‹ Beethoven et WagnerChapitre 34 sur 40 · CHAPITRE VIII UN FAUX AMI DE WAGNER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII UN FAUX AMI DE WAGNER

L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux,

non pas en vérité pendant que le grand homme est vivant, car j'imagine que ses amis doivent avoir souvent à souffrir auprès de lui, ne seraitce que du sentiment de leur infériorité ; mais apres sa mort, oui, je crois qu’en effet on trouve mamls avantagesà avoir été son ami. On écrit sa biographie, on publie le détail des services qu’on hu a renduset des confidences qu’on a reçues en change; on s attribue la mission de veiller sur sa gloire ; et, pour peu qu’on y mette du soin, on devient à son tour une façon de grand homme Aussi ne faut-il point s’étonner si le nombre des amis de Richard Wagner augmente d’année en annee J en connais bien déjà une vingtaine qui, en allemand, en français, en anglais même ont raconté leurs souvenirs, y joignant, sans douté par maniéré de certificats, les lettres en général

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assez insignifiantes que leur a écrites leur illustre ami. Mais voici qu’à ces amis authentiques du maître allemand d’autres amis viennent s’ajouter auxquels personne ne pouvait s’attendre, des amis improvisés et posthumes, qui, n ayant pas eu le bonheur d etre des amis de Wagner pendant qu’il vivait, n’ont pu résister cependant au désir de nous entretenir d’eux-mêmes, à propos de lui.

Tel est notamment (ou plutôt tel était, car il vient de mourir) un musicien allemand demeurant depuis cinquante ans à Londres, Ferdinand Præger. Quelques mois avant sa mort, cet excellent homme a publié en deux éditions, 1 une anglaise, l’autre allemande, un gros livre intitulé : Wagner tel que je l'ai connu, et qui, à être pris au sérieux, constituait pour la littératuie vvagnérienne un document d’une importance extrême; car Præger, en outre d’un très grand nombre de lettres intimes et confidentielles de Wagner, y transcrivait encore, — d’après son journal, disait-il,— tout le détail;dc nombreuses conversations qu’il avait eues avec le maître allemand, sur les sujets les plus divers, pendant « les cinquante ans de leur étroite et fraternelle amitié ».

Amitié étroite et fraternelle en effet, car, comme le disait Præger, « Wagner et moi en étions

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venus à ce point d’intimité que la séparation de nos corps ne nous séparait plus : nous étions unis à travers l’espace, et l’échange continuel de nos idées nous montrait sans cesse davantage combien profondément nous nous comprenions l'un l'autre ».

Et pour ceux qui seraient étonnés de cette importance que Wagner attachait aux idées de son ami, Præger ajoute que c’est lui qui, dans une visite à Zurich, en ,856, a suggéré le sujet et le plan de Tristan et Isolde.

Aussi son livre n’a-t-il point manqué de mettre en émoi tout le monde musical. Et l’émoi a été d’autant plus fort que Praeger, pour mieux attester sans doute le caractère tout intime de son amitié, ne perdait pas une occasion de dire de Wagner tout le mal possible, le représentait comme un homme lâche, débauché, menteur, et publiait même une lettre où Wagner parlait de sa première femme en des termes tout à fai t fâcheux.

Les anti-wagnériens (car, chose à peine croyable, cette espèce existe encore) tromphaient ; les wagnériens baissaient la tête, devant l’impérieuse évidence des faits.

C’est alors qu’est intervenu M. H. S. Chamberlain. Le livre de Præger lui étant tombé sous la main, il a eu l’idée de le lire d’un peu près, au

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