‹ Beethoven et WagnerChapitre 22 sur 40 · DE BEETHOVEN · texte numérisé non relu

DE BEETHOVEN

11 y a encore dans les carnets une conversation intéressante avec Caroline Unger. C est en 1824. La jeune actrice amène à Beethoven une dame qui a désiré le connaître, une certaine baronne Lirveeld. « C’est mon amie, dit-elle : elle aime votre musique... Non, elle n’est pas mariée... Et Mèlusine, pour quand ce sera-t-il? Vous devriez vous marier, cela vous ferait travailler. Et puis, vous avez si peu de confiance en vous-mêmel... Moi, je n’ai pas d amoureux 1 El vous, combien avez-vous de maîtresses? »

Et voilà tout. Quelques mois après les concerts, Caroline Unger et Henriette Sontag quittent Vienne l’une et l’autre, la première pour aller chanter en Italie, en attendant qu’elle devienne la femme d’un riche Français, M. Sabatier; la seconde, pour se conquérir, à Dresde, à Leipzig, à Berlin, à Paris même, une gloire éclatante, en attendant qu’elle se marie, elle aussi, et devienne, en 1828, la comtesse Rossi. Il ne semble pas que ni l’une ni l’autre aient gardé un souvenir bien vif de leurs relations avec Beethoven. M me Sabatier écrit bien, en 1873, au musicographe Ludwig Nohl « que la Sontag et elle n’entraient jamais dans la chambre de Beethoven que comme dans un temple ». Les caliieis de conversation nous ont fait voir comment elle

y entrait, et sur quel ton plutôt familier elle traitait le vieux maître.

Et lui? jusqu’à la fin il s’est souvenu des deux chanteuses qui avaient un moment distrait, apaisé l’ang-oisse qu’il éprouvait à vivre. Leur nom revient à mainte reprise dans les carnets des années suivantes. Tantôt c’est Karl van Beethoven, le neveu, qui parle d’un prochain mariage de la Sontag; une autre foisSchindler apprend au maître que Caroline Unger est dans l’embarras, et Beethoven, avec un sympathie manifeste, se fait raconter tout au long le détail de ce qui lui arrive. C était un homme d’une bonté surnaturelle, un vrai sage. A mesure que son infirmité paraissait devoir le renfermer davantage en luimême, sa sympathie s’ouvrait plus largement aux joies et aux souffrances des autres. Et un ami qui l’a beaucoup connu, Schlosser, a pu dire que, « si grand qu’ait été son art, son cœur lui était encore infiniment supérieur ».

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