablutions désastreuses pour les parquets. Beelboven aura des villégiatures d'été, il s'y transportera à grands frais avec son piano à queue et toutes sortes d'objets encombrants comme cages à poulets, etc. L'impératrice, à qui il dédiera son Septuor, assistera à ses concerts; il deviendra enfin le commensal de l'arcliiduc Cbarles, le professeur et l'ami du plus jeune frère de l'Empereur, le « cher petit archiduc » Rodolphe.
Mais, pour le moment, notre héros transplanté cà Vienne, n'en est pas encore là; il figure un peu le grand homme de province dans la capitale, tel, Lucien de Rubempré, avec, hélas ! la beauté en moins. Il est toujours aussi ébouriffé. Sa petite taille, sa figure rougeaude, grêlée, son air bourru, son accent des bords du Rhin qui fait sourire, sa mise négligée, arrachent à son ancienne camarade de Bonn, l'actrice Magdalena Willmann, ce cri du cœur : « Je ne veux pas l'épouser, il est trop laid cl (à demi toqué ! »
N'étaient ses yeux, dont l'expression inoubliable illumine son visage, l'homme n'aurait, certes, rien de séduisant. Cependant, il suffit de le connaître pouil'aimer ; sa brusquerie cache un cœur d'or. Après la mort de son père, il aidera ses frères à se caser, l'un comme fonctionnaire à Vienne, l'autre comme phar-
macien : un pauvre diable de musicien vient-il à tomber dans la misère, Beethoven sera là, la main ouverte; même il trouvera le temps de donner des leçons au fils de Franz Ries, le vieil ami de sa famille.
Depuis son arrivée à Vienne, Beethoven, redevenu écolier, n'a pas chômé. De 1792 à 1796. il a approfondi la fugue avec Albrechtsberger, ce contrepoint à face humaine, et perpétré nombre de « squelettes musicaux » ; il a étudié avec Salieri les lois de la déclamation, a appris de Fôrster lart d'écrire un quatuor et de Haydn celui de composer.
Que pareille discipline ait mis à lépreuve l'amourpropre du jeune homme que Haydn appelait en riant son grand Mogol, on n'en samait douter, mais le futur auteur des neuf symphonies pouvait-il méconnaître la nécessité de solides éludes techniques?
Aussi rélève se montre-t-il assidu aux leçons de ses maîtres : « Est-ce permis? » écrit-il en marsre d un de ses devoirs, et, sur la table de Salieri, il trace cette inscription : « L'élève Beetiioven a passé ici. »
Au surplus, ses études lui coûtent assez cher : il paie ses maîtres, et, à Vienne, la vie n'est pas pour rien.
Il donnera donc des leçons pour vivre : on le verra loger tantôt sous les toits, tantôt sur la cour.
En réalité, on ne connaît guère en lui que le virtuose ; et pourtant, malgré ses tournées triomphales à Prague, à Pesth, à Berlin d'où il a rapporté une tabatière en or, cadeau du roi de Prusse, malgré l'effroi qu'inspire à ses rivaux son prodigieux talent de piajiiste : « C est un démon », disait l'abbé GéUnek, « il nous fera mordre la poussière à tous ! » malgré tout cela, on cause, on rit.
BEETHOTKS A 26 AXS |1796)
Dessin «le Slainhauser.
Grarc par XeidI pour réiilnir Artaria.
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on remue des tasses, on fait du bruit dans les salons oii il joue...
« Le lion n'a pas encore fait trembler les barreaux
de sa cage ' . »