‹ Beethoven et ses trois stylesChapitre 69 sur 93 · Chant de l'alliance : « Dans toutes les bonnes · texte numérisé non relu

Chant de l'alliance : « Dans toutes les bonnes

heures » ; texte de Gœthe. Lied pour deux voix et un chœur à trois parties avec ac. de clarinette,

<Opéra.

2 cors et 2 bassons, si bémol, 4/4, ar. avec ac. de P.

G. M. IL, 1825, p. 740 : « Les deux chants (voir Chant du sacrifice, op. 121) sont traités comme Lied avec un refrain en chœur ; la musique du premier est doucement solennelle, celle du second énergique, rude ; l'accompagnement d'orchestre original et plein d'effet ». 123. Missa, composita et serenissimo ac eminentissimo Domino Rudolpho Joanni Csesareo, principi et archiduchi Austrise : S. R. E. Tit. s. Pétri in monte aureo, cardinali et archiepiscopo Olomucensi, profundissima cum veneratione dedicata a Ludovico van Beethoven. Ex sumptibus vulgantium. Moguntiœ, ex taberna musices B. Schott filiorum. Paris, chez les fils de B. Schott, rue de Bourbon, n° 17 ; Anvers, chez A. Schott, 1827. Messe en ré à 4 voix avec chœur et ac. d'orchestre et d'orgue, ar. avec ac. de piano, payée mille florins par l'éditeur Schott. Sch., p.

B. destina ce grand ouvrage à la cérémonie d'installation de l'archiduc Rodolphe comme cardinal archevêque d'Olmùtz (1820) ; il ne l'acheva qu'en 1822, après y avoir travaillé depuis l'hiver de 1818 à 1819. Dans une lettre à Louis XVIII, qui envoya à B. une belle médaille d'or pour un exemplaire de la messe, B. l'appelle : son œuvre la plus accomplie ; dans le programme de souscription, « (sein grôsstes und gelungenstes Werk)». Sch., p. 122. V. la lettre de B. au pr. Galitzin, publiée dans la Presse, du 13 octobre 1845.

« En commençant ce travail, tout son être semblait avoir pris une autre forme. Jamais je

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ne vis B. dans un pareil état de détachement absolu du monde terrestre ». Sch., p. 113.

« Chaque directeur habile pourra introduire des modifications afin de faciliter l'exécution des parties vocales, le soprano devant à plusieurs endroits crier de toutes ses forces, mais le pouvant chanter. Périsse plutôt l'effet d'un morceau qu'un organe de chanteur! » Sch., p.

Lettre de B. à Ries à Londres du 9 avril 1825 : « Deux morceaux des plus remarquables vont vous être expédiés ».

124. Ouverture en ut majeur à gr. orchestre, dédiée au prince N. Galitzin, composée pour l'inauguration du théâtre de la Josephsstadt à Vienne, le 3 octobre 1822, jour de fête de l'empereur d'Autriche. Sch., p. 120. V. op. 114.

Ar. pour P. et V. par Brand, pour 2 P. à 8 m., pour P. à 4 m. et à 2 m. par Czerny. V. la remarque à l'op. 117.

Origine de l'ouverture : L'été de 1822, Beethoven passa une journée dans la délicieuse vallée d'Hélène à Baden, près Vienne, en compagnie de Schindler et de son neveu. Préoccupé de l'ouverture qui devait être prête le 3 octobre, il quitta ses compagnons, afin d'être seul avec l'idée de son ouverture. Une demi-heure à peine s'était écoulée qu'il avait déjà jeté sur le papier deux motifs donvt il dit que l'un se prêtait à être traité dans son style à lui, l'autre à la manière de Hœndel. Schindler conseilla à B. de choisir le second motif. Cet avis avait de quoi flatter B. qui mettait Hœndel au-dessus de tous les compositeurs, mais on conviendra qu'il ne fut pas heureux une fois qu'il s'agissait de style d'ouverture.

•Opéra.

L'ouverture op. 124 n'est point une double fugue proprement dite, comme on Ta dit. Il faut supposer que le motif que Beethoven aurait traité dans son style à lui fût devenu l'occasion d'une œuvre bien plus importante dans un temps où le génie de l'artiste touchait à son apogée, que l'homme en lui jouissait des derniers jours exempts de souffrances physiques. Schindler aurait dû se dire que le génie de Beethoven, c'était le style symphonique libre, que là il régnait sans rival, que là il n'avait à imiter personne ; que le style sévère, au contraire, était tout au plus pour lui une barrière à sauter, qu'il n'y était point chez lui. B. lui-même en voulut plus tard à Schindler. L'ouverture n'avait point produit d'effet, on la disait inexécutable, ce qu'elle est peut-être. Voici la conversation de B. avec Schindler .à ce sujet {Cahier de conversations, Sch., p. 289) : Schindler. « Comment revenez-vous encore sur cette vieille histoire de 1824 ? S'il faut que je sois la cause que vous avez écrit cette ouverture, j'en prends volontiers la responsabilité ; mais si l'orchestre ne peut pas la jouer, la faute n'en est certainement pas à moi. Le public est excusable de ne pas vouloir comprendre un charivari comme celui qui se rencontre dans le passage en fugue ». L'introduction de l'ouverture est un incomparable chef-d'œuvre. Introductio princeps. Un arc de triomphe couronné d'une Victoire. 125. Symphonie avec chœur final sur l'ode de Schiller, an die Freude, 4 voix solo et 4 voix de chœur, ré mineur. 9e et dernière symphonie, dédiée au roi de Prusse Frédéric Guillaume III, commencée en novembre 1823, achevée en février 1824,

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payée 600 florins par l'éditeur Schott (une misérable misère !). Sch., p. 165.

Tristia Herculis !

Sch., p. 129, 139 : « Peu à peu, vers l'automne de 1823, la neuvième symphonie commença à lui travailler la cervelle. » Gassner, Lexicon universel de musique. « Rien ne saurait être plus touchant, rien ne permet de mieux pénétrer dans son âme que des basses d'abord, puis ses chanteurs entonnant le Freude, cette belle étincelle de Dieu, d'une façon si simple, si populaire. Son bonheur est là, ce but qu'il ne lui a pas été donné d'atteindre ; il célèbre là, sous le vaste dôme de Dieu, la piété que des milliers partagent partout avec lui. »

Ortlepp et Griepenkerl ont fait de la symphonie le sujet de nouvelles.

La célèbre Sonntag et mademoiselle Unger, qui chantaient (1824) la partie de soprano et de contrealto, se virent forcées de prier B. de faire des changements dans leurs parties. Mademoiselle Unger l'appela « le tyran des voix. » — « Cette note si haute à l'endroit : « Elle nous apportait des baisers et des raisins, » ne peutelle donc être changée ? » dit Sonntag. « Et celle-là, reprit Unger en montrant sa partie, elle est trop haute pour un contr'alto ». B. sourit mais resta inébranlable ; il prétendit que ces dames avaient été gâtées par la musique italienne. « Continuons donc à nous torturer, » fit la douce et résignée Sonntag.

Il n'en fut pas autrement des chœurs, qui opérèrent eux-mêmes des changements et prirent même le parti de se taire à certains endroits.

Opéra.

B. était présent, mais il ne distinguait plus aucun son ! « Il n'entendait même pas l'immense tempête d'applaudissements de l'auditoire, et mademoiselle Unger dut appeler par ses gestes l'attention de Beethoven, qui tournait le dos à la salle, sur l'enthousiasme du public, pour que le célèbre maître vît du moins ce qu'il ne pouvait plus entendre. B. se retourna, et sa vue excita dans l'assistance une véritable éruption d'enthousiasme, de douleur et de sympathie pour son malheur. » Sch., p. 155. I

G. M. U., 1826, p. 853 : « On dirait que la musique s'est proposé de marcher désormais sur la tête au lieu des pieds. La dernière phrase, c'est le chant des malheureux précipités du ciel ; on dirait que les esprits des abîmes célèbrent une fête de réjouissance sur tout ce qui s'appelle la joie des hommes. Et cependant (sic) tout musicien devra posséder l'ouvrage pour savoir comment on se réjouit au fond des enfers. Le maître n'en reste pas moins ce qu'il est, un conjureur des esprits infernaux, auquel il a plu cette fois d'exiger de nous du surhumain (le critique aurait dû dire : de nous donner du surhumain).

G. M. U., 1828, p. 216 : « Remarquable erreur du maître égaré par sa complète surdité, maintenant délivré des soins de ce monde. Nous ne sommes pas assez aveugles (c'est bien heureux pour vous) pour ne pas voir l'admirable tissu de notes et d'étranges masses de sons amoncelées dans cette œuvre ; nous admettons l'art exagéré dans cette construction, mais nous comparons le tout au bourg Luxor, construit sur les grandes ruines de la magnifique et fabuleuse Thèbes (la symphonie est bien elle-même

Opéra. T

la glorieuse Thèbes aux cent portes du style symphonique ; seulement le critique et tant de personnes après lui ne sont pas entrés par la bonne). Le scherzo serait beau s'il ne détruisait pas le bon effet par la longueur exagérée. Le reste, sans en excepter même Yandante, dans lequel B. produisait autrefois de l'inimitable, nous cause une douleur d'autant plus grande que nous savons mieux ce que nous avons perdu dans Beethoven ».

Un juge de Londres (Harmonicon, mars 1828, comparez G. M. U., 1828). « Composition bizarre. Les plus chauds admirateurs de B., s'il leur reste du sens commun, doivent déplorer qu'elle ait été livrée à la publicité. Les amis de B. qui lui ont conseillé de publier ce morceau absurde sont assurément les ennemis les plus cruels de sa gloire ».

Signaux pour le monde musical, 1852, n° 5 : <( Quel est l'homme qui s'est placé à un point de vue historique (Hegel, Ganz : le Droit de succession dans son développement historico-hu- . main, ouvrage de la plus haute portée) ? Quel est l'homme qui, en fait d'art, se plaît à déterminer à l'avance les apparitions successives, comme des points de développement nécessaires et naturels ? Quel est l'homme qui eût pu, après la 8e symphonie, simple, innocente, gaie, humoriste, prédire la 9e symphonie, se redressant gigantesque, s'étendant en replis démesurés, hétérogène dans la forme et dans la pensée, travaillée par les combats intérieurs les plus \iolents ? »

Cette œuvre immense, incommensurable, qu'on peut ne pas préférer aux symphonies précédentes, mais dont on ne parle qu'avec un

Opéra.

respect mêlé de crainte pour peu qu'on soit un grand artiste ou un homme accessible aux émanations d'un monde qui n'est pas le nôtre, qui n'en existe pas moins au sein de l'infini ; cette œuvre, à laquelle ne va aucun nom ; ces agapes de la musique instrumentale, le dernier mot du style symphonique auquel, sur terre, s'arrêta le plus grand génie que ce style ait produit, ne pourra, je crois, être continuée: en ce sens, qu'on peut admettre en thèse la possibilité qu'on crée un jour une œuvre de cette valeur, d'une plus grande même, mais non point en même temps une forme qui continue la symphonie avec chœurs comme celle-ci continue les symphonies du style de la seconde manière de B., une forme enfin qui soit à la 9e symphonie ce que cette symphonie est aux symphonies qui la précèdent. Le lecteur voudra excuser un souvenir personnel à cause des personnes auxquelles il se rapporte. Quand on joua la symphonie pour la première fois à Saint-Pétersbourg (société philharmonique, 7 mars 1836), je rencontrai à la répétition Glinka, le célèbre compositeur. Nous étions placés sur les degrés auprès des fenêtres qui, dans la salle d'Engelhardt, voient passer et repasser le flot incessant de la grande artère de Saint-Pétersbourg, de la perspective. Glinka dit après l'allégro : « Mettons-nous par terre, ce sera plus décent ; » et il s'assit sur le drap vert qui recouvrait les degrés. Le sentiment que j'éprouvais était d'aller me cacher dans les caves de la maison d'Engelhardt, sous les tonneaux de la cave, si la symphonie eût pu s'entendre de là. Au scherzo, Glinka s'écria, en cachant sa tête entre les deux mains : « Mais on ne touche pas là ! Oh ! c'est impossible. » Il pleurait. Je recon-

Opéra.

nus que je n'aurais pu me trouver aux côtés d'un plus grand artiste. Je ne conserve pas de plus grande impression en musique, malgré la médiocrité de Fexécution qui était dans les conditions de l'ouvrage, dont on appellerait les chœurs ; — les impossibles. En sortant de la salle, je rencontrai à la tête du pont de Kasan, ce Pont-Neuf des rencontres de Saint-Pétersbourg, le pianiste-compositeur Vollweiler, talent remarquable, enlevé par une mort prématurée. Francfort-sur-le-Mein avait donné à Vollweiler quelques notions confuses de cuisine qu'il corrigeait chez nous. Il était près de cinq heures. « J'ai bien appétit, » dit-il, et me sachant bonne fourchette, expression de Servais à mon égard, Vollweiler ajouta : « J'aimerais bien à dîner avec vous après cette invraisemblable symphonie que nous venons d'entendre. » Nous entrâmes chez le restaurateur qui avait nom Grand- Jean, à deux pas de la maison d'Engelhardt, sur le canal. A peine assis à une des tables rondes du petit appartement où Ton était sûr de ne rencontrer personne, je me mis à épancher mes impressions. L'heure passait. Vollweiler m'interrompit de loin en loin par le mot de menu. Ces interruptions finirent cependant par s'éteindre, et j'aime à attester le fait que nous étions, tous deux, assez émus ; qu'en dépit du proverbe, que ventre affamé n'a pas d'oreilles, Vollweiler me donna raison qu'il fallait célébrer l'événement en s'abstenant ; que deux intrépides mangeurs et qui pouvaient payer leur dîner sortirent au grand étonnement de Grand- Jean qui m'avait vu manger, mais qui ne m'avait pas entendu parler symphonie avec chœurs, sortirent, dis-je, de chez ce digne collatéral des

Opéra.

Carême sans avoir succombé à ses intentions* S'il faut se garder de l'enthousiasme factice, aveugle, l'enthousiasme sincère me paraît être une belle chose et qui implique des conditions dont les personnes qui ne la comprennent pas, qui la proscrivent, sont privées. V. le supplément à la fin du Catalogue.

Nous avons déjà observé quelle importance avaient aux yeux de B. les moindres détails. Dans une lettre qu'il adressa le 9 avril 1825 à Ries à Londres, B. changea une note dans la partie de Hautbois de l'allégro de la 9e symph. (242e mesure). Il avait /a, mi, ré naturels, B. remplaça le ré par un second mi. Ries, p. 160.

Ar. pour P. à 4 m. par Czerny, pour P. à 2 m. par Kalkbrenner, le finale par Esser (Schott) ; les chœurs seuls avec ac. de P.

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