I. P. ex. op. CI, CVI, ex
une fois de plus de la maladie, du destin mauvais, de lui-même ^
Par un choix plus libre des thèmes et des tonalités, par les modifications qu'il impose à la forme de leur développement, Beethoven assouplit au gré de son humeur ou de ses émotions l'instrument jusqu'alors un peu rigide de la sonate. Il en garde, il en fortifie l'unité ; mais c'est moins une unité de plan ou de tonalité, qu'une unité d'accent : au lieu de venir de l'extérieur, elle est interne. Une sonate de Beethoven, une des « grandes », ressemble, pourrait-on dire, à celles de ses prédécesseurs comme une feuille vivante, issue de son pédoncule et reliée par lui à Tarbre de vie, ressemble à une feuille, taillée à l'emporte-pièce. Chacun sait qu'il n'existe pas dans la nature deux feuilles exactement superposables ; il n'existe pas non plus chez Beethoven deux sonates qui coïncident. Si Beethoven a vu dans la sonate, moins un type d'architecture sonore qu'un mode de dialectique capable de donner à ses émotions musicales leur suprême éloquence, si le contenu, pour ainsi pailer, y moule le contenant, au lieu d'être informé par lui, ses sonates nous apparaîtront comme des poèmes lyriques où se reflète toujours quelque nuance