‹ Beethoven et WagnerChapitre 35 sur 40 · UN FAUX AMI DE WAGNER · texte numérisé non relu

UN FAUX AMI DE WAGNER

lieu de se borner à l’admirer de confiance, comme faisait, autour de lui, tout le petit monde wagnérien : et tout de suite il a découvert ceitaines particularités assez surprenantes. Il a constaté notamment que l’édition allemande du livre, présentée par Præger comme la traduction de l’édition anglaise, différait de celle-ci presque sur tous les points. Dans l édition anglaise, Wagner, interrogé sur la façon dont il avait trouvé un motif, répondait: « Oh! j’ai cherche et cherché, réfléchi et réfléchi, avant de mettre enfin la main sur ce motif! » Dans 1 édition allemande, la réponse est tout autre: « HéI dit Wagner, ce sont choses qui me viennent ainsi sans que j'y pense !»

Dans les lettres de Wagner, mêmes différences. Pas une phrase qui fût tout à fait pareille, en anglais et en allemand. Une lettre écrite en français, dans les deux éditions, cette lettre-là même était donnée en deux versions différentes.

Il y avait là de quoi rendre suspect le livre de Præger. M. Chamberlain l’a alors analysé de plus°près encore; et le résumé de son enquête, qu’il publie dans les Bayreuther Blœtter, est un chef-d’œuvre de patience et de dialectique. Je ne vois à lui comparer que la série fameuse des raisonnements de Zadig, dans le conte de Voltaire. Démontant phrase par phrase les affirmations

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de Praeger, M. Chamberlain établit, toujours avec une foule de petites preuves à l’appui : i° ( jue Præger n’a jamais été l’ami de Wagner et n’a entretenuavec lui quedes rapports tout fortuits; 2 ° que les lettres de Wagner à Præger sont, en grande partie, de l’invention de celui-ci; 3» q Ue la fameuse visite de Præger à Zurich, en ï 856. où il aurait suggéré à Wagner l’idée de Tristan, que cette visite n’a pas eu lieu; 4“ enfin que les soi-disant confidences de Wagner à Præger sont ou bien des extraits purs et simples des écrits de Wagner, ou bien des inventions de Præger, en contradiction absolue avec ce qu’ont pu être les véritables paroles de Wagner. De tout le gros livre, rien ne subsiste : pas même les jugements de Præger sur « son ami », car il n’y a pas un de ces jugements dont on ne trouve le démenti quelques pages plus loin.

Voilà donc un ami de Wagner dont les historiens de la musique auront à se méfier. Déjà, il y a cinquante ans, son compatriote et coreligionnaire Moscheles s’était autorisé de relations d’affaires qu’il avait eues avec Beethoven pour se constituer, après sa mort, son ami et confident, le représentant officiel de son art et de ses traditions. Mais Moscheles, du moins, n’avait publié d’autres lettres de Beethoven que celles qu’il en avait reçues. L’industrie des faux amis a

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