L'ÉCOLE DE MAÎTRE CORBEAU
TADIS, quand les oiseaux possédaient la parole, ^ C'est à m^tre Corbeau qu'on allait à l'école. Écoute bien comme il parlait.
Et surtout fais ce qu'il disait.
— Ouvre les yeux et les oreilles, Et ne baie pas aux corneilles.
— Fais ta prière en te levant.
Et commence en gentil enfant.
— Peigne-toi, lave-toi, savonne, frotte, frotte ; Mais proprement, et non en barbet qui barbotte. — ^Travaille, après déjeune, et ne sois pas de ceux Qui toujours ont le bec ouvert avant les yeux.
— ^Offre, quand tu manges,
Leur part aux bons anges ;
Pour maître Corbeau
Réserve un morceau;
Laisse une loquette
Au chien, à Minette ;
Donne aux malheureux
Tout ce que tu peux.
— ^Pense à quatre choses sans cesse :
Combattre la paresse,
Apprendre la sagesse,
Grandir en gentillesse.
Faire tôt ce qui presse.
— Ménage tes habits, mais use des souliers : Pour grandir vite, il faut être toujours sur pieds. — Tiens bien propres tes mains, ton visage et ton linge ; Qu'on ne te prenne pas pour quelque petit singe. — On ne tient pas ses mains dans ses poches, c'est laid ;
Quelque cruchon à deux anses le fait.
— Comme un petit ourson, ne suce pas ton pouce.
46 PBEMÏÈMES LECTUBES.
Car une fois fondu, jamais il ne repousse.
— Ce ne sont que les gens mal nés
Qui fourrent leurs doigts dans leur nez. —Apprends à bien parler, mais non pour faire rire, Comme le perroquet, qui parle sans rien dire.
— Aux honnêtes gens ôte ton chapeau;
Qu'on ne pense pas qu'il tient à ta peau. — ^A table, sois modeste et mange avec réserve. N'attaque pas les plats, attends que l'on te serve. — Mange ta soupe, mais pas la fumée avec;
Elle te brûlerait le bec.
— ^Ne prétends pas manger que ce qui te ragoûte :
Mange la mie avec la croûte.
— ^Lève un œil au ciel quand tu bois.
Nous n'y manquons pas une fois.
— Tiens ton assiette propre et mange au-dessus d'elle; Mais ne l'écure pas comme im chat son écuelle. — Bois peu, sans barboter, sans cliqueter des dents,
Et sans tremper ton nez dedans.
— ^Ne laisse ni restes ni miettes; Pourtant n'avale pas les os, ni les arêtes. * — Ne tambourine pas sur la table, excepté Lorsque l'on t'en priera pour la Société.
— ^Ne montre pas un appétit sauvage;
PRBMIÈBSS LEGTUBES. 47
Pense à la compagnie et fais-lui bon visage.
— Cache de tes dnq doigts ta bouche pour bâiller,
Ou ton voisin croira que tu veux l'avaler.
— ^De Balaam n'imite pas l'ânesse :
Pour prendre la parole attends qu'on te l'adresse. — On tutoie un parent, un ami, mais pas tous; Pour ne pas s'y tromper le chien dit toujours : vous.
— Pas de jeux de pieds sous la nappe, Ou gare que le loup par là rôde et te happe. • — ^Ne montre pas la langue aux gens, pour te moquer, Car si passe le chat, il peut te la croquer. — ^Ne quitte pas la table avant que l'on se lève : Ensemble l'on commence, ensemble l'on achève. — ^Fais ta prière après comme avant le repas;
L'âme sans cela ne profite pas.
— ^Mange à l'heure réglée et non pour te distraire. Comme fait le gourmand quand il ne sait que faire. — ^La chatte te l'enseigne en révisant ton pain : On ne doit pas manger sans faim.
— Ce que dit ta mère.
Ce que veut ton père^
Gentiment fais-le.
Pourquoi? — ^Parce que.
— Repasse chaque soir l'emploi de ta journée^
48 PREMÏÈBEa LECTURES.
Et vois si pour cela Dieu te l'avait donnée.
— Quand tu vas te coucher, prie et dis bonne nuit,
Et, pour croître en dormant, étends-toi dans ton lit.
Voilà ce qu'enseignait Corbeau, msuitre d'école,
Quand les bêt^s encore usaient de la pçirole.
Pourquoi maître Corbeau se tait-il aujourd'hui ?
Parce que nous savons tout cela mieux que lui.
ÉNIGMES
/QUELLE est la mignonne maison ^ Qui n'a ni fenêtre ni porte ?
Pour que le petit maître en sorte Il faut qu'il perce la cloison ?
TE suis ce que je suis,
Et je ne suis pas ce que je suis, Car si j'étais ce que je suis, Je ne serais pas ce que je suis.