Quintette pour 2 V., 2 A. et Vcelle ut majeur, dédié
au comte Ferdinand Fries, comp. en 1802, 2e et dernier quintetto original. Composition capi-
Opéra.
taie. Le finale 6/8 est une des conceptions les plus poétiquement fantasques de Fœuvre de B. J'ai eu vingt idées pour en rendre le sens, je les trouve toutes trop médiocres pour être soumises au public. Ce merveilleux presto 6/8 est coupé d'un andante con moto scherzoso (18 mesures), proposé deux fois (en la et en ut majeur), espèce de récitatif qui jette comme un défi dans ce monde de fées aux pieds légers. Ce prodigieux finale trouvera sans doute son monographe.
Sicut nubesj quasi naves, velut umbra !
Le terme scherzoso donné au petit andanter se rencontre trois fois dans B. (S. pour P. et V., op. 23, 4e quatuor ; andante scherzoso piu allegretto ; quasi allegretto) ; comparez la sérénade, op. 25 (allegretto scherzando e vivace, un intérim de menuet). Ries, p. 120 : « Le quintette avait été vendu à Breitkopf, mais fut volé à Vienne et parut tout à coup chez Artaria. Il avait été copié en une nuit et renfermait des fautes sans nombre ; il manquait des passages entiers. B. se comporta avec finesse. Il demanda qu 'Artaria m'envoyât à correction les 50 exemplaires déjà tirés, mais en même temps il m'invita à corriger si grossièrement à l'encre sur le mauvais papier et à barrer plusieurs lignes de manière qu'il fût impossible de faire usage d'un seul exemplaire ou de le vendre. Pour prévenir un procès, Artaria dut faire refondre les planches. »
Ar. en trio pour V., A. et Vcelle, pour P. à 4 m.,
\ par Winkler à 2 m., v. op. 31, 87, le n<> 29, 2e
sect. Le finale a été ar. séparément pour P. à
<6péra.
4 m. par Schmidt (Berlin, chez Trautwein). Cet ar. est dédié à Mandelssohn.
30. 3 sonates pour P. et V. la majeur, ut mineur, sol majeur, dédiées à S. M. l'empereur Alexandre.
Ar. en quint., la lre et la 3e par Heinzius, la 2e par F. Ries, pour P. à 4 m. (Cranz) par Winkler, à 2 m. pour P. et flûte par Drouet, l'adagio de la 2e pour chant par Silcher (Gruss der Seelen).
G. M. U., 1828, p. 560 : « Si bien transformé en quatuor que personne ne se douterait que c'a été autre chose »,
Trois chefs-d'œuvre ; la S. en ut mineur est une de ces productions capitales qui décident d'une époque dans les arts. La grande aveugle du temps, la Gazette musicale universelle de Leipzig, n'en parle pas ; elle se contente de ne pas comprendre la lre des trois sonates. G. M. U., 1803, p. 77 : « Pas tout à fait digne de B. Le premier passage n'a pas le beau développement de pensées qu'on rencontre dans les œuvres postérieures de B. ; il manque de caractère déterminé. Les variations ne sont pas bien réussies.L'enfantillage prolongé pendant 13 mesures, àla dernière page, au moyen de la septième diminuée et de la sixte augmentée, est indigne de B. L'adagio est beau (sic !) dans le genre mélancolique. )) La tournure donnée au motif dans la dernière variation respire au contraire une tendresse infinie ; elle est un patron tout nouveau de variation.
L'adagio de la lre sonate est aussi bien un chef-d'œuvre de goût et d'expression musicale ; l'adagio de la seconde, une incomparable scena ed aria pour P. et V., le plus beau morceau de B. en la bémol, tonalité qu'il n'affectionna point.
Opéra.
Cet adagio est monumental, les deux instruments y sont traités avec un art merveilleux, ils ne font qu'un; l'expression en est élégiaque, mais c'est plus qu'une Didone abbandonata, c'est un mausolée qui a eu raison des bonheurs de la terre (adagio di sepolcro). La sonate en sol est une ravissante pastorale pour 2 instruments, un tableau comme l'été de Calame.
31. 3 sonates pour P. sol majeur, ré mineur, mi bémol, dédiées à la comtesse de Browne, comp. en 1803. Ces sonates portent dans la plupart des éditions et le chiffre 29 et le chiffre 31 entre parenthèses. Il serait temps de biffer une bonne fois le chiffre 29 qui appartient notoirement au quintette en ut (v. op. 29).
La troisième sonate, publiée séparément par Schott, à Mayence, porte dans cette édition le chiffre 58 (voyez opéra 58).
La première sonate a été ar. par Uber, pour V., A. et Vcelle, en quatuor, arrangement qui n'est pas de B., comme le dit le Catalogue thématique de Breitkopf, p. 28. V. Ries, p. 93. La 3e sonate a été ar. en quatuor par Ferd. Ries, la 2e et 3e pour 2 V. par Hartmann, toutes
'. les trois pour P. à 4 m. (Cranz).
Ries, p. 88. B. avait vendu les 3 sonates au marchand de musique Nsegeli à Zurich. Les épreuves qui lui avaient été expédiées fourmillaient de fautes, mais ce qui acheva de mettre B. en fureur, ce furent quatre malencontreuses mesures qui s'y trouvaient avoir été ajoutées à la fin du 1er allegro de la S. en sol après la 4e mesure du dernier point d'orgue. B. avait prié Ries de déchiffrer les épreuves au piano pendant qu'il s'occuperait d'autre chose ; aux quatre mesures en plus, il faillit jeter Ries par
Opéra,
terre « Où se trouve cela ? du diable !» s'écriat-il. Ces quatre mesures qu'on trouve dans le livre de Ries, étaient une répétition du dernier commun, dans la tonique, de la figure proposée après le point d'orgue dans la dominante. B. envoya aussitôt les S. à Simrock à Bonn pour en faire une autre édition. Il écrivit à ce sujet à Ries le billet suivant : « Les signes sont mal indiqués et les notes transposées sur plusieurs points. Ainsi, attention, sans cela le travail sera encore une fois inutile. » Ch'a detto l'amato bene ?
Ries, p. 93. « Un soir, chez le comte Browne, on engagea B. à jouer la S. en ré mineur, qui venait de paraître. B. fit à la 53e et 54e mesure une faute ; au lieu de descendre par gruppetti de deux notes, il donna par mégarde 3 à 4 notes à chaque noire, effet qu'on eût produit en époussetant le piano (es lautete als sollte ein Clavier geputzt werden). La princesse L.... (Lobkowitz probablement) tapa B. pas trop doucement sur la tête en disant : « Si vous avez frappé l'élève « d'un doigt pour une seule fausse note, il est « juste que le maître reçoive châtiment de toute « la main quand il en fait plusieurs ». (B. avait frappé Ries du doigt, parce qu'il avait manqué à une autre soirée une note dans la S. pour P. et V. en la mineur, op. 23). Une analyse détaillée des 3 S. ne pourrait être que le sujet d'un travail monographique assez étendu que nous avons effleuré seulement. »
32. Six cantiques avec P. texte de Gellert, dédiés au comte Browne.
G. M. U., 1804, p. 608. « Très bon, excellent en plusieurs points. »
Ar. pour P. seul par Liszt.
Opéra.
Le Busslied la mineur a été ar. par le prince N. Galitzin en quintette (quintette funèbre dédié aux mânes de B. Saint-Pétersbourg, chez Davignon), voy. le n° 52, seconde section, et la lettre d, quatrième section. Le Catalogue thématique de Breitkopf, convertissant le n° 32 en chiffre d'oeuvre, range ici le Lied : « A l'Espérance » ; nous suivons le Catalogue thématique de Hoffmeister.