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fête),CXVll{[eRoiEtienne),CXXXVm{premièTe ouverture de Léonore), GVIII (aS chansons écossaises)^ GXIII (le chœur Calme de la mer et Heureux voyage), CXVI (le trio Tremate, empj.), GXVIII {Chant élégiaque) GXXI Variations en trio sur Ich bin der Schneider Kakadu)^ GXXII [Bundeslied], GXXVIII (le lied le Baiser), GV {six thèmes variés^ etc.), GVII [dix thèmes variés^ etc.) et GXXIX [Rondo a capriccio le « Sou perdu »). Ainsi on ne parvient pas à fixer les limites qu'on veut établir : de plus on néglige absolument de dire par quels traits précis la seconde manière se distingue de la première, plus encore que la troisième de la seconde. Si bien que la trop célèbre division en « trois styles » ne doit être admise que d'une façon très générale, plus provisoire encore, et sous les plus expresses réserves.
Dans une lettre, adressée de Weimar, le 2 décembre i852, au second inventeur des « troi^ styles », W. von Lenz, Liszt a donné la plus belle page de haute critique que Ton connaisse sur l'œuvre de Beethoven : « Pour nous musiciens, l'œuvre de Beethoven est semblable à la colonne de nuée et de feu qui conduisit les Israélites à travers le désert — colonne de nuée pour nous conduire le jour, — colonne de feu pour nous éclairer la nuit afin que nous mar-
chions jour et nuit. Son obscurité et sa lumière nous tracent également la voie que nous devons suivre ; elles nous sont l'une et l'autre un perpétuel commandement, une infaillible révélation. S'il m'appartenait de catégoriser les divers termes de la pensée du grand maître, manifestés dans ses sonates, ses symphonies, ses quatuors, je ne m'arrêferais guère, il est vrai, à la division des trois styles^ assez généralement adoptée maintenant, et que vous avez suivie, — mais prenant simplement acte des questions soulevées jusqu'ici, je poserais franchement la grande question qui est l'axe de la critique et de l'esthétique musicale au point où nous a conduits Beethoven : à savoir, en combien la forme traditionnelle et convenue est nécessairement déterminante pour l'organisme de la pensée ?
« La solution de cette question, telle qu'elle se dégage de l'œuvre de Beethoven môme, me conduirait à partager cette œuvre non pas eu trois styles ou périodes — les mots style ei période ne pouvantêtreicique termes corollaires, subordonnés, d'une signification vague et équivoque — mais très logiquement en deux catégories : la première, celle où la forme traditionnelle et convenue contient et régit la pensée du maître ; et la seconde, celle où la pensée étend, brise, rocrée et façonne au gré de ses besoins et d«
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ses inspirations la iorme et le bly le. Sans doute, en procédant ainsi nous arrivons en droite ligne à ces incessants problèmes de V auto rite et délai liberté. Mais pourquoi nous effrayeraient-ils ' Dans la région des arts libéraux, ils n'entraînen' heureusement aucun des dangers et des désastres que leurs oscillations occasionnent dans le monde pratique et social, car dans le domaine du Beau, le génie seul fait autorité, et par là, le dualisme disparaissant, les notions d'autorité et de liberté sont ramenées à leur identité primitive ' ».
Cette admirable lettre donne la clef de tout Beethoven : non seulement la ligne de progrès suivie par Beethoven s'y trouve retracée avec une merveilleuse largeur de trait, mais Liszt, en même temps, indique le point de vue d'où chaque œuvre de Beethoven, prise en particulier, peut être le mieux considérée, car en chacune s'opposent ou se combinent les deux principes d'autorité et de liberté : laissant dans une ombre relative l'apport traditionnel, on s'est efforcé, dans cette trop brève étude, de montrer justement chez Beethoven, parl'exemple de ses principales œuvres, le triomphe progressif de la liberté sur l'autorité.
I. Franz Liszt' s firze/e.herausgegeben von La Mara (Leipzig, HreitLopf) t. I, p. ia3, iiJi.
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Mais le jugement si lumineux de Liszt n'explique pas seulement l'œuvre de Beethoven : il rend compte aussi bien de l'action prodigieuse que cette œuvre a exercée pendant tout le xix* siècle et n'a pas encore cessé d'exercer, sur toute la musique instrumentale et symphonique. Car c'est un fait sans exemple, et d'abord étonnant, que les maîtres les plus différents du xix" siècle, Mendelssohn, Schumann, Liszt, Berlioz, Wagner, Bruckner, se soient tous réclamés de Beethoven, et que le même père ait eu des fils spirituels aussi peu ressemblants. C'est que justement les uns ont considéré plus volontiers chez Beethoven le principe d'autorité, les autres le principe de liberté; qu'ils ont cherché dans son œuvre, qui un modèle à imiter, qui un exemple à suivre. Les premiers, un Mendelssohn, un Brahms, s'efforcent de maintenir la belle ordonnance classique dont Beethoven, avant de s'en écarter, a donné les plus beaux spécimens. Berlioz, à vrai dire, n'a guère fait qu'arborer Beethoven, s'arracher les cheveux à quelques effets d'orchestre des symphonies, ignorer le reste, et méconnaître le tout. Liszt, avec autant de hardiesse que de péné-
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tration, engage la musique symphonique dans une voie nouvelle où Beethoven, arrêté trop tôt par la mort, n'a fait que les premiers pas. Schumann, libre poète, apprend de Beethoven une langue musicale docile à toutes les émotions. Wagner enfin ne s'inspire pas seulement du grand et noble Fidelio : il trouve dans les sonates, les quatuors, les symphonies, le principe de la mélodie continue et la plastique du leit-motiv qu'il transportera de la musique pure à la musique de théâtre.
Ainsi l'œuvre d'un siècle aura été l'œuvre d'un homme. Dire que Beethoven a marqué le passage de l'époque classique à l'époque romantique, ce serait rabaissera un rôle transitoire et comme secondaire un art qui est toute indépendance et toute originalité; ce serait aussi limiter son action dans le temps à une courte période, que son rayonnement dépasse. La musique, affranchie par Beethoven des bornes rigides et des traditions étroites, s'offre maintenant à chanter librement les peines et les joies de chacun ; par lui, pourrait-on dire, de science elle est devenue conscience, et tous ceux-là seront éternellement ses disciples qui, sans le copier ou l'imiter, sauront jouir de la liberté qu'il leur a conquise dans la douleur.