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incapacili' d riili'iidir nK^'iur (JisliiiL'leiiH'iil la voix de raiiiitH'. toiil cela ilf\ iiil miisiiiia' cl Sf IrailuisiL en chel's- (["(riivrc
C'est en a\ ril ISiMi. au ]iriiil(Miij)s de la trentième année, que, « pour la première l'ois », l'amour, l'amour passionné étreint. lavil et torture l'àme de lieethoven. Nous avons tlil. dans le diapiliT |)i't''c'é'il('iit. les coiiiit'tlfries de la petite comtesse Uuicciardi, la demande en mariaiie repoussée (été 1802 , et la crise de désespoir qui se traduit par le testament d'Heiligenstadt. Mais un autre testament, musical celui-ci, avait scellé la tombe de ce premier amour ; la Sonate, op. 57, en ut dièze mineur.
Cette sonate est la première marque du trouble apporté dans l'esprit de Beethoven par la passion naissante: pour la première fois il expi'ime sa vie par son art. Et c'est aussi le point initial de cette période troublée dans Tordre de la composition, que nous avons signalée plus haut. Tout, chez le pauvre grand homme, se détraque, se désagrège... Lui, le croyant, semble avoir envisagé un instant la possildlité du suicide. Lui. l'artiste traditionnel, semble se révolter contre la forme féconde à laquelle il reviendra cependant bientôt et presque exclusivement.
Et c'est la sonate en rê mineui\ op. SI , n" 2, bien proche du testament d'Heiligenstadt par la date comme par l'intention. Et c'est la sonate en fa mineur, o/j. 57, composée en 1804. après le mariage de Juliette Guicciardi : terrible cri de détresse et de désespoir, calmé par un regard vers « l'au-delà des étoiles » et se terminant en victorieuse fanfare. (Ju'oii nous permette d'insistei- un instant sur cette sonate (dénommée : appa^~
sionata, du fait d'un éditeur). Nul pianiste n'en devrait entreprendre Tinterprétation s'il n'a lui-même souffert... Cette œuvre nous paraît l'une des plus caractéristiques au point de vue de l'autobiosçraphie de Beethoven. Dès le premier mouvement, ces deux thèmes (|ui semblent faits l'un pour l'autre, puisqu'ils procèdent du même rythme et de la même nature harmonique, et qui en arrivent, par une constante dépression, à se déformer et à se détruire, malgré les tentatives de la péroraison, n'est-ce pas, encore mieux détini que dans la Sonate dite : an clair de lune, le roman douloureux de l'année 1802'? Après une prière calme, presque religieuse, la passion reprend, exaspérée, mais cet te fois avec un ardent désir de remontée, et dans le triomphe iinal, proclamé par un insufhsant piano qui doit se faire cors, trompettes et timbales, ne l'entendez-vous pas crier : « C'est moi ! Je suis redevenu Beethoven enfin' »
A Schindler, qui lui demandait en bon Philistin ce que signifiaient les deux sonates op. SI et 57, Beetiioven répondit : « Lisez la Tempête de Shakespeare » ; mais c'est en vain qu'en ces élans de passion on chercherait Caliban, voire Prospero ; le vent de tempête ne souffle ni sur l'île, ni sur la mer, il se déchaîne dans un cœur, un cœur qui souffre, qui rugit, qui aime et qui triomphe.
Enfin, combien d'appels vers un être aimant et compatissant, combien de plaintes angoissées, combien de mornes résignations ne trouve-t-on pas dans les œuvres composées de 1806 à \%\q^. Uadagio du YII^ «juatuor, le VHP presque tout entier, le mystérieux largo du deuxième trio à la comtesse Erdody, op. 10, la Cherche n d'Egmont, le premier mouvement du XP quatuor, et enhn le Chant élégiaqne, op. 118, écrit à la mémoire de
LUI) Win VAN RI^KTIIOVKX .'ig
la jcuiit' haroniic Pas(|Liahili, IViuiiif de raiiii (jui donna au coinposilciir, pcndanl plusieurs années, le calme aliri (le sa maison.
Lue chose (ligne dèlrc notée <'l qui ressorlde l'examen des œuvres de cette seconde manière, c'est (jue toutes celles de ces compositions qui racontent ou dévoilent une souffrance amoureuse semblent ne pouvoir se rapporter, chronologiquement parlant, qu'à la passion pour Juliette Guicciardi. Ni Thérèse Malfatti, ni Amélie Sebald, ni Bettina Brentano, ni les autres femmes que Beethoven putremar(juer, nont laissé d'empreinte sur sa production musicale. Mais, en vérité, ce n'est pas à la brune comtesse aux yeux bleus, ce n'est pas à la femme, qu'on pense en lisant la sonate en ut dièze mineur ou Vappassionaia ; comment y voir d'autre personnage que l'artiste créateur lui-même qui se plaint, se révolte, ou se détourne pour aller chercher consolation dans les bois ou les riantes prairies ?
Il est cependant, parmi les amies de Beethoven, une femme dont le nom doit figurer ici, ne fût-ce que pour détruire la légende récemment créée à son sujet. Il sagit de la comtesse Thérèse de Brunsvik et de ses mystérieuses fiançailles avec Beethoven.
Au cours des polémiques suscitées par ce roman, il est un facteur, le plus important de tous, dont nul musicographe n"a songé à tenir compte : la Musique. Quel artiste, quel homme doué simplement de sens artistique admettrait un instant que la seule œuvre dédiée à la comtesse de Brunsvik, l'insipide sonate en fa d'ù'ze majeur, op. /S. puisse être adressée à la même personne que les passionnées lettres d'amour que tout le monde
a lues ■? Recueil de traits de piano sans intérêt, cette sonate qui semble écrite en vue d'une virtuosité spéciale, est bien la production la plus insignifiante de toute la deuxième époque. Cette manière de voir se trouve confirmée par la découverte qu'a faite M. de Gérando, d'une longue correspondance amoureuse entre sa grand'tante Thérèse de Brunsvik et un certain Ludwig Migazzi, orientaliste distingué. Du propre aveu de Théi'èse, « cette passion avait consumé son cœur ». La publication des mémoires delacomtesse où le nom de Beethoven est cité si rarement, vient d'ailleurs corroborer cette opinion \ Mais, dùt-on même apporter, à l'appui de la légende des fiançailles, des documents plus sérieux que le récit fantaisiste écrit, dit-on, par une femme de chambre, nous répondi-ions : Non, cent fois non! ces deux morceaux de piano sans velléité expressive, sans intérêt musical, ne sont pas, n'ont jamais pu être riiommage du titan Beetlioven à son « immortelle bien-aimée ». Tout ce qui est Musique s'élèverait pour en témoigner!
On fera bien d'observer à ce propos le rôle important et très significatif joué par fa dédicace dans f'histoire de fart beetliovénien. Ce n'était jamais à fa légère que fe maître de Bonn inscrivait un nom en tête d'une œuvre. Cette source docunîentaire est des plus instructives.
A part quelques iiomrnages obligés et traditionnels à des personnalités souveraines, tous les ouvrages importants qui sortirent de la plume de Beethoven — il n'y a
' Un opuscule de M. de Hevesy, récemment paru, fait ressortir la fragilité des liypothèsessi ingénieusement construites par les musicologues allemands au sujet des prétendues amours de Beethoven et de Thérèse.
GI r L 1 E T T A G L' I C C I A R D I
(Miiiialiire ayant apparlenu à Beethoven.
pas d'exception — sont dédiés à ceux qui ont joué dans sa vie un rôle dami sincère, de protecteur affectueux ou d'interprète compréhensif. Au prince Lichnowsky qui l'accueillit au début de sa carrière, les trois trios, 02). 1 ; h. son maître Haydn, les trois premières sonates de piano; à son protecteur de Bonn, l'archevêque Max- Franz, la première symphonie, mais l'électeur étant mort avant que la symphonie ne parût, ce fut le baron van Swieten, l'un de ses premiers amis viennois, qui en reçut la dédicace. Et, pour abréger : à celui qui avait encourasré son talent naissant, au comte Waldstein, et au cher ami Franz de Brunsvilv, les Sonates op. 53 et 51 ; à ses bienfaiteurs, Lobkowitz et Rasoun)o\vsky. la symphonie en ut ?nineur etla Pasloraie ; k la comtesse Erdôdy — nous avons dit ce qu'elle fut pour lui — les deux trios, op. 10 et les deux sonates pour violoncelle, op. 1()'2 ; à son ami \<& comte Maurice Lichnowsky, l'œuvre 90 dont nous parlerons tout à l'heure; au baron von Stutterheim, qui avait accepté Karl, le triste neveu du grand homme, en qualité de cadet, dans le régiment Erziierzog-Ludwig dont il était colonel, l'admirable W\^ quatuor; enfin, à son unique élève, le cher archiduc Rodolphe d'Autriche, une foule de chefs-d'œuvre, dont le Concerto en 7ni hêmol, la sonate de V Adieu, la sonate pour violon, op. 96, le trio, op. 91, les Sonates, op. 106 et /// et la Missa solemnis.
On voit que Beethoven se garda, sauf les exceptions royales ou impériales, d'attacher à aucune de ses grandes œuvres le nom d'un indifférent à son art. Ferdinand Ries s'était constitué le garde du corps du grand homme et resta de longues années près de lui,
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mais Uies, virtuosf iiii|irccal)It' quant à l'oxéculion (Vujltalç (les plus urainli-^ (liClicultt's. était ilc race séiiii- Iniucrt III' [M)ii\,iil [ii'iii'li'ci' 11' sens iiitiiiic di' la iiiii- .siijUf lia iiiaitrr. f>M'iil irlleiiient aryenne. Aussi lît'elhuvL'u ne voulut-il lirii dédier à Kies, pas plus qu'à Moscheles, et pour la même raison; mais, à j^jme Ettniaiin. admirable interprète, au piano, de ses sentiments, il dédia la Sonate op. iOI ; et il offrit en présent à Marie Bisot, autre interprète selon son cœur, le inanuscril de Vappas^ionata. Nous ne ti'ouverons en tète d'aucune pièce musicale le nom de Scliindler, ce famulus au dévouement de chien fidèle, qui méritait mieux peut-être que les épithètes dont lafTublait Beetlioven, si souvent agacé par son manque de tact musical et autre, mais ce dernier sut bien reconnaître les qualités de co'ur d un autre bourg^eois de Vienne, le iiiarchaml ilra|iiei' \\ (illnieier, en lui di-diant, (juelques jours avant de nniurir, le XYP quatuor. Bettina elle-même, lillustre et folle Bettina, ne reçut que l'hommaiie iTun lied sans importance, tandis que le nom de Brentano ligure en tête de la sonate op. 109 et des superbes Variations sur un thème de Diabelli, l'une des g^randes œuvres de la troisième époque.
-Alise à part la sonate op. 7, dédiée tout ilaboiil à Wœlfll. puis à une éphémère amoureuse, Babette de Keglevich, on ne trouvera qu'une seule offrande d'amour dans tout l'œuvre beethovénien : la sonate à Juliette Guicciardi. Nous avons prouvé quon ne peut qualifier ainsi ïop. 78, à Thérèse de Brunsvik. Quant à la IV^ symphonie que de superficiels critiques ont vnulu regarder comme iusiiiia'e par la noble comtesse, elle a pour dédicataire le comte d'Oppersdoi'f. qui
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l'avait commandée à Beethoven. Or, c'est en remerciement de l'hospitalité accordée par le grand seigneur à la Svmphonie en ré et à lui-même, en son château de Glogau, que Beethoven dédia sa Synijjjionie en si bémol à Oppersdorf, ce qu'il neut jamais fait si l'œuvre avait été 1 expression de sentiments personnels ; il l'eût, dans ce cas, dédiée à quehjue ami intime, ou aurait supprimé toute dédicace, connne il lit pour Vop. 110.
Nous avons dit qu'à partir de 180o, Beethoven n'écrivit plus guère pour le piano, fasciné qu'il était par l'attirant scintillement de l'orchestre. Il est cependant deux sonates qui font exception. Elles furent dictées par l'amitié, et, bien que dans chacune de leurs pièces, la forme traditionnelle soit conservée, ces œuvres deviennent, de par leur intitulé même, de véritables poèmes pour piano.
La sonate de V Adieu, op. Si (et non pas des. adieux, comme on s'obstine à la nommer), avec son Lehewohl, obsédant jusqu'à l'arrachement, la triste plainte de \ Absence et les tendres caresses du Retour, pourrait bien évoquei' le tableau de deux amants séparés, puis réunis en de douces et pures étreintes. L'œuvre a cependant une tout autre orig^ine. L'archiduc Rodolphe fuyant, en 1809, devant l'invasion franeaise, proposa lui-même à son maître le canevas de cette composition, et Beethoven en fit un chef-d'œuvre qui dépasse de beaucoup le thème proposé : la séparation de deux amis, puisqu'il devint, non pas une pièce de circonstance comme en peut écrire un liomme d'esprit 'ainsi s'exprime le clairvoyant critique de YAllgemeine Muzik Zeitnng, en 1812) mais le type musical de tout adieu, de toute absence, de tout retour. .. 0 puissance évoca-
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li'ice (lu génie, (|iii, pour créer du nourcau, n'avez nul besoin de répudier les loriiies anciennes!
L'histoire de la sonate op. 90 n'est pas moins cuiieuse. HtM'Ilioven a voulu (il la indi(|ué lui-niùine) peindre luusicalenient le roman de son ami Maurice Lichnowsky. (lelui-t'i. \ ioleninuMit é[)ris d'une actrice, et ballotté entre son amour et ses préjugés, hésita longtemps, souffrant beaucoup de ces iiésitations, mais Tamour l'emporta et un mariage heureux en fut la conséquence. Les deux pièces qui constituent la sonate suivent, poui' ainsi dire pas à pas, celte situation, La fougue du premier mouvement, oi^i le caractère du comte Maurice, empreint à la fois de lierté et de faiblesse, est si nettement posé dès le début du morceau « combat entre la « tète et le cœur », forme une admiraljle antithèse avec le charme très doux du linale « entretien avec l'aimée ». Ici, Beethoven, reprenant, après l'avoir abandonnée si longtemps, la vieille forme du rondeau^ tente de dépeindre, par le retour frécjuent de l'immuable refrain, la tendre et durable monotonie de ce bonheur conjugal dont il rêva toute sa vie, sans [touvoir jamais y atteindre.