I. A peu de chose près
c'est l'imitation de l'orchestre et la puissance sonore à laquelle parviennent les quatre voix, ordinairement si faibles, du quatuor.
Entre lacomposition des trois quatuors op. LIX et celle du dixième, op. LXXIV, en mi bémol, deux ans et demi se sont écoulés, pendant lesquels Beethoven termina les cinquième et sixième symphonies , écrivit les deux trios op. LXX, le concerto de piano op. LXXIII ^ Le premier mouvement, en forme très libre de sonate, est précédé d'une introduction poco adagio, dont le thème, triste et interrogateur :
développé en vingt-quatre mesures d'une polyphonie expressive, obtient enfin cette vigoureuse réponse :
Ss
Oct:B.
qui engage l'action du premier aili gro. Rien de
1. En 1809-1810, Beethoven a vaitl âme accordée en mi bémol: 11 travailla au cinquième concerto, au dixième quatuar, à la sonate des Adieux, trois œuvres dans le ton de mi bémol.
LES QUATUORS i43
{)Ius beethovénien que ce contraste, ce sursaut d'énergie après un moment de stagnante tristesse : rien de plus beethovénien non plus que ce tiième, dont les notes sont une simple décomposition de l'accord partait, et qui, revenant par la suite sous forme d'un pizzicato^ donnera au quatuor entier son surnom de « Quatuor des harpes. » U adagio, en la bémol, ramène les sentiments tristes de l'introduction : il rappelle celui du septième quatuor par sa poignante beauté, par une certaine analogie d'inspiration, et aussi, ressemblance plus facile à fixer, par tels détails du développement ^ Toutefois Beethoven applique ici avec plus de fermeté la forme de la grande variation dont il fera chaque jour un usage plus fréquent, et la dernière répétition du thème douloureux le présente, comme la tristesse même, tout harcelé de contrariétés et de tiraillements (contre-temps du violoncelle, pizzicati de l'alto, staccato serré du second violon). Le presto du dixième quatuor est, de tous les scherzi des quatuors, celui qui s'éloigne le plus du classique menuet : sa forme est S {bis), T, S, T, S. Le trio ou « alternatif » s,' orne d'xincantusfir mus assezinattendu au milieu
I. Entrée et conduite du second thème : Cf. septième quatuor, adagio, mesures 78 et suivantes, et dixième quatuor, adagio, mesures 87 et suivantes.
de cette orgie rythmique et qui suggère la pensée de quelque vieux magister, entraîné dans une ronde d'écoliers. A ce scherzo endiablé se joint sans interruption le finale : mais est-ce bien finale tju'il faut appeler cet allegretto con variazioni qui s'avance d'abord prudent et calme, comme pour souhaiter le bonsoir après la fête ? Peu à peu, un reste de gaîté se ranime, et avec lui tout l'humour de Beethoven, qui, après avoir passé, en six variations, de l'enjouement à la mélancolie, termine en joie par une course folle.
Composé en octobre 1810, la même année (\u^Egmont et les trois lieder op. LXXXHI, le Quartett Serioso op. XCV est le plus court des seize quatuors, et surtout le plus concis ; il y a, dans sa brusque rapidité, quelque chose qui rappelle le Prométhée de Gœthe, Le quatuor débute par une explosion de colère ou de révolte :
Allegro con brio
Oct.; Bassa
11 y a loin, entre ce furieux unisson et le gracieux unisson qui ouvrait le quatuor en fa de l'op. XVIII ! ^ Mais à cette colère suc-